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Roland Michel Tremblay          Underground          www.anarchistecouronne.com

 

 

UNDERGROUND

 

 

 

La version roman (l'Attente de Paris) a été publiée chez :

 

 

Roland Michel Tremblay

 

 

44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7 4JF, UK

Tél./Fax: +44 (0) 20 8847 5586     Mobile: +44 (0) 794 127 1010

rm@anarchistecouronne.com     www.anarchistecouronne.com

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L'Attente de Paris, Version Roman de l'Underground

 

L'Attente de Paris présente un jeune homme amoureux de deux femmes à la fois (dans Underground il est amoureux de deux hommes). Entre Ottawa, Paris et New York, il doit faire des choix et tenter de réaliser ses rêves.

C'est donc l'histoire traditionnelle d'un jeune Québécois qui ne vit que pour Paris et qui fera tout pour y arriver, jusqu'au jour où finalement ça y est: il est parachuté directement entre les murs de la Sorbonne de Paris. Cependant le choc culturel est un peu gros, c'est une faillite absolue. Les rêves sont si simples pourtant, un idéal qui ne soupçonnait rien des obstacles et de la bureaucratie des gouvernements et des universités. Mais ça construit de belles histoires, surtout lorsque l'émotion, l'ironie et le sarcasme se trouvent au rendez-vous.

L'Attente de Paris a été écrit dans un style franc et direct, c'est d'emblée le livre le plus accessible de toute l'œuvre de l'auteur. Un seul niveau d'interprétation (ou presque) et par endroit d'un comique surprenant. Une œuvre instantanée écrite avant et après le départ de l'auteur pour Paris.

Dans sa version originale (Underground), le livre a été finaliste du Concours pour Jeunes Auteurs de la Banque Nationale de Paris organisé par le Journal Le Monde et Gallimard.

 

ISBN : 2-7479-0018-5        Prix public : 109FF / 17 Euros

En téléchargement gratuit sur www.idlivre.com/rolandmichel.tremblay

Achetez-le sur le site Le Livre Français :

www.livre-francais.com/?tliv=11&idliv=2-7479-0018-5

 

Note : Underground contient certains passages en anglais, ils ont été traduits en français dans la version roman l'Attente de Paris.

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UNDERGROUND

 

La mécanique des événements ne prend même plus la peine de cacher son jeu, ses coïncidences nous frappent et l'on se demande encore s'il peut s'agir de coïncidences. Ainsi je risque mon avenir pour la France et j'y rencontre Edward Thorp The Third. Sébastien en est jaloux, on dirait l'intuition. Bref, j'en reparle ailleurs, mon corps à Val-Jalbert, mon coeur à Paris, mes deux amours se payeront les bons temps without me, speaking English pour la cause. Comment aurais-je pu prévoir qu'un an plus tard The Third viendrait chez Sébastien ? Dans le temps il ignorait que nous étions gays. Pour ma plus grande perte, lors de son deuxième voyage à Ottawa, il a dormi dans ma chambre. Les humains n'ont aucune volonté, placez-les dans une situation telle qu'un Edward presque nu à côté, ils ne pourront résister. Tout le monde retire certains avantages dans cette relation. Edward est prêt à faire n'importe quoi pour se rapprocher de la culture francophone, il adore Montréal, grâce à nous il a découvert un nouvel univers. Moi j'ai retrouvé mes nostalgies de Paris et Sébastien aura besoin d'un endroit où demeurer à New York lorsqu'il devra essayer de faire déboucher sa musique.

Ed est étrange. Il ne me semblait pas si expérimenté, sexuellement surtout, et plutôt maigrichon. Mais son parfum a eu raison de mes passions, je lui ai sauté dans les bras, ô misère, mais quel bonheur. Que je regretterais de ne pas l'avoir fait et quelle soudaine sensation de libération. Je ne peux penser à autre chose, il m'est nécessaire d'en parler, juste pour observer tous les éléments en cause. J'ai compris que ma possessivité est injustifiée. Si Sébastien veut coucher avec quelqu'un d'autre, ce sera moins dur maintenant. J'ai également appris que Sébastien est vraiment beau, davantage qu'Ed et les autres. De surcroît, c'était pareil de coucher avec Ed qu'avec Sébas, ils se ressemblent sur plusieurs points, ils ont la même texture de peau. Cela surprend parce que le premier est un Américain tandis que l'autre est un Français (qui a été à l'école anglaise au Québec cependant, allant jusqu'à changer de religion du catholicisme au protestantisme pour ce faire). Bref, j'ai été surpris de

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savoir qu'Ed n'est pas innocent, il a déjà couché avec cinq gars, dont moi, et je suppose que le chiffre est supérieur. Il est fort, ses bras assez musclés, ses épaules larges. Lorsqu'il s'est approché trop près, j'ai changé de lit et l'incroyable s'est produit. Je le sentais partout, plaçais mon visage dans son cou. Lorsque j'approchais de son oreille, il atteignait un degré de jouissance que je n'avais jamais vu. Il gémissait comme une femme fragile qui s'abandonne à l'homme, le tout agrémenté d'une sensation de remords qui paralysait. Est-ce cette impression de faire le mal qui faisait mes membres trembler, me rendait malade, ou est-ce la beauté d'Ed et un sentiment quelconque pour lui ? J'y pense encore, je me demande ce que sera ma prochaine rencontre avec Sébastien. Ed est la vitalité tandis que Sébas est l'ours, selon les dires mêmes d'Ed. Moi, ce n'est pas nouveau, il m'a qualifié d'écureuil, comme David jadis. L'ours me semble la comparaison parfaite pour parler de Sébastien. Peu importe l'heure il est fatigué, il ne pense qu'à dormir pour être en forme le lendemain. C'est son obsession, dormir et la fatigue. Le matin c'est encore pire, il est incapable de sortir du lit. Je ne peux le toucher, il a toujours l'impression de manquer de sommeil. Le problème c'est que je suis en air le matin, comme Edward, alors que Sébastien ferait plutôt l'amour le soir. Est-ce que je veux vraiment finir mes jours avec un ours ? Si l'on couche avec un autre, aime-t-on encore son copain ? Eh bien, je voulais expérimenter quelqu'un d'autre depuis longtemps, j'ai attendu pour la bonne personne, je peux maintenant faire des comparaisons. Cela va-t-il changer quelque chose au niveau de mes sentiments pour Sébastien ? Je me demande si je devrais partir pour les États-Unis retrouver Ed. Veut-il seulement une relation stable dans la fidélité ? Je ne veux pas essayer quelqu'un d'autre. C'est de valeur, chaque fois que l'on couche ensemble Sébastien commence à se masturber et dix minutes plus tard c'est terminé. Edward aime le faire en quatre heures ! Dieu ! Il éjacule habituellement cinq fois ! Il m'est arrivé une seule fois de venir quatre fois avec Sébastien. Trois fois assez souvent en début de relation. Et puis il existe une autre barrière, Edward a une blonde. Mais pas parce qu'il l'aime, pour le sexe ! Il me dit cependant qu'il n'éjacule jamais plus d'une fois avec les filles. Lorsque l'on est entré dans un magasin de films pornos pour gays à Montréal, il avait déjà vu plus de la moitié des films, connaissait les titres et noms d'acteurs. Qu'est-ce que cela signifie ? J'ai toujours cru qu'un film porno en valait un autre, aucune différence, de faux noms sans popularité au générique. Pauvre fille, Catherine qu'elle

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s'appelle, comme elle va souffrir un jour. Comme il se joue d'elle, aucun remords pour la tromper à droite et à gauche, ce qui devrait me faire réfléchir sur l'histoire de ma propre infidélité. Sort-il avec elle pour l'image ?

Pourquoi cela est-il arrivé ? J'ai cette impression que Sébastien va le savoir et que quelque chose va changer radicalement dans ma vie. J'admire Ed, il est plus fort que je ne le croyais, il est un peu adipeux, mais beau. J'en garderai un souvenir inoubliable, c'est la réconciliation du passé et du présent. Reste maintenant le futur. Mais je suis prêt à l'affronter, dussé-je souffrir. J'espère juste que Sébastien n'en souffrira pas, c'est là mon unique préoccupation.

Sans trop m'en rendre compte, c'est encore au mois de mars que le besoin d'écrire se fait sentir. Cette fois-ci Ed peut en être la raison, mais certainement pas Sébastien. Sa crise à lui devrait venir avec le changement de température plus tard durant le mois. Il se mettra à paniquer jusqu'à ce qu'il s'achète des billets pour aller quelque part. Je pense encore à Ed, c'est plutôt stupide, je n'ai pas aimé extraordinairement faire l'amour avec. C'est son absence tout court qui m'ennuie. Mais j'ai encore cette envie de le prendre dans mes bras, sentir son parfum, l'embrasser.

Sébastien me dit souvent que j'ai autour de moi, juste par les gens que je connais, matière à écrire un roman complet. C'est vrai, mais ces gens que je décrirais, me parleraient-ils ensuite ? Comment pourrais-je écrire sur mon oncle Jean-Marc à propos qu'il est l'homme de la maison et que sa maison, avec les quatre enfants, est une porcherie permanente ? Sans dire en plus qu'il fait partie, comme Dario et Michael, d'une sorte de religion bizarre. J'ai eu de bonnes conversations avec mon oncle Dario et peut-être même qu'avec lui j'ai inconsciemment acquis plusieurs connaissances. Il pense que d'être gay est mal et que je devrais changer tout de suite. Il croit que ma vie est une perte de temps et d'énergie, que je vais souffrir après la vie. Il s'agit donc de dire que je suis immoral et que je brûle la chandelle par les deux bouts. Eh bien, je me suis masturbé une fois avec Sylvain, j'ai eu un copain Sébastien, des préliminaires avec Lenoir arrêtés par les remords, puis couché avec Edward malgré les remords. Les remords disparaissent, mais pas les regrets de ne pas avoir

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été plus loin. Je suppose que la vie de Dario était déjà plus chargée lorsqu'il avait 21 ans. Juste à considérer ma soeur Dominique, elle a bien couché au minimum avec une trentaine de gars, il est vrai qu'elle n'en a jamais trompé un seul. Mais mon père trompe sa femme depuis le début des temps, et maintenant qu'ils sont séparés, il trompe ses maîtresses. La société est un gros melting pot, la non-vertu se retrouve un peu partout. Il serait vain de mal juger une catégorie sous prétexte qu'elle ne fait pas partie de la majorité. Mais ses raisons, à Dario, vont plus loin. Cela remonte à Sodome et Gomorrhe. Moi, de ce que j'en ai lu, il s'agit surtout de parler d'une société où la promiscuité est devenue la loi, c'est-à-dire que l'on couche avec tout le monde, sans fin. Ce qui n'est pas mon cas, ni celui de mes amis. Mais je ne cacherai pas que le sexe est important pour moi, comme pour tout le monde d'ailleurs. Ceux qui le refoulent aux yeux des autres en arrivent certainement à la jalousie, à crier à la non-vertu ou au jugement, seul moyen pour croire que leur sacrifice n'est pas inutile. Moi j'ai pour idée que rien n'est mal jusqu'à ce que quelqu'un souffre physiquement ou moralement. Alors coucher avec Ed est mal, car Sébastien pourrait en souffrir. Et connaissant la mécanique des événements, il le saura un jour, alors j'en verrai les conséquences.

Murielle a laissé son copain voilà un an et demi parce qu'elle ne voulait pas d'une vie de couple dont l'avenir est déjà tout prévu. Elle a couché avec deux gars avant d'en trouver un troisième et de l'emmener chez elle. Marko vient de la Bulgarie et a les cheveux longs, les parents de Murielle en ont perdu l'appétit. Une semaine plus tard Murielle avait son billet pour le downtown Ottawa. Elle déménagea un ou deux mois après, pour un avenir moins que certain, avec Marko. La vérité à propos de ce nouveau venu a pris du temps avant de faire surface. Et les problèmes refont encore surface. Vols et vendeur de drogue, entre autres. Enfin, tout ça pour dire que l'on peut changer sa vie, coucher avec d'autres, tout cela avec une conscience claire. Elle n'est pas folle, elle crisse son copain là avant d'aller voir ailleurs. Ô misère ! Moi qui n'ai que 21 ans, que se passerait-il si je n'avais pas vécu ? Dring ! Le réveil sonne, j'ai 35 ans, seul, impossible d'attirer quoi que ce soit. Comme cela me fait

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du bien d'entendre Edward me dire que ce fut extraordinaire le week-end passé. Je l'ai appelé ce soir. Je lui parle, il bande. Malheur, il me compare encore à un écureuil, mais il trouve ça tellement cute les écureuils, ça lui donne envie de le prendre dans ses bras et l'écrabouiller. Moi j'ajoute qu'un des écureuils finit toujours par se faire écraser de toute façon, ou pire, demeure à des kilomètres de l'autre. Si je laisse Sébastien, il s'en remettra, trouvera quelqu'un d'autre. Je n'en peux plus d'espérer qu'il réussisse dans la musique, j'ai déjà suffisamment de tracas. Paris, next destination, un jeune homme du Canada qui débarque à Paris avec le seul Père Goriot et qui s'imagine qu'il deviendra un Balzac.

Où es-tu ce soir ? Perdu dans l'Université d'Oswego, tu portes une de tes chemises en flanelle et ton parfum français. Entouré d'amis ou seul avec ta copine. Elle te serrera dans ses bras, t'embrassera dans le cou et vous vous embrasserez à la française. Où es-tu ce soir ? Devant un ordinateur ou seul à marcher à l'extérieur, pensant à moi peut-être. Je t'embrassais derrière l'oreille et tu jouissais fort. Quel effet je te fais, on dirait. Si Anne avait été absente de la maison, comme nous en aurions fait davantage. Lunatiques de l'univers, je vous ai compris ! Je suis en léthargie complète, malade moralement, séduit au sang, déchiré entre deux hommes. Tu me prenais la main, me parlais de très près. Comme Sébastien, tu m'as dit que j'étais la première personne avec qui tu aimais être aspergé de mon... Ton visage c'est la joie, l'expression du bonheur, la folie, le prêt à faire n'importe quoi, même à sacrifier des choses. Mais certainement aussi seras-tu porté à ne point manquer une chance d'avoir du plaisir, cela inclut l'infidélité. Ainsi nous ne serons jamais en relation à long terme. Mais plutôt des amis qui coucheront ensemble à l'occasion. Comment puis-je ne pas m'indigner en disant cela. L'Amour christ ! Je t'aime ! Ma peur c'est de découvrir que je t'aime plus que le Sébastien. Dans ce cas je sacrifierais tout. Mais maintenant je me vois incapable de distinguer mes sentiments, c'est là le fruit du mois de mars. Chacun se réveille à la vie mais doit d'abord traverser la période du réveil. Ah Ed, j'aimerais te revoir pour apprendre à te connaître davantage. Ouvre-moi ton passé, j'y devine l'opposé de Sébastien en personnalité. J'y soupçonne encore bien de l'admiration. Que je tomberais amoureux facilement avec toi !

La fin du monde est à nos portes ! Le mois de mars m'apporte à nouveau la joie des

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échéances. Déclaration de revenu, formule de prêt et bourse, demandes d'inscription aux universités, travaux longs, livres à lire, rêves à réaliser... je sacrerais mon camp pour la France aujourd'hui ! Paris, Paris, Paris ! Cette ville m'appelle à elle comme jadis elle appelait à elle les artistes des quatre coins du monde. Un grand cri languissant au-dessus de l'océan, ouaaaahhhh, quand bien même il s'agirait d'une vie de misère, une misère à Paris, c'est une littérature pour l'éternité ! À Ottawa, ma misère est sans avenir ! Bon dieu, il est probablement trop tard pour aller étudier en France. Paris, Paris, Paris ! Même s'il s'agit d'y laisser Sébastien derrière, s'il m'aime, il me suivra, sinon, je trouverai quelqu'un d'autre. Quelle libération ! Vive Ed pour m'avoir ouvert les yeux sur l'asservissement qui m'assaille. Pour Sébastien je mourrais à Ottawa ? Sébas ne partira jamais seul, il faut le forcer à me suivre. Peut-être viendra-t-il ? Il est un Français, c'est déjà ça, moi je vais faire des démarches pour sacrer le camp d'ici ! Ma crise commence, imaginons celle de Sébas qui s'en vient.

Ô Ed, tu me rappelles Paris, tu es la misère que je veux vivre, rue des Bernardins, Quartier Latin, le site de ma nouvelle inspiration. Ces derniers temps j'ai expérimenté ces sortes de vertiges-fatigues qui me rendent prêt à perdre connaissance. Si je repars pour Paris, seul, je me trouverai vite des amis. Comment faire avaler ça à mes parents ? Fuck them, j'y vais cet été ! J'y resterai le plus longtemps possible, sur place je ferai des démarches pour y demeurer. Mais pourquoi pas Montréal ? No way ! « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, tu vois, je n'ai pas oublié. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi ! Et le vent du nord les emporte... » Prévert's poetry !

J'ai téléphoné à l'Ambassade de France, demain ils vont me rappeler. Je veux faire des études supérieures à Paris, je suis prêt à partir au mois d'avril. J'espère qu'il n'est pas trop tard. Hier Sébastien m'a parlé de ses idées futures. Je croyais être désespéré mais Sébastien me le semble davantage. Hier j'ai compris des choses. S'il ne m'avait pas dit qu'au moins il aurait bientôt un diplôme universitaire, j'aurais été tenté d'avouer qu'il avait raté sa vie. Plusieurs mauvais choix, le voilà sans avenir. Cela m'a affecté. Quoi ? Moi qui prône le changement de ce système -comme Mme de Beauséant du Père Goriot qui connaît l'horreur des rouages de la société aristocratique et bourgeoise de Paris, mais qui pourtant les accepte et joue le jeu - me voilà qui veut me lancer dans des études supérieures alors que

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j'aimerais bien tout vendre et prendre une vie sabbatique à Paris ? Mais comme je me sentirais perdu en faisant cela. Aucune aide à attendre de mes parents, je me retrouverais vite à mendier, pleurant comme celui que j'ai rencontré dans le métro à Châtelet-Les Halles.

Sébastien en est déjà à sa deuxième expérience en affaires. Une vague histoire d'entretien d'automobiles à 17 ans, presque une faillite, avec publicité et enregistrement au gouvernement. Puis l'histoire des crayons et cartons d'allumettes avec noms des compagnies, sa propre entreprise à 22 ans qu'il a mise sur pied avec nul autre qu'Éric, son ex. Encore des vérités qui reviennent à la surface, ce n'était pas le moment, moi qui me pose tant de questions. Le voilà encore qui veut s'embarquer dans une campagne vouée non seulement à la faillite, mais qui lui coûtera tant en temps que cela ne servira pas sa carrière en musique. Il veut y embarquer sa mère et ses fonds, et moi ! Moi, étudiant à temps plein, je m'en irais construire des hommes nus en plâtre faisant office de lampe pour satisfaire une minorité des gays, eux-mêmes une minorité de la société ? Une histoire de crayons fait faillite absolue, le voilà avec une idée aussi pire, sauf que cette fois-ci il veut y engouffrer la petite fortune de sa mère. Il lui reste son espoir en musique et moi, dit-il. Je l'admirais, sachant toute cette situation à l'avance, mais lui se déteste, se voit comme un moins que rien, il m'a convaincu. Je n'ai rien contre le fait qu'il pourrait n'être rien, ce n'est pas ce qui m'arrête, c'est plutôt son désespoir. Qu'il arrête donc, il a de l'avenir dans la musique. Il veut mettre sur pied une compagnie ? D'accord, mais il faut jouer sur des valeurs sûres. Il veut monter cela avec sa mère ? D'accord, je l'aiderai peut-être.

Parfois je me demande ce que je veux aller chercher à Paris. Peut-être que j'imagine aller retrouver Ed ou son pareil ? Mais je me souviens ce rêve à mon retour de Paris. J'y étais retourné et il n'y avait plus ni Edward ni Sébastien, j'étais désespéré. C'est là que j'ai dit : « Il faut revenir, il faut m'avouer des choses ! » Un an plus tard c'était fait, mais à quel prix. Hier je ne pensais qu'à lui, couché dans le lit de Sébastien, alors il téléphona. Mon coeur battait, je lui ai parlé un peu, incapable, il a dû croire que je ne voulais rien savoir de lui. Il faut que ce soit clair, Paris c'est le renouveau absolu.

Pauvre Sébastien, je suis dur avec lui en mes idées. Je l'aime. J'aimerais qu'il me suive à Paris. J'ai parlé avec la femme de l'ambassade, mes chances sont grandes d'être

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accepté qu'elle a dit, même à la Sorbonne. Me voilà déjà dans l'avion, prêt à partir, étudiant à Paris, en onze mois j'aurai ma maîtrise ! Avec ça je peux déjà faire quelque chose. Moi et Paris, une misère qui n'en est pas une. YA YA YA, it seems that I'm already there ! Si je suis accepté, je crisse le camp au plus vite. En juillet ou début août ? Je n'emporte que deux valises and that's it ! Faudrait que Sébastien travaille tout l'été, que l'on parte ensemble à Paris, qu'il prenne son année sabbatique et emporte son synthétiseur. Il pourra trouver un travail là-bas, il n'aura pas tous ces problèmes avec l'immigration. Je ne veux plus de ces rêves qui n'aboutissent jamais, Paris m'appartient. J'espère juste que mon père y verra son intérêt, lui qui se flattait de voir sa fille ingénieure et son garçon en droit. Une lueur reviendra-t-elle dans ses yeux ? Mon fils en maîtrise à Paris ? Ou plutôt, le p'tit christ, ce serait si simple d'étudier à Montréal ou à Ottawa ?

Sébastien est venu ce soir. On a fait l'amour pour la deuxième fois depuis le départ d'Ed. C'était mieux que voilà trois jours, mais il manque cet effet piquant comme quand Ed est avec moi. J'ai peur. Peur de ne plus l'aimer, sans pour autant avoir Ed, sans pour autant savoir si j'aimerais Ed. Je me suis vu si libre en le reconduisant à sa voiture. Pour la première fois je me sentais comme quelqu'un qui faisait sa jeunesse ou qui allait la faire. Je me voyais partir pour Paris, non pris dans une relation, libre de jouir de la vie comme je l'entends, acquérir l'expérience la plus bizarre avec les gens les plus variés, pour ne pas dire avariés. Ouais. Moi qui capotais de voir que Sébastien avait couché avec au moins une dizaine de personnes, voilà Ed qui couche avec sa copine, couche avec un gars probablement écoeurant la veille à Montréal, le lendemain le voilà dans mon lit alors que je sors avec Sébastien. Quelle histoire, digne du vaudeville parisien. Ah, je me délecterai de ce théâtre de boulevard lorsque je serai à Paris. J'aimerais revoir Edward pour comparer avec Sébastien. Cette nuit furtive n'a peut-être pas été concluante. Seulement au niveau de la brisure de mon asservissement envers Sébas, si je puis m'exprimer ainsi. Ah que la vie est difficile parfois.

Ed m'a laissé un message de mauvais goût. Il a signé un billet d'un dollar américain et a écrit: « To R.M., there is a real american dollar from your American friend, Ed de NY ».

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Semble-t-il, il joue sur le fait qu'il soit américain, comme si l'on était en admiration envers ce fait. Ne sait-il pas que la planète entière déteste les Américains ? Même si l'on ne peut critiquer le fait qu'ils sont absolument nécessaires à un équilibre mondial dans la balance des pouvoirs. Mais encore, on connaît ses tares, ses contradictions. Peut-on être fier d'être américain ? Quand je vois les chartes musicales ou de cinéma à travers l'Europe et que je constate que dans le top 10 il y a huit films américains traduits, j'ai envie de pleurer. Quel viol au niveau culturel ! Cela ne m'empêchera pas d'apprécier ces films, ces acteurs, cette musique, que voulez-vous, on appartient à sa génération. Je me demande juste comment leur monopole et réussite peuvent être si absolus. Mais Edward a raison, il existe tout de même une jeune génération à travers l'Europe qui adore les États-Unis. Puis ça impressionne d'être new-yorkais. Moi-même, j'étais fier d'avoir couché avec un Américain. Où s'arrêtera donc la bêtise ? Quelle est donc la sensation que l'on ressent lorsque l'on couche avec un Allemand ? Un Juif ? Je n'en dis pas davantage. Mais s'il existe une différence entre Sébastien et Edward, elle est psychologique, et mes sentiments pour l'un et l'autre semblent indépendants de ma volonté.

Que c'est extraordinaire de croire qu'Ed soit straight, puis de finalement savoir qu'il est gai et de coucher avec lui. Jamais je n'aurais osé croire qu'il était comme moi et qu'il me tiendrait dans ses bras un jour. Comme je l'appellerais tout de suite et l'inviterais à retourner à Paris. Mais n'aimerais-je pas mieux m'assurer un avenir avec Sébastien ? He is still very beautiful, especially when he's nude. Mais Edward en caleçon et t-shirt, avec son bedon qui se voit un peu, c'est incroyable. J'explorerais son corps de A à Z s'il revenait. Mais il m'a spécifié qu'il ne recoucherait pas avec moi, car Sébastien est son ami. C'est vrai qu'il serait définitivement immoral de bâtir une double relation dans le dos de Sébastien. Mais devrais-je le laisser là ? What a tricky situation. Je réentends Ed me dire : « I tried so hard to resist you ! » J'imagine qu'il voulait dire qu'il a essayé un peu plus que s'il n'y avait eu aucune barrière. Tout s'est passé si rapidement. Quelle expérience ! Je me revois allumer la lumière, le voir étendu sur le lit, me coller contre lui, avoir sa bouche contre la mienne. Chacun des détails de sa personnalité refait surface. Sa petite boîte où il range sa brosse à dent, sa soie dentaire, sa voiture, ses cassettes, on me dirait en admiration totale. Ô Edward, je

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revois même le gros ED écrit au crayon-feutre sur ta tasse. Si tu as pu sentir que j'étais en érection lorsque je t'ai pris dans mes bras à l'Hôtel des Gouverneurs à Montréal, cela ne me surprend guère. Je pense même que Sébastien l'a remarqué, il s'est retourné deux fois pour regarder. Tant pis, j'ai tant besoin de cela, je ne pourrais même pas reprocher à qui que ce soit la tournure des événements. Ed serait-il l'âme soeur ? J'espère que non.

J'ai enfin posté toutes mes demandes d'université, en particulier celles de Paris. Mais je suis trop fatigué pour l'apprécier et découragé de savoir qu'il est peut-être trop tard. Edward m'a téléphoné hier soir. Sébastien était en dépression, alors Ed a rappelé un peu plus tard. On s'est masturbé au téléphone. Je ne suis pas venu, c'est-à-dire que je n'ai pas éjaculé. Edward semblait déçu. Il interprète peut-être cela comme s'il ne me faisait pas d'effet, cela m'affecte. Mais je suis tant fatigué ces temps-ci. Le temps passe vite, c'est indéniable, il reste moins d'un mois d'école. Le physique en prend pour son rhume. Bientôt les rhumatismes, je le sens. C'est la première fois de ma vie que je ne désire pas finir l'année scolaire. Je n'ai rien à attendre de l'été, plutôt le désert et l'insécurité. Vais-je travailler ? M'ennuyer ? Repartir vers Jonquière ? Demeurer ici pour Sébastien ? Comment irait notre relation alors ? Puis Ed dans tout cela ? La prochaine fois, je serai en monde connu, j'en ferai davantage, le sucer entre autres. Je bande à y penser. Le problème c'est aussi que j'ai de la misère à l'imaginer. Même son visage, je dois faire un effort pour m'en souvenir dans ses moindres traits. Il m'a dit avoir fait un rêve la semaine passée, très réel. J'étais nu dans ses bras, il sentait mes jambes contre les siennes, il s'est réveillé en sursaut avec un oreiller dans les bras. Est-ce possible ? Maybe he's becoming new-yorkais crazy ? Mais j'y crois et je peux apercevoir jusqu'à quel point j'ai laissé ma marque sur ce jeune homme. Comme il est bien de se flatter ainsi, un jour je ne le pourrai plus, profitons-en. Peu importe, je parlais d'Edward, le beau jeune homme qui n'a plus aucun intérêt pour Catherine sa copine. Il l'a rencontrée avant-hier, il lui a fait comprendre que c'était fini. Il insiste auprès de moi qu'il ne voudrait jamais que par sa faute moi et Sébastien nous nous laissions. Mais pour moi, il a enfin compris qu'une femme dans sa vie, ce n'est pas le paradis. C'est triste d'ailleurs, mais ça en prendrait beaucoup pour m'en convaincre définitivement. Je regarde tous ces

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couples hétérosexuels, dieu qu'ils semblent avoir une vie plate. Encore que, ma définition de ce qu'est une vie plate prend des proportions inquiétantes. Paris me réveillera-t-il ? Même psychologiquement ? Et si Paris était plat ? Si je m'écoutais, je prendrais une virée sur la drogue, dure en l'occurrence. On attend tellement de choses de la vie, pourquoi ne nous a-t-on pas dit qu'il n'y avait rien de plus au programme que notre quotidien actuel et plat ? Même le sexe ne contente pas.

Monsieur Vanvinthorpe sera dans mes rêves cette nuit. Mais il ne sera pas nu avec sa chose entre mes jambes, il sera devant son ordinateur à me réclamer trois mois de travaux hebdomadaires en retard. Je me déshabillerai alors, lui caresserai le crâne dégarni et le bedon trop gros, il me suggérera d'oublier les futilités du cours. À Dieu monsieur Vanvinthorpe. Je suis Eugène de Rastignac, je m'en vais me confronter à Paris tout entier. Je me vois déjà le porte-parole des Québécois en France. Leur rappelant qu'il existe tout de même huit millions de francophones au Canada, et que ce chiffre, ils ne pourront plus l'ignorer trop longtemps.

J'ai certainement des problèmes psychologiques de ce temps-ci. Hier j'ai encore fait des folies. J'ai bu la moitié de la bouteille de vin que Sébastien avait laissée par hasard et j'ai téléphoné le Edward à Oswego. Le problème c'est que cette fois-ci je suis venu. Je commence à me sentir vraiment coupable, dans tous les sens. Il me semble que je me joue de Sébastien, qui parle d'ailleurs un peu plus de me suivre à Paris, de même je me joue d'Edward puisque je vais demeurer avec Sébastien. J'amplifie un sentiment qu'il a pour moi, pour rien. Je lui ai dit que je l'aimais hier, il m'a dit de même, en spécifiant qu'il s'agissait d'un trop gros mot. Jusqu'où ira-t-on ? Est-ce que les gens straights se mettent aussi dans des situations comme ça ? Je n'en doute pas, le frère de Shelly entre autres avait deux blondes en même temps, je le soupçonne de ne pas s'être posé la question à savoir s'il était bien de se jouer ainsi des gens. Si j'en crois ma pseudo-philosophie sur le bien et l'expérience, c'est indéniable que je vais apprendre beaucoup, à faire la distinction du bien et du mal, mais en faisant le mal. Le problème commence là où je me sens comme si j'avais outrepassé les

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limites et qu'il n'y avait plus de retour possible vers le bien. Comme si j'avais failli totalement et qu'il ne me restait plus qu'à oublier mes idées. Mais je crois que ce paradoxe n'en est pas un. L'expérience se fout pas mal de l'humain, de ce qu'il est capable de faire. Coucher avec une, dix ou mille personnes ne changera rien. C'est la souffrance que l'on cause qui compte, et celle que l'on reçoit ou que l'on est en mesure de percevoir. Le problème aussi c'est lorsque je me mettrais à coucher à tort et à travers, sans m'attacher à personne, sans les connaître. Ce serait là une stagnation, une non-possibilité d'avancement sur la ligne de l'expérience. Les interactions entre moi et Sébastien, moi et Edward, Edward et Sébastien, c'est déjà fort complexe. Peut-être qu'éventuellement je serai davantage en mesure de distinguer ce que je dois apprendre là-dedans. Encore que, il s'agit peut-être de m'orienter vers des décisions plus importantes, comme le départ pour Paris. Si tout semble évident en ce qui concerne le futur, je dois cependant avouer qu'il risque de changer encore. Ne serait-ce que les choses tournent et qu'on ne sait jamais si la meilleure solution qui se présente pour l'avenir consistera bien en la meilleure solution dans six mois. Mais pour l'instant, ce n'est pas inutilement si Sébastien a la nationalité française et qu'il se retrouve devant un vide dans sa vie pour septembre prochain. Je vois bien qu'il me suivra en France, il en rêvait, il en a la possibilité, il en a le désir. Encore deux semaines de mars, il dira oui je pars. J'avoue que ce serait bien. J'ose croire que je vais oublier Edward, arrêter de lui dire des choses qui le feront rêver ou espérer, me concentrer pour raviver la flamme avec Sébastien. De toute façon, j'ai de bonnes raisons de croire qu'elle ne sera pas difficile à rallumer, puis je pense que l'étape Edward est accomplie : me faire rêver à la France, me faire courir à l'ambassade, me tenir en haleine jusqu'à ce que j'aie posté les demandes d'admission. Mais l'avenir m'en dira tant. Il n'y a pas que moi à soutirer des avantages ou désavantages dans tout cela. En attendant, Edward lui-même traverse une drôle de passe avec sa copine. Il n'y a que Sébastien qui semble en retard sur les événements, je ne doute pas que la crise s'en vient.

Si Jean savait à propos de bien des choses, je n'ose même pas en parler ici. Cinquante ans après l'Holocauste, je n'ose même pas parler des Juifs. C'est que le racisme envers les Juifs est encore effrayant. Quand je pense que Jean est non seulement juif, mais qu'il est homosexuel en plus, je me demande quels peuvent être ses espoirs de traverser la vie sans

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rencontrer de problèmes. Il veut repartir pour Jérusalem, ou du moins Israël, il finira en prison, ou mieux, on l'assassinera. L'homophobie est plus inquiétante que l'antisémitisme à l'heure actuelle, car aucune charte des droits et libertés n'interdit à quiconque d'être juif. Alors que plusieurs États américains, ainsi que la Chine entre autres, nous disent illégaux explicitement. Mes propres voisins ne m'acceptent pas. Je suis jugé telle une menace constante pour les valeurs de la société, jugé et pendu avant même de naître. Cet idiotisme est surprenant. À les entendre aujourd'hui, sans les lois, on nous tuerait tous sur-le-champ. Mais sur quoi reposent-ils qu'être homosexuel puisse être illégal ? Ou plutôt, sur quels principes interdisent-ils les relations homosexuelles ? Cela ne les concerne aucunement ! N'est-ce pas une violation de mon être ? Vais-je chez mes voisins leur dire ce qu'ils sont en droit de faire lorsqu'ils font l'amour ? Pire, m'en vais-je explicitement écrire dans la Charte des droits et libertés qu'il leur est interdit de faire l'amour si ce n'est pas dans le but exclusif de faire un enfant ? Et leurs principes découleraient, je crois, de la Bible. Pas en Chine en tout cas. Eh bien, en ce qui concerne ceux qui ont une charte où c'est dit qu'il est interdit de discriminer en rapport à l'orientation sexuelle, ceux-là, s'ils ne peuvent comprendre le non-sens de leur sentiment, peut-être finiront-ils par le comprendre de force. Non, sans espoir, la Bible a laissé sa marque indélébile dans les guerres planétaires et cela non plus ils ne le comprendront jamais. Le crétinisme des sociétés est sans borne, surtout lorsque celui-ci a été imposé dès l'enfance et qu'il fait encore office d'enseignement aujourd'hui. Lorsque l'on se décidera à tuer tous les homosexuels de la planète, ce sera au moins 700 millions de personnes que l'on tuera, et ce, à l'intérieur de chaque société ou religion. Autant prendre un humain et lui arracher 10 % de son cerveau. Pas de problème, c'est juste 10 %, mais le cerveau fonctionnera-t-il très bien après cela ? Je n'en doute pas. Si l'on me réfute encore ces 10 % d'homosexuels, j'attaquerai en disant que chez la plupart des gays il est impossible de voir à l'oeil nu qu'ils le sont, suffit d'aller dans un bar gai pour constater ce fait. Puis dans tous les groupes d'étudiants que j'ai fréquentés en vingt ans, j'ai toujours pu en identifier un où c'était évident. Toujours. Souvent deux. Sans compter que je l'étais moi-même. Il y a donc toujours eu, ou presque, deux homosexuels connus de moi en chaque groupe de 22 à 30 élèves. Nous sommes déjà près des 10 %. En comptant maintenant ceux dont j'ignore qu'ils

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le sont - il m'est arrivé souvent d'apprendre ensuite que des gens dont on ne se doutait de rien l'étaient - on saute les 10 %. Un autre exemple. Dans ma classe actuelle, mon cours de ce matin avec M. Lemay, sur 13 étudiants, quatre le sont officiellement. Eh bien, 4/13 nous donnent 31 % d'homosexuels. Mais nous sommes en arts, il existe davantage d'homosexuels en arts, paraît-il. Prenons donc mon ancienne classe de droit, je ne sais plus combien nous étions et je connaissais peu de gens. Mais j'ai connaissance de trois autres qui le sont, puis des rumeurs pour quelques autres. Sans compter ceux qui se l'avoueront bientôt et ceux qui le sont mais dont j'ignore l'existence : on dépasse les 10 %. Des professeurs à l'université ? J'en ai connu au moins quatre qui l'étaient dont les gens le savaient et en parlaient. Quatre autres au collège dont j'ai connaissance. J'ai même parlé directement avec eux, ou je les ai rencontrés dans les bars gais, ou mes amis les ont rencontrés. Vous voyez, une personne sur dix qui est homosexuelle est un chiffre réaliste et minimal. Si les tabous disparaissent un jour, la population comprendra enfin qu'elle ne peut s'amputer de 10 % de la population. Même, si elle ne le comprend pas, nous serons alors dans la capacité de les rendre impuissants face à nous.

J'ai rencontré Vanvinthorpe au Pivik. God ! C'est fait exprès ! Je devrais l'accuser : « Il fait exprès ! » Sébastien m'a téléphoné ce soir. Comme il semble dépressif, il se rend compte que je l'aime moins de ce temps-ci. Ça m'a donné un choc, je crois que je l'aime. Je souhaite qu'il devienne un rien plus nostalgique et romantique, pour que je puisse revenir à lui plus facilement. Je suis déjà si loin. Mais chaque fois que je le reverrai je me rapprocherai de lui. En attendant, je me demande si je vais poster la lettre suivante à Edward ?

Salut ô Ed !

La vie est plate. Je suis dans le cours de M. Vanvinthorpe, ça dure trois heures et je lutte pour ne pas ronfler. Dans ces temps je ne fais que penser à toi. Dans tes lettres, parle-moi de ton passé. D'où viens-tu, qui es-tu, pourquoi toi et ta soeur étudiez à Oswego et non à New York ? Pourquoi étudies-tu la littérature française ? Pourquoi ne resterons-nous jamais dans la même ville, sinon Paris ? Tu dois trouver toi-même du travail en France. Mais pour être professeur, ce sera difficile. Peut-être tu peux t'inscrire à une université de Paris ?

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Quand donc te reverrai-je ? Tu m'as promis de faire l'amour pendant quatre heures, puis de prendre un bain avec moi, je ne peux penser à autre chose. Mais tu sais, je me contenterais de ta présence, ta senteur, de te prendre dans mes bras. Ah ! Si je pouvais ressentir la même chose avec Sébastien ! Quand donc vas-tu revenir ? Serons-nous seuls ? Sébastien se rendra-t-il compte de quelque chose ? La solution serait de laisser Sébastien, j'en serais incapable, sauf si je me rends compte que tu es mieux. Je dois te revoir pour cela, et je dois pouvoir te voir souvent, ce qui me semble impossible. Il nous faut nous contenter d'une relation d'amitié à distance et espérer se voir lorsque c'est possible. Si tu reviens, cela ne me surprendrait pas que Sébastien veuille que tu ailles chez lui. Ah Ed, tout nous sépare et j'ignore quels pourraient-être mes sentiments envers toi.

Tu imagines, si nous étions tous les deux à Paris ? Ce serait merveilleux. Ô Ed, j'aime tout en toi. La vie est cruelle, je suis face à un avenir incertain, je ne sais plus quelle place occupera Sébastien, mais je sais que je veux être ton ami, mais pas un ami comme les autres. Jamais je ne voudrais que tu te forces à m'écrire ou m'appeler. Moi aussi j'ai en moi un endroit qui t'est réservé. Trouvons un terme approprié : nous sommes special friends, des amis spéciaux. So you're my special friend, ô Ed, pour longtemps j'espère. Il est tellement rare de rencontrer la bonne personne. Moi aussi j'ai gardé ce souvenir lorsque je t'aidais en grammaire à Paris. Comme j'étais déçu lorsque tu m'as montré la photo de ta copine, en plus je la trouvais laide. Excuse-moi, c'est de la jalousie. Mais que vient faire la jalousie là-dedans. Tu as droit à ta vie et moi la mienne, malheureusement. Il me faut te voir au plus vite, je veux te voir ! Reviens bientôt, invente-toi un prétexte, ou viens à l'insu de Sébastien. Je veux me retrouver avec toi, en caleçon et t-shirt, puis nus. Edward, je voudrais t'embrasser dans le cou, toucher ta peau, te gratter le menton, te regarder l'intérieur de la bouche, voir ma réflexion sur tes dents, puis le reste, je te laisse l'imaginer. Je t'aime (le gros mot) ô toi my special friend.

Comme cette lettre est puérile. C'est la première fois que j'utilise ce mot, mais aucun autre n'aurait ici sa place. On accuse souvent de puérilité, d'innocence, de naïveté, d'inexpérience. Mais lorsque nous en sommes conscients, les accusations tiennent-elles encore ?

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Conscient et ne rien changer à ses actions, qu'est-ce que cela signifie ? Vive la puérilité !

Je suis d'humeur massacrante. Jim m'a reproché des banalités, je lui ai presque sauté au cou (pour l'égorger). Ses banalités, qu'il les garde donc. Lui qui ne parle jamais, je le sais très bien que lorsqu'il parle c'est que le problème est beaucoup plus généralisé, et surtout ailleurs. Le problème n'est pas dur à voir, il n'en veut plus de ses colocataires qui détruisent sa maison. Puis son copain Nick voudrait nous sortir de là. Il prendrait ma chambre ? C'est définitivement la fin de mon bail, à la fin de l'été, Paris ou non, I'm out of the house. Non pas que je ne veux plus affronter les problèmes, mais j'accepte que cela fait plus d'un an que Jim cherche à se débarrasser de sa visite et que c'est le temps que je le comprenne. Il n'a jamais osé faire l'amour avec Nick while we were home. They need everyone to be out. Is this because he is Italian ? Catholic ? Non, j'exagère, mais il est tout de même prude le Jim, et c'est aussi la première fois que j'utilise ce mot. Mais vaut mieux être puéril et conscient que prude et inconscient ! Bon, les vacances sont finies.

Dur à croire ? Il me reste deux semaines de cours plus une demie. Les gens commencent à espérer la fin, moi je m'en fous. Je ne vois pas très bien comment je vais faire tout ce que j'ai à faire et je ne sais pas ce que je vais faire lorsque tout sera fini. On dirait que je ne puis attendre pour partir vers Paris, mais je dois avouer que je suis conscient que je serai déçu. Que je me réveille à Paris, à Ottawa ou à New York, n'est-ce pas la même chose ? Davantage de chances de réussir à Paris peut-être, même pas, et certainement bien des dépressions. Paris might not be that great, and that is what I am going to discover. I should not be that impatient to go there. Just live day by day. Cette nouvelle passivité sur ma vie, qui me permet d'arrêter de penser, de me lancer et subir l'environnement, en espérant qu'un jour cela va se terminer. I'm sick. Sick sick sick. Je n'ai pas même cette impression d'avoir terminé quelque chose avec mes études. Même si cette année ce serait le doctorat que l'on me donnerait, cela ne changerait rien. Quel est donc mon problème ? Je ne veux rien savoir de la société, je ne veux que m'isoler loin, très loin. Retour autour du Lac-St-Jean peut-être, hors des villes et villages, ça c'est de l'isolement. J'en ai assez de tous ces gens que je rencontre chaque jour, auxquels je téléphone sans cesse. J'apprends peut-être des choses, je n'en vois pas le but. Le bien, le mal, fuck it. Vingt et un ans à essayer de faire le bien pour

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finalement aller tromper Sébastien. Que me voilà donc bien préparé pour ma vie de saint homme. « Mais la contradiction est saine pour celui qui essaye d'adapter l'Univers à ses principes. » Si je me tirais une balle ce soir ?

J'ai dormi chez Sébastien. On a fait l'amour deux fois comme deux déchaînés. Cela me redonne-t-il espoir à Sébastien ? Je crois que oui. Je vois de moins en moins - peut-être que j'essaie de m'en convaincre et cela ne change rien, à moins que de me mentir soit inutile - mais je vois de moins en moins ce que j'ai à attendre, pour l'instant, d'Edward. Il me décourage un peu plus chaque jour par son éloignement, cela me facilite la tâche pour l'oublier. Entre autres, je peux me rabaisser sur le fait qu'il a couché avec trop de monde, embrassé six gars en un seul soir à Montréal, qu'il a couché avec un christ de laid dans cette ville, une loque humaine (je ne l'ai jamais vu). Que dirais-je encore pour l'oublier, rien à faire, j'ai toujours ce petit espoir de le revoir. Sébastien m'est devenu soudain moins important, j'ai même besoin d'un éloignement, je n'arrive pas à croire que je puisse penser cela. Je crois que je vais partir pour Jonquière cet été. Même si alors il me faudra être loin de Sébastien et d'Ed. Et s'il m'écrivait une lettre ?

Nous sommes allés prendre un verre au Café Nicole, moi, Sébastien, Nathalie et Adeline. Ce fut bien, nous avons bien ri, parlé de tout sauf de la pièce d'Ionesco qu'on venait de voir à l'université. J'espère qu'aucune de ces filles ne s'intéressera éventuellement à moi, mais notre conversation fut intéressante. Peut-on encore parler avec une fille sans qu'elle s'imagine que l'on pourrait être intéressé à coucher avec elle ? Je n'en sais rien. Mais Nathalie aurait de bonnes chances de le croire. Sans m'en rendre compte, j'ai dit des choses comme quoi elle m'intéressait. L'ambiguïté provient toutefois que c'est comme amie qu'elle m'intéresse, pas par amour ou désir. Mais j'avoue que c'est le genre de fille que je voudrais si je n'étais pas gai. Mais il n'y a aucune possibilité que je pourrais la désirer sexuellement. Je l'admire comme un homme hétéro pourrait admirer un autre homme hétéro,

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pour certaines raisons, comme par exemple si l'autre représente ce qu'il voudrait faire ou être, sans en avoir le courage ou la possibilité. J'aime le côté sportif et courageux de Nathalie. Prête à partir en bicyclette autour des Pays-bas, elle a bien pu y rencontrer un bel homme, encore perdu aux Pays-bas.

Hier j'étais dans un party chez Cameroun avec Sébastien. C'était la fête de ce gars qui s'intéresse à Sébas. Deux gars portaient des kilts, ces petites jupes écossaises, nus en dessous pour qu'à l'occasion on puisse voir leurs parties. Oh mon Dieu, Edward et Sébastien ont pris le bord, j'ai bondi au plafond. Me voilà devenu digne de Sodome et Gomorrhe, j'aurais sauté sur Cameroun, là, dans sa chambre, ou même devant tout le monde. Aujourd'hui j'y pense déjà un peu moins. Il s'agit de sexe et rien d'autre. Quoique les sentiments viendraient peut-être, mais pour l'instant, moi, je n'ai aucun moyen pour les mythifier, me les rendre nostalgiques. Edward, j'ai la France, Paris. Et même les États-Unis, New York. Voilà donc le triangle de l'histoire américaine. Quelles sont donc les interactions entre la France, les États-Unis et le Canada ? Tombe-t-on amoureux de quelqu'un parce que l'on aime tel pays ? Edward m'a répété qu'il aimait mon côté français, que je suis comme les gens en France, qu'il avait découvert en Montréal ce qu'il recherchait et même mieux qu'en France. Que le mythe devient séduisant. J'ai couché avec un Américain qui parle français. Une contradiction vivante. De voir que je pourrais coucher avec une multitude me fait comprendre que c'est tout du pareil au même. Lorsque j'ai couché avec Edward, mes sentiments étaient confus. Je tenais un autre corps que celui de Sébastien. J'ai fini par oublier le parfum avec le temps. Jamais je n'aurais cru que le parfum puisse être si aphrodisiaque. Je n'ai même pas une photo d'Edward. Mais j'ai l'impression de toucher la multitude, d'atteindre le monde et l'humanité. Comment dire, se sentir dans l'action. Se débarrasser de cette impression solitaire, de rejeté, loin du monde et incompris. Me voilà qui va vers les gens, qui vois en chaque rencontre une banque d'informations et d'expériences. Quelle sensation j'ai depuis un temps de vouloir sauter dans les airs, exploser, crier partout une joie de vivre, un désir de vivre qui se compense par l'échange avec les gens. Enfin, je me suffis à moi-même, sans attendre de quelqu'un un quelconque salut. Je vois Adeline qui s'accroche à nous, veut des amis, Edward qui me dit ce que l'on me répète depuis longtemps, avec moi, on ne s'ennuie pas. On voit en moi celui qui apporte l'action, the entertainer. Ma soeur est du style aussi à

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rendre aux soirées plates un intérêt qui fait que l'on n'attend plus de l'extérieur un sauveur. J'ai longtemps cherché un Luc Villeneuve qui se suffit, qui donne l'impression qu'en étant avec lui on ne manque rien de ce qui se passe ailleurs. Je suis donc cet ailleurs, à me suffire, Dieu peut mourir. Encore que j'ai l'impression d'en manquer des choses. Sébastien ne remplit pas ce vide, puis moi je ne puis le remplir pour moi. Edward ? Ça reste à voir. Cette personne existe-t-elle ? En la multiplicité peut-être. Sur l'instant untel remplira le vide ? Cet untel changera avec le temps ? Qu'ai-je donc à attendre de la vie ? D'autrui ?

Sylvie, on me l'a répété plusieurs fois, elle-même le dit sans cesse, elle se cherche. La femme de 35 ans aux enfants de 10 et 13 ans, divorcée, qui n'en peut plus d'attendre sa liberté pour vivre, voyager, étudier à Paris peut-être et qui se cherche. Elle n'en peut plus d'attendre, elle a 35 ans, elle doit absolument faire ce qu'elle doit et veut faire, elle a 35 ans et n'a plus de temps à perdre. La limite est atteinte, le gouffre s'en vient, vite-vite-vite ! Il me semble voir là la façon la plus rapide d'atteindre le ravin. Elle se cherche. Que veut dire cette expression ? Elle est en crise d'identité, and so are we, en crise d'identité. Le gros mot. Le Québec se cherche, les Franco-Ontariens se cherchent, la France se cherche, les États-Unis se cherchent, se trouvent peut-être aussi, en la multitude. Ceux qui se trouvent, souhaitent détruire ceux qui se cherchent, ce qui n'est pas pour régler le problème de ces derniers. Ku Klux Klan, nous savons qui nous sommes, nous savons qui vous êtes, nous allons nous débarrasser de vous, car il est important que nous puissions demeurer ce que nous sommes, puisque nous avons découvert qui nous étions et que rien n'est pire que de se chercher une identité. Sylvie se cherche, so am I. Et les Ku Klux Klan ne se chercheraient pas ? Une gang de suiveurs, de conformistes à un chef peut-être, qui se laissent entraîner à tuer pour aller pourrir en prison ensuite. Suivre des chefs peu subtils, criant à qui veut l'entendre qu'ils tueront tout le monde. Comment alors se croire en sûreté et capacité d'accomplir notre mission ? Propagande nécessaire pour attirer de nouveaux moutons. Mais ces moutons, ne se cherchent-ils pas ? Quelle peur les pousse à suivre ces chefs, à agir par admiration ou par peur de ses chefs ? Et ces derniers, d'où provient cette haine pour toute une collectivité ? Ne provient-elle pas d'expériences personnelles isolées qui n'ont rien à voir avec l'humanité ? Comme le gars prêt à faire sauter la planète parce qu'il a essuyé un

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petit échec dans une cabane à patates frites ? Tous les moyens sont bons pour soutirer de l'argent ou avoir des pouvoirs, se croire important, base de nos sociétés, compétition pour la richesse et le prestige. Et nous serions surpris d'avoir élevé des prêts-à-tuer-tout-le-monde pour se faire servir et admirer par une gang apeurée. Avouer ses échecs, avouer ou chercher ses vraies motivations, voilà déjà un bon pas pour l'humanité. Se comprendre d'abord, comprendre les autres ensuite. Le seul message que j'aurais pour ces membres du Ku Klux Klan, c'est celui de se demander ce qu'ils cherchent vraiment, le pourquoi de leur mouvement, leur motivation ou problème en cause. Une haine, ça se justifie rationnellement. Si leur seule motivation est de s'approprier le pouvoir, la richesse, la servitude, alors leur haine est injustifiée. On dit que l'on déteste pour que les gens détestent à leur tour, pour ensuite faciliter l'action. En fait, les motivations sont ailleurs et les moutons ignorent ces motivations. Ou au contraire, ils en sont trop conscients et espèrent soutirer leur part du gâteau. Vivre et laisser vivre, quelle belle expression qui n'a jamais été entendue de personne. D'aucun peuple ou pays, surtout pas des Américains. Qu'avons-nous à attendre d'autrui ? La servitude certains pensent. Eh bien moi pas. Je tuerai moi aussi, non, je serai plus subtil et j'atteindrai mes objectifs. En attendant, qu'ai-je donc à attendre d'autrui ? En attendant, je pourrais vivre et laisser vivre. Ainsi donc, il ne me reste plus qu'à me chercher.

Voilà que j'entre en dépression. Je viens de téléphoner à Edward. Il n'a pas reçu ma lettre, un de ses amis est arrivé chez lui, d'Allemagne, il est là jusqu'au 4 avril, empêche Ed de m'écrire, de me parler. Je panique sans raison, je ne peux rien attendre d'Edward, mais il s'est justifié pendant cinq minutes à propos qu'il ne m'avait pas téléphoné, me disant qu'il n'avait pas arrêté de penser à moi. Les justifications détruisent tout. Elles font penser qu'il a des comptes à rendre alors que je ne peux rien exiger de lui. Cela me fait croire que je lui reproche des choses alors que ce n'est pas le cas. Je ne voudrais aucunement jouer le rôle du gars qui veut une lettre, qui veut qu'on l'appelle, qui ne veut pas être négligé, et quoi encore. Je pense que je vais arrêter d'appeler Edward et je vais attendre ses contacts. Il va m'appeler ce soir, il dit. Je n'ai pas hâte. Se sent-il trop obligé envers ses amis ? Ce qui m'inquiète, c'est qu'il m'oublie. Oh Ed, que fais-tu ? Dépassé par les événements, je n'existe plus ? Quel affront ! Je me retourne vers Sébastien, je n'en veux plus de cette multiplicité

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de relations. Je veux un Sébastien, ne pas souffrir, observer chez les autres l'expérience qu'ils retirent. Je vais me mettre à lire, on apprend beaucoup par les livres je pense. Qu'ai-je à aller chercher ailleurs ? Je ne vais que m'attirer des problèmes. Souffrir souffrir souffrir. Jusqu'où cela ira-t-il, jusqu'où cela pourrait-il aller ? Quels seraient donc les pires scénarios, les plus beaux ? Ô Gwendoline, my beauty, attends-moi à Cythère, je t'y retrouverai après mon shift de télémarketing. Ô Edward, my beauty, laisse-moi un demi-siècle et je te retrouverai dans mon lit. Dear God, je suis venu sur cette planète parce que, disait-on, il y avait beaucoup à apprendre. Un édifice complet m'est tombé sur la tête ce mois de mars et je suis incapable de distinguer ce que j'ai appris. Croyez bien que je désespère d'en voir davantage, et pour l'instant, je ne puis attendre de me retrouver dans les bras d'un humanoïde que j'ai connu. Veuillez me faire parvenir immédiatement la marche à suivre pour trouver la sortie du labyrinthe, j'attends la réponse après le travail vers neuf heures ce soir. Et puis tant qu'à bien faire, agréez, dear God, mes salutations distinguées.

Les gens n'aiment pas les comparaisons entre les souffrances juives et homosexuelles, eh bien tant pis, les deux ont souffert injustement, en particulier durant l'Holocauste. N'est-il pas désolant que les Juifs plus religieux soient prêts à tuer les homosexuels et ne manquent pas une occasion des condamner ? Souffre-t-on davantage d'être juif ou homosexuel ? Je ne pourrais dire, j'ignore le nombre d'homosexuels tués chaque année et le nombre qui a été tué au cours de l'histoire. Si le chiffre de six millions est très significatif pour les Juifs, Sodome et Gomorrhe l'est aussi, en admettant que ce conte ait autre chose à faire que d'être une fiction mythique franchement écoeurante, malhonnête, sournoise, perverse, mal. Si seulement la portée de ces trois seules lettres pouvait frapper en plein visage 2000 ans de fanatisme religieux. Je calcule un chiffre impressionnant d'homosexuels tués ou emprisonnés au cours de l'histoire. On estime qu'il pourrait y avoir eu un million d'homosexuels tués pendant l'Holocauste de 39-45. Plusieurs affirment qu'il y en a eu au moins 500 000, et tout le monde semble s'accorder sur un chiffre minimal de 220 000. Je puis déjà dire qu'il m'est bien insupportable de vivre en étant gai aujourd'hui. On n'avoue pas facilement être homosexuel. On souffre hier, aujourd'hui, demain. Je dévie du sujet. Je ne cherche ici qu'à prouver jusqu'à quel point les homosexuels sont injustement traités encore

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aujourd'hui. Dans quelles conditions on nous laisse respirer et souffrir, sortir de l'ombre si on en a la chance ou autant de volonté qu'il en faudrait, se décider à trouver quelqu'un, de vivre comme il est notre seule façon d'être pour être heureux. Je m'excuse, on ne peut changer sa nature. On ne demande pas à un Juif de devenir catholique (en admettant qu'être juif ou catholique appartienne à la nature, mais tout n'appartient-il pas à la nature ?). Ceux qui semblent réussir à changer souffrent plus que tout et ne peuvent l'admettre, pas même à eux. Et si les bisexuels, puisqu'ils semblent exister, peuvent tout aussi bien se trouver quelqu'un du sexe opposé et être heureux, qu'ils ne viennent pas dire aux homosexuels qu'ils peuvent changer. Je n'en crois rien et pas un homosexuel en croira quelque chose. Lorsque je parle d'homosexuel, j'aimerais que l'on considère que je parle autant des lesbiennes, des bisexuels et bisexuelles. Je n'essaie pas de banaliser ce qui est arrivé aux Juifs. Je montre que, si l'on s'indigne sur ces atrocités, c'est le temps que l'on se réveille et que l'on comprenne qu'il existe toute une partie de la collectivité qui nous entoure qui souffre tout autant et qui a souffert tout autant dans son histoire. Puis aussi surprenant que cela puisse paraître, je ne m'adresse pas aux chefs ou membres du Ku Klux Klan ou des White Supremacists, mais à la petite mémère et au petit pépère lavés du cerveau par leur religion et qui arrive à affirmer la phrase maintenant classique que le Sida est un cadeau de Dieu pour nous débarrasser des homosexuels. Calice ! Quelle sorte de Dieu avez-vous donc pour chercher ainsi à se débarrasser d'un groupe de gens, qu'avez-vous donc à espérer d'un tel Dieu ? Un Dieu qui est Amour ? Vous, juste à penser une telle chose, avez-vous vraiment une quelconque espérance d'aller au ciel ? Laissez-moi rire ! Un jour je vais faire du Voltaire, je me payerai la Bible, les 300 versions différentes qui existent s'il le faut, juste pour vous en ressortir les choses les plus inconcevables qui puissent exister. Que l'on m'apporte encore une de ces phrases bibliques à la noix qui puisse s'interpréter pour aider à l'anéantissement de tout un peuple ! Votre Ku Klux Klan, étudiez-le bien. Il ne diffère pas beaucoup de certains gouvernements ou partis politiques, et peut-être pas du tout de plusieurs mouvements religieux. Relisez, ou plutôt lisez Gide, Voltaire, Yourcenar, ou même, lisez-la votre Bible. Avant de commencer à la citer à tort et à travers comme si elle faisait office de Loi divine, vous serez peut-être surpris d'y lire que vous-mêmes êtes condamnés. Je croyais que

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les sociétés évoluaient, je pensais que lorsqu'un grand auteur avait écrit ses briques, on n'avait plus besoin de les répéter. Eh bien non, il faut sans cesse reconstruire les consciences, sensibiliser les gens dans un but un peu plus humanitaire. Comme il est difficile pour quelqu'un de se croire libre de penser avec tout un bagage de croyances implanté dans son cerveau. Ces gens sont même incapables de revenir sur leur idéologie pour se demander s'ils ont peut-être tort. Pas du tout, et tout jugement par la suite devra aller en fonction de ce savoir qui ne leur appartient pas. Alléluia ! Fêtons la mort du Christ, puisque personne n'a compris son message !

J'ai parlé avec Edward. On s'est répété les traditionnels bonjour et discours presque amoureux, on se verra vers la mi-avril. Ô horreur, cela est long, mais comme il dit, moi au moins j'ai Sébastien pour me contenter. J'ajouterais même que je ne devrais qu'avoir Sébastien pour bonheur. Il disait à la blague qu'un coup à Ottawa il chercherait un mec avec qui passer la nuit. Je lui ai dit non, eh, il vient pour moi, pas pour que je souffre de le voir coucher avec un autre. Comme ce serait cruel, sans perdre de vue que Sébastien ignore cette histoire et qu'ainsi l'histoire n'est pas encore cruelle. Mais ne sais-je donc pas que je n'ai rien à attendre dans cette histoire, pas de pitié ni de compassion ? Sébastien me téléphone pour me dire qu'il m'aime, il est minuit trente-huit. J'arrête d'écrire, c'est sûrement un signe.

Mes opinions changent comme la température. Une lecture du Voir, journal de la ville de Montréal, et me voilà converti à la culture québécoise. Je regretterai un jour de ne pas être passé par Montréal, peut-être. Quel est ce mythe en moi de voir en Montréal une ville que je déteste ? C'est le mythe des années 70 je crois, et l'histoire de la Révolution tranquille qui est difficile à digérer. J'ai idéalisé un faux Québec, un faux Montréal. Chaque fois que j'y vais je me retourne et me dis, mon dieu, est-ce possible, une ville si grande et francophone en Amérique ? Puis c'est l'extase, j'aimerais davantage conquérir Montréal que Paris, c'est chez moi en fait. Je serais l'élite, bien plus rapidement que je voudrais le croire. Il faut toujours une élite, mais je ne veux pas en être. Ni en France ni au Québec. I want to be part of the «in crowd». J'aime bien Montréal, mais si je veux faire quelque chose

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de différent, il est bien de vivre au Saguenay-Lac-St-Jean et à Ottawa. Je ne suis nulle part, j'appartiens à toutes les époques de la littérature. Mais je peux tout de même apprécier le talent québécois. C'est le temps que je fasse mon entrée dans la civilisation si je veux me défaire de mes préjugés. J'apprécie Ottawa pour son unique caractéristique que, pour une région de plus d'un million d'habitants, la culture y est complètement inexistante. Tout provient d'ailleurs, par bribes, Montréal ou Toronto, et pour peu que l'on lise The Citizen d'Ottawa et que la sous-culture anglophone ne nous intéresse pas, we are almost free of influence.

Je termine à peine de visionner le film Pump up the Volume, film américain, cela va de soi, et j'ai enfin compris le film (c'est la dixième fois que je l'écoute). La génération X. C'est moi ça ? La génération X, qui n'a rien à attendre de la politique ni des institutions, mais qui doit elle-même prendre la voix des ondes, des médias, prendre le contrôle pour à son tour écraser une génération. J'avais cette impression qu'il était vrai que c'était à nous d'agir, mais c'est vrai qu'il est impossible d'agir si ceux qui sont en contrôle ne nous en donnent pas la chance. Mais n'est-il pas normal de vouloir garder sa place lorsque tout va bien ? Combien d'entre vous laisserait son emploi d'ingénieur pour permettre à un plus jeune de travailler, même rendu à la limite de l'âge qu'habituellement on croit la retraite normale ? Personne, c'est normal. Je ne le ferais pas non plus. C'est donc que nous devons leur rentrer dedans. Prendre d'assaut les marchés, se bâtir nos institutions, se solidariser, écrire dans les journaux, parler. Parler à l'autre génération, celle qui travaille et qui vieillit. J'ai longtemps souffert à lire quelque fois les journaux du Québec et comprendre que ces beaux articles dénonciateurs des actions anglophones ne seraient lus que par des francophones. Pendant ce temps les anglophones se délectent de Mordicai Richler, celui qui dénonce les tares québécoises. Parlons donc là où il faut.

Encore une journée, puis une autre, puis une autre, c'est merveilleux, le mois est passé à une vitesse surprenante, tout juste si je me souviens d'avoir dormi. J'ai perdu la notion du temps, il me semble que cela fait une semaine qu'Edward est parti. D'ailleurs,

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dans ma troisième lettre, je lui ai envoyé le poème de Prévert, Les Feuilles mortes. Il écoute sans cesse la chanson chantée par une femme (ni Dalida ni Montand). Ça c'était le coup de grâce, il n'y a pas plus belle poésie.

Je me suis payé une heure trente minutes de parlotte au 216 avec Sylvie, la fille de trente-cinq ans. La famille symbolique. La fille qui, à 13 ans, écrit des lettres à Dieu qu'elle brûle ensuite pour permettre la sublimation jusqu'au ciel. Quelle intelligence ! Quelle enfant penserait à faire une chose pareille ? C'est peut-être bien de l'imitation. En fait, la question n'est peut-être pas à se demander comment une jeune fille peut être aussi intelligente, mais plutôt, qui peut être aussi innocent dans les deux sens du terme pour agir de la sorte et montrer l'exemple à une jeune fille qui aurait pu sacrer le feu à la maison ? J'espère que Dieu a entendu son dernier message : « Cela ne me dérange pas de souffrir maintenant si après je suis pour être heureuse le reste de mes jours ». Qu'est-ce que je retiens de notre conversation ? Elle veut devenir une intellectuelle. Cela m'a obligé à me demander à moi-même si je désirais éventuellement devenir un intellectuel, et même, si je ne me considérais pas déjà comme tel. J'avoue que je n'ai pas trouvé de réponse spontanée à ma question. Le mot possède déjà une connotation très négative, ça ne donne pas envie d'y être associé ou de s'y enfermer. Pour répondre à la question, il me faudrait d'abord définir ce qu'est être intellectuel, et alors là, ça pourrait ouvrir tout un débat. Un intellectuel, à mon avis, c'est quelqu'un qui va mourir dans ses idées. Mais peu importe. Chose qu'elle n'avouera pas trop fort, elle veut écrire et en vivre. Elle est déjà en train d'écrire des nouvelles. Elle tente dans ses écrits de déconstruire les structures établies. Lesquelles structures ? Dieu, les religions, les gouvernements, les idéologies, les courants philosophiques. Il serait plat d'amplifier les structures existantes. Comme il ne serait pas nouveau d'élaborer davantage un courant existant ou de détruire certaines structures. Détruire n'implique-t-il pas une reconstruction ? Je le lui ai fait remarquer, elle m'a dit que non. Pour l'instant elle en était à la destruction, elle rejette tout. Elle pense qu'elle se trouvera dans la littérature. Curieusement, c'est après avoir lu La Vie devant soi de Romain Gary qu'elle a décidé de laisser son mari. Elle a pleuré comme un veau. La même année la famille symbolique frappait encore, son frère se suicidait le jour de pâques, à 23 ans, le 3 avril 1983. Sans croire à la chrétienté plus qu'il ne le faut, il s'abandonne au jour J, celui de la mort du Christ, sans oublier la

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trinité. Quel message et quelle matière à penser pour les restes de la famille ! Tout cela à cause d'un père abusif et d'une mère trop psychologue. Elle m'a raconté sa mauvaise entente avec sa belle-mère. Elle lui avait même avoué à la fin qu'elle la détestait peut-être plus qu'elle haïssait son mari. Aujourd'hui Sylvie a apprivoisé sa belle-mère, elle va lui faire le ménage pour 16 $ l'heure, deux heures par semaine. C'est son seul travail. Mais pour réussir à apprivoiser sa belle-mère, il a fallu une cause désespérée, la vieille se meurt d'un cancer. Elle a donc eu besoin de pleurer dans les bras de quelqu'un, Sylvie en l'occurrence. La vie est injuste, a-t-elle dit lorsqu'elle parlait d'une jeune fille de 22 ans qui venait de mourir du cancer à l'hôpital. Et par transposition, comme la vie est injuste de me faire mourir moi ! La vie est-elle injuste ? La vie est la vie. Sylvie a vu, au moins, cinq ou six de ses proches mourir. Elle a maintenant apprivoisé la mort, qu'elle dit, elle ne s'en fait plus avec ça. Ce qui me surprend d'ailleurs. Elle est heureuse, dit-elle. Elle semble heureuse, mais je sais qu'elle doit passer des moments très difficiles. Mais comme elle dit, il y a eu une métamorphose et je ne saurais accuser Romain Gary, malgré que moi aussi j'aie pleuré en le lisant. Curieusement, celui-ci s'est suicidé parce qu'il allait mourir d'un cancer. La vie est-elle injuste ?

La température est à la pluie, je suis dépressif. J'ai discuté avec Jean, bon dieu, il a couché avec la moitié des gars de son dortoir au séminaire. De bons souvenirs derrière des rideaux de théâtre, la nuit dans les dortoirs, mon coeur bat juste à y penser. Il y en avait un qu'ils dénigraient, ils l'appelaient le fefi, même s'ils avaient couché avec lui. Joël a de gros remords au sujet de ce gars-là, de très gros remords. À se demander s'ils ne l'ont pas battu à cause de leur propre honte. Paraît-il, même un professeur est entré dans la ronde, il l'a également ridiculisé. Cela me rappelle mon enfance, dont le calvaire a atteint son summum au secondaire II. J'aurais cependant tendance à dire que c'est au secondaire IV que le point culmine. J'avais toute la classe contre moi, on me traitait de cave, de poire, on riait de moi, encore chanceux que l'on ne m'appelait pas le fefi, encore que j'ignore ce que l'on disait de moi dans mon dos. On jouait au volley-ball et je n'étais pas si mauvais, une erreur à l'occasion, cela suffisait à me dévaloriser aux yeux de mes coéquipiers. L'équipe adverse disait

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qu'il fallait m'envoyer le ballon pour ainsi faire le point. Il me fut possible d'affronter ces attaques lorsque l'on m'envoyait sans cesse le ballon, j'en étais fier, mais après cinq ou six attaques il me semblait normal de manquer, moi qui n'étais déjà pas très grand ni sportif, en plus que deux ans auparavant c'était vrai que je n'avais aucune motivation, mes bras ne bougeaient pas. Eh bien, pas une seule personne ne m'a épargné son commentaire, sauf deux. Le professeur et Gaétan Perron, dit le boxeur, celui qui s'est fait sucer par Annie Sesley alors qu'il était tout jeune, celle qui plus tard me suçait à mon tour. J'avais 15 ans alors, cette relation m'a fait paniquer, peur de ne pas bander, peur du condom, ça a duré cinq à six mois. Si Gaétan ne prenait pas ma défense, du moins il me laissait tranquille, peut-être davantage pour cause des lois inhérentes aux vrais sportifs, comme le respect de l'autre, qu'il se faisait un devoir de suivre à la lettre. De plus, sa fausse modestie cachait une forte prétention qui lui dictait de montrer l'exemple, aussi il se prenait pour la sagesse incarnée. Il n'a cependant pas su résister ce jour-là, il m'a finalement ridiculisé à son tour devant tout le monde. Je lui ai dit sur place, je lui ai fait remarquer sa déviance, le seul que je me suis senti obligé de lui dire, il en a eu des remords. Après le cours il est venu s'excuser, il voulait me serrer la main. J'ai peut-être manqué ma chance de m'en faire un ami, peut-être aurait-il prit ma défense ensuite, mais je n'y croyais guère, du reste je n'en avais nul besoin. Parfois l'indifférence fait encore plus mal que la mauvaise action. Y a-t-il un seul prof qui s'est levé pour arrêter la destruction qui me rongeait, pour dire que cela suffisait ? Jamais en cinq années de secondaire. Ah si, une fois ou deux, lorsque le mouvement était trop généralisé et que l'intervention devenait une obligation. Donc pas pour ma défense, mais pour l'ordre et le contrôle. C'est un mouvement comme celui-là qui prenait place ce jour-là, mais le professeur a fait bien pire que ce à quoi j'osais à peine espérer, il m'a carrément abaissé, ridiculisé devant tout le monde, me criant que j'étais cave. Injuste monde. Ainsi il n'y aurait plus de salut extérieur. Alors lorsque Gaétan s'est approché pour s'excuser, ma réaction fut spontanée, comme si n'ayant plus rien à attendre de rien, aucun pardon n'était possible. Il m'avait abaissé, qu'il vienne s'excuser ensuite ne change rien à son action, il ne reprendra pas l'humiliation que j'ai subie sur le coup, encore que, un élément d'un groupe qui t'humilie ne devient-il pas secondaire ? Non. J'ai refusé de lui donner la main. Il m'a répondu que

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je venais de construire un mur entre nous. Je lui ai rétorqué que je me demandais bien qui l'avait construit ce mur. Alors on a vu sa nature et sa motivation, il a dit que cela ne le dérangeait pas, qu'il serait gagnant en bout de ligne puisqu'il avait plus de popularité que moi. And so what ? Je lui ai dit : « C'est pas parce que ta photo est chaque semaine dans le journal Le Réveil de Jonquière que tu vas commencer à te prendre pour un autre ». Cette phrase pourtant banale l'a bien ébranlé. Un de ses amis est allé le voir ensuite et lui a dit que je ne valais pas la peine que l'on se tracasse à mon propos, que j'étais un moins que rien autrement dit, une forme inférieure d'humain. Aucune conscience. Le pire, le seul qui avait une conscience, je l'ai atteint en plein coeur, il a payé pour tous les autres. Est-ce que je regrette ? J'aurais dû accepter ses excuses, cela m'a semblé trop facile pour lui de m'humilier aux yeux de tous et venir se faire pardonner ensuite à l'insu de tous. Mais on aurait bâti l'avenir sur une note positive et cela importait peut-être davantage. Et Jean qui a des remords encore aujourd'hui à propos du séminaire, les autres en auraient-ils aussi ? J'en doute et je m'en fous. Une des conséquences directes de ce calvaire c'est le repliement sur moi-même, ma nonchalance, mon insolence, et surtout, ma prétention. Cette dernière est nécessaire, sans elle j'aurais perdu toute confiance ou espoir et je me serais suicidé. J'ai plusieurs fois pensé le faire, réfléchi aux moyens. C'était amplifié en plus par le fait que j'étais homosexuel et que je croyais être seul au monde, ou que je mourrais seul dans mon coin car jamais je n'aurais eu le courage d'en parler ou de me renseigner. Et comment aurais-je pu, avec la mentalité sociale actuelle. Il en faut du courage, je vous jure.

Notre conversation au 216, quel calvaire ! Je souffre en collectivité, je souffre. Je pense que ces derniers temps je me suis trop mêlé de choses et événements extérieurs, il me faudrait revenir à moi-même. Je pense étrangement à Edward, je m'ennuie vraiment. Je constate que le printemps m'affecte en rapport à Sébastien. Je me rappelle les événements des deux printemps passés où il m'a carrément laissé là. Mais je vois aussi l'après, l'été où il était beau en bermudas et t-shirt, ça me revigore un peu. Je voudrais le voir ce soir. Mais j'aimerais me retrouver dans les bras d'un autre. Je me sens vraiment mal, j'ai des remords parce que je ne vais pas travailler ce soir. J'ai déporté ce soir à lundi prochain. Mais je n'aurai pas le temps de travailler lundi prochain, trop de choses à faire. I better go to work

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tonight. Vanvinthorpe first. Je pense que je ne vais pas être en mesure de survivre au cours de Mme Bourdon. Lundi je manquerai le cours de Mme Laffite, ainsi je respirerai un peu. Il me faudrait finir la session comme je l'ai commencée, manquer les deux dernières semaines. Je vais manger du pain ce soir. Cela fait au moins deux mois que je n'ai pas fait d'épicerie. Je n'ai plus rien à manger, j'ai même dégusté une boîte de fèves à la sauce tomate, découverte dans le fond de l'armoire à ma grande stupeur. Elle devait traîner là depuis au moins trois ans. À vrai dire je n'ai pas faim. J'en arrive à ma dernière tasse de café ce soir, je vais me mettre au thé. Jamais je n'aurais cru être capable de survivre aussi longtemps sans faire l'épicerie. Ce qui est bien là-dedans c'est que je n'ai plus besoin de faire attention à ce que je mange, je n'ai pas le choix. J'en ai terminé avec les cannes de soupe bizarre et le riz. C'est avec mon dernier dix dollars que j'ai acheté du lait et un pain hier, c'est presque le bonheur. J'apprends à apprécier des choses aussi futiles que le pain alors que je n'ai plus rien à mettre dessus. Je n'ai plus aucune motivation. C'est l'heure des deadlines.

« À l'intérieur, c'est plein de papillons », l'homme est en amour. Drôle d'expression. Moi ma bedaine est pleine de chenilles ! Il me faudrait faire une kermesse pour les métamorphoser en papillons. Jean aussi écrivait des lettres à la Vierge Marie et les brûlait. C'était donc une pratique courante. Je suis dans le cours de la Bourdon, de tous les livres qui ont fait l'objet d'un exposé oral dans ce cours, les deux tiers portaient sur l'infidélité et l'autre tiers l'avait en thème secondaire. Même mon sujet, L'Immortalité de Kundéra, parle de ça. C'est une constante qui reflète bien la conscience d'une collectivité. Tout le monde se trompe l'un l'autre et en souffre. Si je devais me faire un nouveau copain, je crois que ce serait clair dès le début : je ne vais pas chercher à coucher avec d'autres, mais si le contexte s'y prête, je ne pourrai et voudrai résister. Ainsi il n'y aura plus de mensonge ni de remords. La collectivité pourrait-elle en venir à ça ? Non, ça sonne trop immoral une relation ouverte, c'est le chaos pour eux. Imaginons un instant une société qui accepte la relation à droite et à gauche, avec plus aucune stabilité « apparente », en une activité bien au-delà du message religieux. Peut-être un jour en serons-nous là, même si tout le monde couche déjà avec tout le monde, même les plus chrétiens. Il faut le dire, c'est une manie chez les humains de tenter de se rendre coupable et de se faire du tort mentalement, sans raison. On aime ça la

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flagellation psychologique, on est masochiste.

Si je pouvais tuer, je tuerais ! Je peux tuer, je tue, je tue le Vanvinthorpe ! Ah, tout a été très bien organisé. Je le rencontre au Pivik, le monsieur me fait une remarque, cela lui permet dans son bureau de me dire qu'il m'avait averti « à plusieurs reprises ». J'ai cinq travaux en retard ? Oui, mais la moitié du groupe a en moyenne deux à trois travaux en retard aussi. Monsieur est fier de son calice de programme informatique supposé nous aider à apprendre la grammaire, je viens de perdre six heures à chevaucher à travers les bugs pour rien ! Six heures à jeter au feu ! Avec aucune preuve de combien de temps j'ai fucké là-dessus ! (Là, j'ai déchiré la feuille sur laquelle j'écrivais et tout le monde me regarde dans l'autobus, je suis chaque jour plus près de l'asile.) Je me suis trompé à propos de M. Vanvinthorpe. Il ne me demandera pas trois mois de travaux hebdomadaires en retard, il m'a clairement spécifié qu'il allait me faire couler. Me voilà donc dans la même situation qu'Amandine-Anne Colombe lorsque je lui ai dit que c'était normal qu'elle coule le cours de M. Vachecourt si elle n'y avait pas été une seule fois. Il me faut donc comprendre que je mérite de reprendre un cours cet été. Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Son cours de trois heures qui m'en semblait six, qui était mon quatrième cours de la journée et mon sixième cours de la session, il m'était impossible de passer au travers. Même les larmes ne lui font pas. Je lui ai raconté une histoire à pleurer, comme quoi je travaillais trente heures par semaine, je lui ai dit aussi que j'avais des problèmes personnels, il m'a répondu que ce n'était pas ses problèmes. Je vais répliquer avec une lettre. Le salaud, il m'a si bien jugé à partir de son cours qu'il m'a carrément dit que je n'étais pas prêt pour la maîtrise. Qu'il aille chier, cela fait je ne sais plus combien de cours que je souffre, avec tout de même de bons résultats. Qu'est-ce qu'il en sait ? Il serait capable de parler contre moi au département. J'aimerais bien qu'ils me refusent et que la Sorbonne m'accepte, cela montrerait tout leur syndrome du professeur un peu frustré, qui exige alors que c'est nous qui payons et qui s'endettons. Eux, ils ont eu l'école gratuite en France. Il fallait travailler dur pour passer à travers une année. C'est pas comme ça que ça marche en Amérique ! Ici, avec l'argent, il faut quelque chose au bout ! Surtout lorsqu'il s'agit d'une hypothèque dont le montant sera quadruplé avec les années !

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Retour sur le 216. Everything makes me sick. Je suis tellement malade ! Dans la tête aussi. Je ne serais pas surpris que l'on finisse par m'enfermer. Jean s'est mis à pleurer « comme un bébé » avant-hier au travail. Est-ce si difficile cette passion pour Jake ? Prétextant l'école, il a fait une méchante crise. Ainsi tous les étudiants sont dans la même situation. Mais moi je ne pleure pas, je chante et je ris ! Puis je retombe en amour avec Sébastien. Hier c'était incroyable, il est beau, il a son charme, ce n'est pas pour rien que cela fait deux ans et demi que l'on est ensemble. Je regarde par la fenêtre, j'aurais envie de partir dans le ciel, mais je m'écraserais sur le trottoir. Pourquoi ? À cause de mes problèmes de conscience, pas Sébastien, mais mes travaux d'école. Que la vie peut être exécrable parfois, et fort souvent. Je regarde les édifices, cela s'écroulerait et rien ne changerait, il me faudrait tout de même lire 2000 pages et en écrire une centaine d'ici mercredi prochain.

Le 216. Adeline, un intérêt plat. Sylvie, une crisse de fatigante. Nathalie ? Si j'étais straight elle serait conquise et je serais heureux ou malheureux avec cette fille. Je suis homosexuel, un intérêt plat. Stéphane, lui il vit dans un autre univers, pas mal plat. Le « beau-presque-gros-hétérosexuel-white-man-with-his-girlfriend », je ne connais pas son nom, son pseudonyme en dit suffisamment long pour justifier mes vomissements. La vie de tout le monde me fait dégueuler !

Je souhaiterais n'avoir jamais entrepris l'étude de la langue française, il n'y a pas pire calvaire sur la planète. Si je passe à travers ma session, je jure de remercier le ciel et d'écrire une lettre au bon Dieu pour le remercier. Une lettre à la Terre en l'occurrence, il me faudra donc l'enterrer au lieu de la brûler. Bof, je vais la brûler, les cendres ou les molécules transformées risquent davantage de retomber sur la Terre que d'aller au ciel. Quand je dis qu'il est temps venu de m'enfermer. Dear God, do something or I'm gonna kill someone ! I am not going to wait until they figure out I'm crazy, OK ? I want to see Sébastien ! Sébastien Sébastien Sébastien Sébastien Sébastien Sébastien Sébastien !

Jean a des problèmes psychologiques. Il n'arrête pas de faire des clins d'oeil. C'est très significatif. Un clin d'oeil inspire une complicité, une relation privilégiée, mais après le cinquième clin d'oeil, la séduction se transforme en analyse ou en colère de ma part.

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Aujourd'hui c'est l'analyse : il a des problèmes psychologiques. Le pire c'est qu'il n'est pas si laid, beau même, mais tant qu'à coucher avec lui j'aime autant Sébastien. Je ne pense pas être porté vers l'infidélité généralisée, pas encore du moins. Tout le monde a-t-il son petit Jake qu'il souhaite tenir dans ses bras éventuellement et se rend malheureux pour ça ? C'est déjà bien assez.

Encore une semaine de cours et je serai déjà plus libre. Quatre jours de congé cette fin de semaine, vive la mort du Christ ! Après la session, j'aurais envie de tout abandonner et faire comme si je n'avais aucune éducation. Partir de par le monde, me perdre dans les taudis, les lits d'étrangers, communiquer avec l'ensemble. Paris sera un pas de plus vers cette liberté. On est encore mardi. Je ne pense pas que je vais survivre. Je me suis couché à quatre heures du matin, levé à sept heures trente. J'ai travaillé pour Vanvinthorpe comme un malade. Trois jours pour compléter trois mois d'études, il faut qu'il accepte mes travaux, j'ai même été raconter de la broue au médecin pour avoir un billet médical. Je vous jure que cela était un tour de force. Combien cette consultation éclair coûtera aux contribuables ? Les médecins ne sont pas payés à l'heure, ils sont payés à la seconde, au mot prononcé. En plus il me faudra encore passer au travers un dernier mardi la semaine prochaine. Vais-je survivre ? En plus de mon exposé pour Lemay et mes six travaux longs à remettre. Quel calvaire ! Cela va-t-il finir ?

Victoire le Vanvinthorpe ! Il m'a fait peur pour rien. Je n'ai qu'un exercice de plus à faire, une aberration ! Quoi ? Un étudiant manque plus que les trois quarts de ses cours, fout rien de la session, ne remet aucun de ses travaux, des rares fois où il vient il fout le camp à deux reprises lors de la pause, et il réussira avec B ? Ça me rappelle le cours avec M. Lemire sur Anne Hébert. J'ai dû assister à quatre cours sur vingt-six, fini avec un A. Jusqu'où puis-je pousser l'audace ? Next level : comment m'abstraire de mes travaux finaux en soutirant tout de même de bons résultats ? Cela me tente de dire que dans la vie il y a toujours un moyen de s'en sortir. En insolent je dis : donnez-moi ce que je veux, et on me le donne ! Maintenant je dois cependant travailler sur mes travaux finaux, never stop, never enough, until death, courage, c'est la fin. Ce cours de trois heures est un vrai calvaire. J'ai bien envie

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de ne pas y aller au Vanvinthorpe la semaine prochaine.

Je veux partir sur une brosse de malade, me saouler au possible ! Encore deux semaines à vivre sans sou. J'ai fait une grosse épicerie de 20 $, en une journée j'aurai passé au travers. Avant-dernier jour de mars. Sébastien est inquiet que je pourrais partir pour Paris et qu'on se laisserait. Peut-il être si aveugle ? N'a-t-il pas compris que si je suis capable de prendre une telle décision c'est que quelque chose a changé ? J'y vais avec le sourire à Paris, avec la nette intention de rencontrer quelqu'un sur place. Moi, un an sans affection ? Incapable. Comme ce serait cruel de laisser croire à Sébastien que je sors avec lui pendant que j'ai quelqu'un en Europe. N'ai-je donc plus de sentiment pour lui ? On a fait l'amour ce matin, on ne l'aurait pas fait et ce serait du pareil au même. Il est beau, mais il m'excite moins. Mais Edward non plus, je l'ai finalement oublié. La vie scolaire du département et la pensée d'aller à Paris, cela me nourrit amplement. Mais peut-on voir clair pendant le mois de mars ? Spécialement à la fin ? D'autant plus que, par expérience, il déborde dans le mois d'avril. Que je suis las, las de tout. La vie me traverse sans que je ne m'en rende compte. Je prends des décisions directement par la raison je serais porté à dire, mais c'est le coeur. Je suis en amour avec Paris, le même sentiment que lorsque je voyais mon départ pour Ottawa comme une délivrance. Un sentiment plus fort, parce que j'étais davantage au désespoir en ce temps. Je souhaitais qu'Ottawa soit une délivrance sans y croire assurément. En fait, Ottawa fut une délivrance. Qu'ai-je à attendre de Paris maintenant ? Transition, constamment en transition, transition encore et encore.

Murielle veut laisser son copain, le summum est atteint, elle va sortir de son marasme. Elle compte beaucoup sur moi, c'est moi qui lui aurai tout conseillé : de le laisser là, de déménager, de trouver quelqu'un d'autre. Peut-être ne se rappelle-t-elle pas qu'à l'origine c'est moi qui l'ai encouragée à déménager de chez elle et d'aller demeurer avec Marko ? J'ai de la misère à m'avouer cela, on devrait moins écouter ses amis je crois.

Ne pas sous-estimer l'influence parentale, les pères de famille continuent à promulguer des valeurs effrayantes et désuètes issues de religions bizarres. Le père de Marko traite

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son fils de lâche parce que c'est lui et non sa copine Murielle qui se lève pour aller chercher une tranche de pain. Ça fait peur.

On a parlé avec la grosse Josie, celle qui est lesbienne. Qu'elle est fatigante, elle m'a fatiguée. Sucer mon énergie. Me racontant que ses goûts c'était notre professeur de théâtre Monique Laffite. Qu'elle la voyait très bien habillée en cuir avec le fouet (moi aussi je le vois très bien ça). Elle crie son homosexualité comme ça, sans complexe, comme Jean. Une fille dans son cours aujourd'hui lui a carrément demandé s'il était homosexuel - avec son foulard rose, fallait bien s'y attendre - eh bien il lui a répondu que oui. La fille s'est mise à le crier à tout le monde. Bravo, et moi là-dedans ? Tout le département est-il maintenant au courant ? Sûrement. Si le Parti réformiste de l'ouest venait à prendre le pouvoir, je ne serais pas long à traquer, on me jetterait vite en prison. À moins qu'ils mettent à exécution leur projet de réinstaller la peine capitale, on me décapiterait donc. À moins qu'ils n'aient déjà pensé à la chambre à gaz, et pourquoi pas le four crématoire comme les Nazis, ça au moins ça vaut la peine, on y passe en série.

Premier avril, mon calvaire se terminerait-il aujourd'hui ?

La descente aux enfers commence. Je croyais avoir vu mon calvaire de près, je me trompais. Hier au lit chez Sébastien j'ai eu l'idée, et personne ne me dira si c'était une bonne idée ou non, de regarder les numéros de téléphone des gens qui avaient appelé. Je le fais parfois non pas pour vérifier ou surveiller des choses, mais parce que c'est un gadget intéressant. Je ne demande jamais à Sébastien à qui sont ces numéros. Mais cette fois un numéro qui commence par 567, c'est-à-dire dans le secteur autour de l'Université d'Ottawa ou downtown, avait la mention 24, ce qui signifie que la personne avait appelé 24 fois. Même moi n'avais téléphoné que quatre fois. J'ai demandé comme ça à Sébastien qui c'était, sans trop m'attendre à de réponse. Je ne lui demandais pas plus que ça d'informations là-dessus, je pensais même que l'appareil était détraqué. Je tremble au moment où j'écris ces lignes, comme hier. Sébastien m'a alors dit qu'il ne savait pas qui c'était. Puis tout à coup il m'a avoué que Ken avait trouvé son numéro dans l'annuaire et qu'il n'arrêtait plus de l'appeler depuis. D'accord, cela ne me dérangeait pas. Mais il avait sur le coeur cette chose qu'il

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devait m'avouer, alors il m'a dit avoir rencontré Ken à l'Université d'Ottawa et qu'ils étaient passés à son appartement. Sébastien s'excusait, s'excusait de ne pas me l'avoir dit. D'accord, je m'en fous ! Mais j'ai bien compris qu'il avait davantage de choses à se faire excuser. Il m'a enfin dit ce qu'il avait à dire : Ken lui aurait sauté dans les bras, puis s'est frotté contre Sébastien. Un peu plus tard il avait même frotté la mauvaise place, bien qu'ils étaient habillés. Je voulais mourir. J'ai eu beau me dire que j'avais fait pire avec Edward, impossible. Je tremble en ce moment, je tremblais là. Je suis allé à la salle de bain. Maintenant j'essayais de voir jusqu'où c'était allé. Eh bien Ken avait ouvert ses pantalons, puis avait ouvert ceux de Sébastien. Ils se sont masturbés, ils sont venus. Ils ne se seraient pas embrassés. Je suis retourné à la salle de bain. Cette épreuve fut pire que celle de ma propre infidélité. Je n'ai point été capable de le juger, étant dans la même situation. Je ne lui ai pourtant pas dit l'histoire avec Edward. Car alors il n'aurait plus été à New York, n'aurait plus parlé à Edward, Ed m'en aurait voulu et n'aurait pu revenir à Ottawa. Si l'épisode d'Edward ne s'était pas produit, la rupture entre moi et Sébastien aurait été instantanée. Aucun pardon possible. Sans compter cette peur qu'il recommence, qu'il couche avec Ken en cachette, double relation humiliante. Edward est loin, lui. Même s'il ne l'était pas, je ne suis pas certain si je voudrais coucher avec lui. Sébastien me dit qu'il ne veut plus recoucher avec Ken, il le connaît maintenant, il n'est pas si bien. Jusqu'où vont les mensonges ? Cela m'a pris deux heures pour arriver à connaître la vérité, sans quoi, sot que je suis, je ne saurais que l'aspect visite chez Ken. Je l'ai poussé en prenant pour acquis dès le début qu'il avait couché avec l'autre. Ainsi, avec 24 appels, peut-être que la rencontre à l'université est une invention ? Sébastien est tout simplement allé directement chez Ken, sachant exactement ce qu'il allait y chercher ? Je les ai bien vus au Tactiks, j'ai alors souffert de les voir ensemble, ils m'ont, comme par hasard, perdu dans la brume pendant quarante-cinq minutes. D'autres mensonges ? Ils vont recoucher ensemble, c'est certain. L'autre continue d'appeler sans arrêt, ils discutent sûrement, on ne couche pas avec quelqu'un sans développer une sorte de complicité. Et ainsi, moi et Sébastien, sommes aussi pire que tout le reste.

Je vois la similitude entre mes actions et celles de Sébastien, elle est significative à plusieurs niveaux. Premièrement elle signale un problème dans notre relation. Ou du moins

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un désir de voir si la relation existe bel et bien ou si son avenir est à remettre en question. Deuxièmement, j'ai souffert tout le mal que je cause ou pourrais éventuellement causer à Sébastien en couchant avec Edward. J'ai tant eu mal que je ne lui dirai pas pour Ed. Mieux vaut lui éviter cette crise, même si cela pouvait le soulager de comprendre qu'il n'est pas seul à avoir triché. Sébastien se considère de bien supérieur à Edward, à la limite cela passerait mieux pour lui. Moi ça m'a détruit complètement. Il se pourrait que Ken soit plus beau que moi aux yeux de Sébastien. Mais pourquoi donc ne s'est-il pas arrêté ? Plus fort que lui ? Pourquoi jouait-il tout son avenir avec moi ? Pensait-il trouver mieux en Ken ? Les mêmes questions à propos d'Edward deviennent intéressantes. Pourquoi donc ne me suis-je pas arrêté ? J'ai tout fait pour arrêter, cela ne s'est pas fait spontanément, ça a pris deux ou trois heures avant que je tombe dans ses bras, après avoir tant voulu ne rien faire. Sébastien n'a eu les remords qu'après avoir éjaculé. N'a pas hésité une seconde avant de passer à l'acte. Lequel est mieux ? Moi qui ai eu le temps d'y penser, d'en prendre conscience, ou lui qui n'a pas réfléchi, geste spontané ? Mais moi je voulais connaître ce que c'était qu'un autre homme, cette expérience qu'il me manquait mais que lui a déjà bien expérimenté avec ses dix à quinze derniers partenaires, à moins que ce ne soit davantage, je le crois bien maintenant.

Que tout est à remettre en question ! Comment le laisser ? Impossible. Comment l'aimer ? Difficile. Comment lui faire confiance ? Quel calvaire. Comme cela soudainement m'ouvre toutes les portes vers l'infidélité en série. J'ai téléphoné le jeune Neil, avec espoir de le voir, même s'il ne m'intéresse pas. Le gars de 16 ans est retourné vivre chez son copain Mark (qui le trompe avec son colocataire d'ailleurs) et est revenu à ses habitudes pantouflardes, son copain ne lui laissant aucune liberté. J'ai bien regardé Nick, jamais je n'aurais le courage de lui sauter dessus comme Ken a fait avec Sébastien. Et pourquoi vouloir détruire sa relation avec Jim ? En plus, ce dernier en viendrait à le savoir, l'honnêteté de Nick n'est plus à prouver, on me jetterait à la rue. Ah, je ne veux rien savoir de personne. Mon sentiment est la jalousie. Moi aussi j'aurais aimé le faire avec Ken, on aurait même pu le faire à trois. Comme cela aurait été plus facile à digérer. Mais les choses se sont passées pour multiplier les parallèles et me faire comprendre les implications de ma relation avec

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Edward. Puis-je en vouloir à Sébastien ? Je lui en veux, comme il m'en voudrait s'il savait. Lorsque j'imagine la fameuse scène, j'ai envie de pleurer. Semble que je l'aimais le Sébastien. Moi qui me suis tant posé la question. Je suis certainement voué à la dépression jusqu'à la fin du mois d'avril. Après le soleil ne se montrera guère. Je ne sais plus où j'en suis, je ne sais plus ce que je veux, je ne suis plus en état de penser.

Je savais qu'en passant au Centre universitaire j'allais rencontrer Ken Strange (tu parles d'un nom bizarre). Un autre tour de force, j'ai son numéro de téléphone. Je lui ai donc parlé, dit que je savais ce qui s'était produit, raconté un peu la situation, voir s'il n'en ajouterait pas quelque chose. J'ai appris entre autres que Sébastien savait ce qu'il allait chercher dans l'appartement de Ken, qu'ils en avaient donc parler de faire l'amour avant, et qu'ils allaient là pour coucher ensemble. Mort. Ce n'était donc pas un coup de tête, Sébastien n'a pas été pris par surprise, cela a probablement duré plus que quinze minutes. Avait-il besoin de me comparer avec le jeune Ken, puis ayant découvert que j'étais mieux, le voilà revenu ? Comment cela ne me ferait-il pas avoir envie de courir loin de Sébastien, en dépit de ce que j'ai fait avec Edward. Je prends cela tel un rejet, comme s'il ne m'appréciait plus, ou avait des doutes. Il m'est donc difficile de continuer cette relation. À avoir couché avec Edward, je gardais une complicité avec Sébastien. Maintenant, que j'aie couché ou non avec Ed, la complicité est rompue. Sébastien se place au même niveau que tous les autres, il ne m'appartient plus, je ne lui appartiens plus.

Bon, Sébastien a désiré Ken au même point que moi j'ai voulu Edward. Je commence à accepter ce fait. J'espère que cette idée de sauter dans la rue et rencontrer cette personne magique me passera. Hier j'ai couché avec Sébastien. Il est vraiment beau. Plus beau que n'importe qui. Qu'ai-je donc à vouloir aller ailleurs ? J'ai éjaculé trois fois dans la même demi-heure. En ces temps ça veut dire que je suis en manque. Je vais m'orienter vers le retour complet avec Sébastien. Je ne vais pas chercher à coucher avec Edward s'il revient. Si

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cela arrive, cela arrivera, mais je ne ferai pas d'efforts en ce sens. Alléluia, Dieu me guide enfin sur le bon chemin. Je serais stupide de le croire, d'autant plus que je suis toujours homosexuel. Mais les gens perdent leurs proches dans des incendies et accidents d'auto, puis réussissent tout de même à glorifier Dieu ensuite. Prétextant peut-être la grâce de ne pas avoir été frappé à la place de l'autre ? Ce qui serait déjà très égoïste. Ou prétextant que les choses devaient se passer ainsi. Sans comprendre pourquoi, sans même se poser la question. Moi je m'exerce à voir les conséquences de tels événements et j'essaie d'y voir du positif. Peut-être pour me contenter, qui sait ? Mais à croire à un genre de destinée, à agir en fonction de cela, voilà déjà un certain contrôle sur l'existence. Pourrais-je le croire ?

La vie n'est qu'une série de formalités auxquelles on se tue pour arriver à s'en sortir. J'ai passé l'avant-midi, de 7h à 9h, à aider une amie chinoise, Wang Ynan, à comprendre son français. Puis j'ai passé une heure à chercher des papiers qui indiquaient le nombre d'heures que j'avais travaillées voilà trois mois. L'assurance-chômage, à laquelle j'ai rempli plus de formalités qu'un premier ministre n'en remplit en cinq ans, a bloqué quelque part. Cela fait depuis le 22 novembre que j'essaye d'avoir de l'assurance-chômage et on appelle cela une sécurité sociale ? J'ai eu le temps de mourir de faim trois fois ! Ensuite je suis passé à leurs bureaux de 10h à 14h. Encore une heure à l'Ambassade de France, des tas de formalités qu'il m'est impossible de remplir, tant d'efforts pour rien ! Les universités de Paris me renvoient tous les papiers que j'ai tant eu de peine à amasser, ne me disent presque rien, je dois déduire leurs petits dessins et flèches sur des feuilles d'informations générales. Au moins ils me répondent, mais je passe quelques heures avec Mme Migneault à l'ambassade à essayer de figurer it all out. Le gouvernement canadien, lui, réussit à m'oublier dans ses dossiers informatiques et j'ai de bonnes raisons de croire qu'il fait exprès. Sont pas là pour nous aider, mais nous achever. L'altruisme ne devrait-il pas commencer avec les institutions gouvernementales ? Mais bien sûr que non ! N'est-ce pas dans ces endroits que l'on tâte le pouls de la collectivité ? Il m'aurait fallu une arme pour aller là, seul moyen pour qu'enfin on agisse. Le seul problème c'est que l'on agirait très vite, pour m'emmener en prison. J'ai donc manqué le dernier cours de M. Savard, fuck it. Trente minutes en retard au cours de la

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Bourdon, je dois aller la convaincre de me laisser une prolongation pour le travail sur Ducharme. Ce qui est un autre tour de force. Ma vie n'est qu'une série de tours de force de calvaire, mon but consiste à m'enfoncer dans un trou le plus possible, puis tout faire pour m'en sortir avant d'en crever. Si je réussis à faire les travaux de mes six cours, tout sera, je l'espère, enfin fini. Mais je n'y crois guère, à la dernière minute une soucoupe volante détruira mon diplôme qui de toute manière ne vaut absolument rien. Un diplôme de quatre années d'études à l'université en littérature ? Bullshit, on ne se trouve même pas un travail, et si oui, à salaire minimum. En fait, ce diplôme n'est qu'une formalité pour m'ouvrir à la multiplicité des formalités, mais à Paris. Eh bien, si cela m'ouvre la porte, allons-y ! Ce n'est plus le Sébastien qui m'empêchera d'agir. Même si notre relation is not an open relationship, it will be a hidden open relationship, car je ne m'inquiète plus pour lui, il ne passera pas un an à m'attendre à se masturber, il agira. J'accepte tout ça. I must be very « strange » right now. Mais mon dieu, quel calvaire, ce mois de mars-avril me semble être le pire qui me soit arrivé depuis quatre ans. Quatre mars en ligne d'enfer qui débouchent dans le mois d'avril. « Est-ce que j'en sortirai grandi ? », pour reprendre les Rita Mitsouko. Il me faut encore passer au département vérifier mes horaires d'examens, puis passer au travail clarifier mon horaire pour les trois prochaines semaines, puis retourner chez moi lire Hermann Broch, La Mort de Virgile, j'ai un exposé oral de quarante-cinq minutes à faire demain matin.

Je souffre. Je panique. Je semble accepter l'idée de retourner avec Sébastien à 100 % et je ne me méfie pas suffisamment. Avant-hier on arrive chez lui à minuit trente, le téléphone sonne, c'est Ken. Quelle dépression. Mais le meilleur c'est hier. Moi et Sébastien nous nous sommes rencontrés pour aller prendre un café. Mais voilà qu'il veut absolument passer par le Centre-Rideau alors qu'il fait si beau dehors. En plus, il insiste pour passer par le Eaton. Cet endroit me fait chier parce qu'il y a tout plein de gays qui travaillent là ou à La Baie, et en ce moment ça m'est un supplice d'en rencontrer. Mais enfin, on est passé par là et devinez qui on rencontre ? Ken ! À croire qu'il était là pour draguer, c'est peut-être là qu'ils se sont rencontrés. Sébastien voulait se cacher, j'ai dit que ça ne donnait rien, il nous

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avait déjà vus. Mais Ken a vite tourné, il a pris l'escalier roulant qui montait. Le pauvre, il s'est probablement retrouvé à la morgue d'Eaton, l'endroit où l'on place les choses invendues depuis des millénaires. Sébastien se demandait comment il pouvait être si peu chanceux. Il y a de la destinée là-dessous, je l'ai compris qu'il y avait un message à comprendre. Mais lequel ? C'est moi la cause de ces stupides situations, quelle humiliation qu'il faille fuir en ma présence ou se cacher pour cause de ma présence. Si je n'avais pas été là, ils se seraient parlés sans problème, peut-être même seraient-ils retournés à l'appartement de Ken. Le trompé doit être tenu dans le noir, l'ignorance des événements. Se parlent-ils encore ? Ça va toujours en deux temps en plus, et moi, toujours avant. Sébastien m'a trompé ? Je l'ai devancé de deux semaines. Ken téléphone en ma présence ? Edward m'a téléphoné chez moi deux heures avant en la présence de Sébastien. On rencontre Ken ? Deux heures avant on rencontrait le petit gars timide sur le campus qui me fait des sourires imperceptibles que je perçois. Je l'ai conté à Sébastien ça, il ne m'en a même pas reparlé. Sébastien pense que je vais le tromper bientôt et il accepte cela, même s'il m'a avoué qu'il souffrirait. Or, je n'ai pas l'intention de le tromper finalement.

Hier j'ai parlé avec Edward, il est allé à Montréal comme prévu, a rencontré un gars au K.O.X., a passé la journée du lendemain avec lui. Ses idées sont : suis-je bien gay ? suis-je amoureux ? J'avais osé lui dire un petit je t'aime l'autre jour, tout de suite réprimé. Hier il me disait un gros : « René, je t'adore ! » N'a-t-on pas sauté une étape ici ? Pendant que je l'oubliais, car pas de photo, pas de lettre et pas de communication, lui il se rapprochait de moi d'une façon radicale, en traînant partout ma photo découpée et mes lettres qu'il relit sans cesse. Résultat, il vit dans mes émotions, mais dans celles de voilà un mois ! Il veut venir cette fin de semaine, j'appréhende les complications. Sébastien est en pleine crise existentielle. Celui-là vit aussi dans mes émotions, mais dans celles du mois d'octobre prochain. C'est-à-dire mon hypothétique départ pour Paris, peut-être synonyme de la fin de notre relation. Il n'y a que moi, semble-t-il, qui ne vive pas dans mes émotions.

J'ai relu la troisième lettre postée à Edward, je viens de me rendre compte de la

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séduction que je lui ai fait subir. Le pauvre, pour peu qu'on se laisse séduire et que l'autre n'est pas si repoussant, on est foutu. Trois grandes lettres de fleurs, une cassette de chansons françaises dont une qui fera office de chanson commune à notre relation (Les feuilles mortes se ramassent à la pelle). Le voilà séduit au sang ? Ce qui me vaut la multiplication de ses appels, il veut m'entendre lui reconfirmer mon amour : « René, je t'adore ! » Il va finir par me séduire aussi à force de me répéter combien il ne pense qu'à moi. J'ai eu le temps de m'en détacher, voudrais-je souffrir davantage ?

Que ma vie s'en va chez le diable ! J'ai avoué à Sébastien que j'avais couché avec Ed. Ma motivation ? Après avoir vu le film de Denys Arcand, Love and Human Remains, je me sentais si bizarre... de toute manière ça n'allait plus. Je n'étais plus capable de dire à Sébastien que je l'aimais. J'avais toujours ces arrière-pensées pour chaque parole qu'il me disait : « Je t'aime ! ». Je répondais dans ma tête : « C'est ça, fais-moi croire ». Lorsque je lui ai dit que je l'avais trompé, dans mon lit, ô ironie, il se demandait s'il fallait rire, pleurer ou se suicider. Puis il m'a sauté dans les bras après s'être déshabillé. Je n'avais pas envie de faire l'amour. Je lui ai dit ça comme si je lui disais que c'était fini entre nous. J'espérais cependant que les choses allaient se replacer, c'était soit que je le laissais sans lui rien dire ou que je lui avouais et observais les événements. Eh bien, il semble heureux. Notre faute s'annule, semble-t-il, nous pouvons recommencer à nous aimer encore plus fort qu'avant. C'est ça, fais-moi croire.

J'ai parlé avec Edward. Il est maintenant en totale dépression. Il se sent coupable de tout, il tremblait. Il a de gros sentiments pour moi, sentiments qu'ils n'acceptent pas. Il ne peut s'avouer être gay, il ne le veut pas, dit ne pas être prêt pour une relation. J'ai débalancé sa vie, tout est devenu un bordel dans sa vie depuis que l'on s'est revu. Il veut garder mon amitié, est malade parce qu'il pense avoir perdu celle de Sébastien. Il ne pense plus pouvoir venir à Ottawa, c'était prévisible. Il m'aime, cela me fait me demander si je l'aime aussi finalement. Comme je suis pris dans ma vie actuelle ! Est-ce que j'aime vraiment Sébastien ? Comme la vie est compliquée. C'est la première fois de ma vie que quelqu'un éprouve

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de tels sentiments envers moi et qu'il me les communique avec autant de passion. Il est si loin, imaginons s'il m'avait fait ses déclarations en personne, je serais mort, on se serait laissé aller l'un à l'autre et une longue nuit d'amour aurait suivi. Vivement qu'il m'envoie ses lettres et les photos. Il m'a dit qu'il y penserait à s'il m'enverrait les lettres. Hé ! je lui disais que je voulais les lire, que ce n'était pas juste, il avait eu mes lettres et moi rien, ma photo et moi rien ! Cela ne l'a pas convaincu. Il dit qu'il ne s'est jamais ouvert comme ça à quelqu'un pendant ses vingt-trois années avec ses quinze copines et ses cinq one night stand, et qu'il ne veut plus me faire parvenir ses lettres, il en a honte. Bref, il va réfléchir. Que la vie est compliquée ! And how about coming here without telling Sébastien ? This little motel called Motor Inn in Nepean sounds interesting, since it would be a chance to see Ed, be with him, help him and sleep with him. Il a cru pendant un instant que je m'intéressais à lui juste pour le sexe, mais que mes lettres lui disent le contraire. J'ai besoin d'une bonne bière. Maintenant chose faite. J'ai envie de le rappeler, lui dire : Non ! Ne souffre pas, je n'ai jamais souhaité que ton bonheur ! Je n'ai voulu que me rapprocher de toi, voir si mes sentiments pouvaient devenir plus grands, si je pouvais t'aimer comme jamais je n'ai aimé personne ! Edward. Hey ! Je suis là, viens me retrouver, viens dans mes bras, je vais te consoler ! Quel bonheur ce serait, si seulement j'en avais la chance, mais la distance c'est un, Sébastien c'est deux, mes examens et le travail c'est trois et quatre. La vie est compliquée ! Je me sens davantage coupable de ce que j'ai fait à Edward qu'à Sébastien. Il écoute ma cassette vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours par semaine, il relit encore mes lettres, je suis tout à fait responsable de sa crise. Je viens de détruire ses rêves, je viens de l'achever. J'ai besoin d'une troisième bière et d'une cigarette.

Je viens de dire à Sébastien que j'avais dit à Ed qu'il savait que Sébastien savait. Sébastien était enragé contre moi, il voulait continuer à être ami avec Edward en feignant l'ignorance et ainsi aller aux USA cet été. Maintenant il ne pourra plus, il va se sentir trop bizarre. Pendant notre appel Ed a téléphoné, oh my God ! Lui qui paniquait déjà. Sébastien m'a demandé ensuite si c'était lui, je lui ai répondu que c'était Jean. Sébastien appelle maintenant Edward... oh my God ! I could just die ! How come all this happens to me when I have all these fucking things to do ? It seems that I'll never be able to finish my semester. What are they going to talk about ? I told Sébastien that I wanted to continue to talk with

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Ed anyway and he replied : « No way ! He was my friend before, but he is certainly isn't anymore. Would you rather leave me for him ? » Will he find out I wrote three letters to Ed ? Que va-t-il apprendre qui lui permettra de dire que j'ai menti ? Stupid telephone ! I'm here waiting for Sébastien to call and I will talk with Ed after for sure. It might be the end of my relationship with Sébastien tonight. I won't tolerate anymore crap. Can he tell me what to do, considering all that has gone on with Ken ? What is he thinking and what is he going to say to Ed ? It might be the end of our relationship.

Two hours later Sébastien finally called. Mon état se situait entre le zombi et la plante. Je n'arrivais plus à penser, une passivité effrayante, mais Sébastien finally called. There is nothing to worry about ; it doesn't seem so bad after all. He said that Edward had told him everything. I responded : « Well, what more can he tell you ? » Then he began talking about the whole scene in bed, every single move. He wanted to know more about it, yet I refused to continue, insisting : « I'm not talking about it anymore ». Je crois qu'il cherchait des contradictions pour souffrir davantage, j'ignore s'il sait des choses que j'ignore qu'il sait. Je m'en fous. The phone call came to a close with « I love you », words which no longer carry any true significance in our relationship.

Est-il possible qu'un homme là quelque part puisse m'aimer tant qu'il regarde ma photo à chaque minute de son existence ? Ses sentiments se communiquent trop bien, notre appel d'après fut bizarre, mais bien. Une atmosphère de détente régnait, comme après la guerre, le nuage était tombé. Je lui ai dit : « Je t'aime... » Et pour la première fois je le disais et cela m'affectait. Il ne faut pas sous-estimer la portée de cette phrase, même si la littérature, le cinéma et la télévision l'ont dénaturée complètement au point qu'Ed a honte du mot. J'ai bandé à l'instant où j'ai prononcé le mot, lui de même, c'est inquiétant. Il m'a répondu : « Je pense, que, enfin, je crois que moi aussi, oui ce doit être ça, je t'aime ». Après j'aurais tant voulu qu'il me le répète au moins une deuxième fois pour calculer l'impact que cela aurait. Ed serait-il l'âme soeur ? Il me serait si simple d'étouffer tout sentiment. Mais non, je veux pousser cela jusqu'au bout. Comme je semble me complaire à obliger les gens à faire face à

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des réalités auxquelles ils ne veulent faire face. Quel est donc le but que je poursuis en avouant à tout le monde n'importe quoi ? Pourquoi ai-je poussé les choses aux événements d'hier ? C'est déjà bien que j'aie souffert, sinon cela aurait été pure méchanceté, il n'y aurait eu que moi pour ne pas souffrir. Peut-on parler de masochisme ? Une vie si plate que je trouve les moyens d'y mettre de la couleur ? Mais non, tout cela part sans cesse d'un bon sentiment. Simple justice, j'ai reproché à Sébastien sa relation avec Ken pendant deux semaines, j'avais l'impression qu'il avait droit à son mot par rapport à ce qui c'était produit. Mais là, je me suis retrouvé à faire souffrir Edward. De même, cela a multiplié mes sentiments pour lui, maintenant je ne vis que pour sombrer dans ses bras. La philosophie d'Edward, nous serons des amis spéciaux, à distance, qui s'aiment sur plusieurs années et qui feront l'amour lorsqu'ils se verront. Sûr, c'est séduisant ça, c'est digne de la bonne littérature, de la pourrie aussi.

Je ne sais plus comment décrire mes sentiments, ils se définissent à mes regards vers l'infini, vers le néant. Je pense à Edward, je passe ma main sur mon visage non rasé d'une semaine, soudainement je suis transporté dans son univers, passé à New York. Il va à un bal des finissants cette semaine, il a invité une fille, il dit que cela va finir dans le lit. Je suis jaloux, pas l'ombre d'un doute. Qu'il s'agisse d'une fille me dérange davantage. Appartiendrait-il à un autre univers que le mien ? Lui qui semble si amoureux de moi, qui me téléphone deux fois en deux jours, dit qu'il se regarde dans le miroir et que son sourire va lui faire éclater le visage, qu'il sera illuminé pour le reste de la journée. Le problème c'est que ses paroles agissent sur moi comme une séduction. Je lis L'Avalée des avalés de Réjean Ducharme, pouvez-vous croire que lorsque Bérénice à New York crie à son frère qu'elle l'aime alors qu'il est à Montréal, je me transpose à elle et voit Edward comme mon frère ? J'ai l'impression que moi et Sébastien, ça achève. Cela m'achève. Dans les lettres qu'Ed a détruites, il dévoilait à sa grande honte ses sentiments pour un homme. Chose qu'il récusera en disant que je ne suis pas un homme en général, que ce n'est pas la même chose. Moi je suis cute, un petit écureuil, une chose loveable. De toute façon j'ai une certaine misère à me définir tel un homme, je me vois encore comme un enfant. La société m'a convaincu à ce propos.

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Je n'ai pas dormi depuis trois jours ou presque, quelques heures seulement, il me reste encore à lire L'Énéide de Virgile cette nuit. J'arrive de chez Jean, non de dieu, jamais je n'aurais cru avoir tant passé à côté du cours de M. Lemay. Je n'avais même pas 10 % de la matière dans mes notes. Jean est plus beau que je ne l'aurais cru, fait fort en plus. C'est drôle, Sébastien, Edward, Jean, ils ont de gros bras sans jamais avoir fait d'exercice, auraient-ils honte de le dire ? Il n'y a que moi qui ai besoin de faire de l'exercice, promis juré cet été et l'an prochain à Paris. Jean n'a pas été entreprenant, moi non plus, bien qu'il insistait pour que je couche là, mais ç'aurait été trop fort, je sais que j'aurais couché avec lui. Et ça, je ne le voulais pas. C'est donc que j'ai encore du respect pour Sébastien. Comme j'étais soulagé rendu à la maison, car Sébas m'a écrit une lettre qu'il est venu déposer dans la boîte aux lettres durant la journée. Je me serais senti coupable de lire ça si j'avais osé faire des choses avec Jean et si je n'étais revenu que le lendemain. Bref, cette première lettre, cette seule lettre qu'il m'aura écrite depuis que l'on se connaît, la voici enfin :

Early Thursday Morning

René,

2½ years ago I met you. It was dark and noisy but I noticed your smiling face right away. You were young, funny and beautiful. But it is your dark eyes that struck me the most. I remember your baggy pants, your funny hair cut. I remember when my hand touched yours. God, I still feel that ! I had told you that you were beautiful. I remember trying to beat Robin so that I would be the one to drive you home. I remember going to some café in Hull for coffee and how we talked of poetry and music. Do you remember when I touched your leg as we drove home ? I didn't want that night to end. Now when I look back, I see it was perfect. You always believed in fate. Something, somewhere must have meant it to be. I was meant to love you. How could I ever love anybody else ? I cannot even imagine it. You are who I love. You are what I love. You are how I love. You are why I love. Right now, when I close my eyes, I see you. Your soft hair, your big smile, your big cheeks, I can feel your cold feet, warming against my thighs. You touch inside of me like no one else. You keep me warm. You give me

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hope. You give me love. I need your love. I need you. Like I've told you before that if I could replace you with someone else, I would never ! No one could ever replace you. Baby, I want you, to made love to you. I want us to walk away together - forever -towards the sun, towards your green fields. I never noticed green fields before. Now, when ever I see one, I see you, standing there smiling at me.

If I could touch you right now, I would touch you everywhere. I would feel your warmth with my hands. I would put my ear against your chest and listen to your heart beat.

This letter is my love for you. I want you to know that I think of you often. I want to call you right now, but I know that I can't. It is almost 3 a.m. Maybe I will. Just to say I love you ! Just to hear your voice. Hold on, I'm dialing... ring, ring, (you answer, we talk, we hang up) you were at almost the 10th page of your essay. I told you that I loved you. Well, I meant it. I love you !

You are in my heart, You are in my soul, You are why I love. XXX Sébastien

Ô Ironie, on croirait lire un délire d'interchants empruntés aux clichés de toutes les chansons américaines de ces dernières années. Pire, c'est la lettre ratée que Robin aurait fait la gaffe de m'envoyer voilà exactement deux ans. Autour de Pâques 1992, Robin raconte la même soirée que Sébas, avec la poésie. Quelle est donc cette soirée où je ne devais pas sortir pour avoir tant marqué ma vie ? Je vais faire une expérience, je vais retranscrire cette lettre en français pour voir si elle va demeurer une lettre full of clichés :

Tôt Jeudi Matin

René,

Deux ans et demi plus tôt je t'ai rencontré. Il faisait noir et il y avait beaucoup de bruit, mais j'ai tout de suite remarqué ton visage souriant. Tu étais jeune, amusant et beau. Mais c'est tes yeux noirs qui m'ont le plus frappé. Je me souviens de tes pantalons bouffants, de tes cheveux bizarres. Je me souviens lorsque ma main a touché la tienne, Dieu, je le ressens encore ! Je t'ai alors dit que tu étais beau. Je me souviens d'avoir essayé de battre Robin pour que ce soit moi qui te reconduise à la maison. Je me souviens d'être allé

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à un quelconque café à Hull, prendre un café, et comment on a parlé de poésie et de musique. Est-ce que tu te souviens lorsque j'ai touché ta jambe en allant à la maison ? Je ne voulais pas que cette nuit se termine.

Bon, c'est assez. Non, ça sonne bien. Pauvres Anglais, ils ne peuvent plus dire je t'aime à quelqu'un sans tomber dans le cliché effrayant. Ça me rappelle lorsque Sébastien m'annonçait son infidélité et toutes ses justifications, à chaque ligne je connaissais la suite de la réplique. On banalise les rapports entre les humains, nous, génération clichée. On n'ose plus agir parce que l'on sombre dans le déjà vu, on peut alors prévoir où cela va mener. Les justifications ne fonctionnent plus parce qu'on les connaît, on ne veut pas les entendre. Voici la lettre de Robin qui date de Pâques de voilà deux ans :

Friday November Night

On a cold, dark, Friday November night, I come home, make some calls, but can reach no one. It's already late ! Once again I decide, not knowing exactly why, that I must go out ; so I set out alone. As usual I am expecting to see some familiar faces and take in a few beers. This routine, after all, is the one I've became used too. Pathetic perhaps, but not entirely bad : it does help me wind down, have some fun and hope. It does nothing, however, to fill that emptiness, that inner emptiness which grows away inside.

I arrive and soon see Luc. We make the usual small talk. But as we do I am distracted, distracted by some big bright unfamiliar eyes and a broad smile. Preoccupied I try to listen. I close my eyes and reopen them as if to verify if what I see is real ; I am not mistaken. Gradually Luc notices my distraction, "May I introduce you to my friend ?"

Suddenly things seem to be no longer so routine. René is much more than big bright eyes and a broad smile : he's got intelligence, humor and a good sense of fun. [Je pense qu'il réécrit cette lettre à tout le monde. Ça n'a pas marché avec moi ces flatteries, ça a marché avec un autre jeune un an plus tard. Il avait 17 ans, ils sont sortis ensemble pendant six mois. Ce gars a fait trois voyages avec Robin puis s'est rendu compte qu'il ne finirait pas sa vie avec, même si Robin est médecin et riche.] He's someone who asks questions, a writer, an

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idealist [moi, un idéaliste ?] - a refreshing change from the familiar types. We talk, we dance, we drink, we smoke and we talk some more. The time passes quickly. Soon it's time to leave. Too bad he's already got a lift home. I feel good, I hope to see him again. Days turn to weeks and weeks to months, but he does not return. Luc tells me he's going out with Sébastien. It's silly I know but I ask myself : what's the matter with me ? What did I do wrong ? I resign myself back to the routine, that pathetic and empty routine.

One night in January, the telephone rings, surprisingly it's Luc. He asks me to a movie with he and René He also tells me René and Sébastien are having problems. Without hesitation, I accept, yet feel some guilt about my grin.

We meet and we walk to the cinema. I feel a little awkward and have trouble with my words. Cape Fear is entertaining, but throughout I am distracted. I wonder what he thinks of me ? [Simple, le plus gros fatigant que la planète ait porté.] The film is over ; we drive Luc home. I feel more comfortable. The conversation begins to flow, and we go out for a beer. My initial impressions are reconfirmed ; his qualities are great. We laugh, we talk, we dance and we laugh some more. Again time passes quickly ; it's getting late. This time I get to drive him home. I feel good ; I feel happy ["I feel like I'm gonna sleep with him"] ; I know I shall see him again. [That second time was impossible for me not to give him my phone number. The first night I said I could not remember it.]

We begin to see each other often, and each time it is the same, each time I feel content and happy. Things seem so much so less routine. And as I get to know him, I find more to appreciate and to admire. Could something important take shape ? [I'm not so sure about it.] I don't want to move to fast. Sébastien is still off and on again [yeah, but we have been together for three years now]. I don't want to interfere. [He did. He told me that Sébastien was in a bar all by himself one night, looking for someone and it was not true. Deux ans plus tard il s'est excusé de cela à Sébastien.]

Inside, however, I feel something very strong. Does he knows this ? I send an anonymous valentine [that was the nicest surprise of my life, until, of course, I found out who sent it]. I awkwardly offer choice number 3 [One, you can sleep on the sofa. Two, I can drive you home. Three, you can sleep in my bed. Ça m'a ramené mon traumatisme d'enfance, quand le prof de philo m'a invité pour prendre un café et qu'à la fin il a posé sa main sur

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mon épaule et m'a demandé si je voulais aller m'étendre un peu. Traumatisé ben raide. Pas dormi pendant deux jours. Ça me revient toujours ce traumatisme-là quand l'autre est trop vieux. Mais n'exagérons rien, Robin n'avait que 29 ans. Mais j'en avais 19]. I hope I'm not doing anything wrong. He is really someone special, and I long to be his friend and Friend. To pressure him to love me would be denying him respect. How close to me would he feel comfortable ? What kind of friend does he want ? I can offer only reliable, supportive friendship and must accept where he chooses to stand. How can I tell him my feelings ? [Il manque le mot je t'aime ici, qui aurait été si fort. Ce mot, malgré son cliché, est toujours fort. Maybe he did not love me ? Sex, sex, sex, that's all I want ? ] How can I let him know ?

I sit down and take some time and think of what to say. I decide to write, but how does one write to a writer ? I start out and stall and think some more only to start out once again. Poor rain forest ! How can I say my feelings ? Direct honesty perhaps ? After all I do remember well : it started on a cold, dark Friday November night...

Robin

C'est drôle cette finale circulaire. Poor rain forest ! Je doute que cela vienne de lui. Il y a même une mise en abyme dans cette lettre, il parle d'une lettre qu'il veut m'écrire, alors que c'est à l'intérieur de la lettre qu'il dit ça. On appelle cela les lettres d'amour dans les lettres d'amour. Voyons René, tu ne fais pas un travail de fin de session.

Esti qu'ils me font chier les Américains qui viennent de découvrir la génération X et l'ont emmenée sur la croix en pleurant et affirmant que c'était la faute de l'autre génération ! Pantoute ! Réveillez-vous, agissez, passez donc par-dessus ce qu'ils essayent de vous faire gober, ne vous en prenez qu'à vous si rien n'a fonctionné, si vous avez été assez caves pour accepter que vous étiez niaiseux sans réagir ! Ils se targuent d'avoir été renfloués, d'accord. Ils ont été incapables de se réveiller, de se trouver des leaders lobbyistes influents, une voix à travers les médias, se trouver des auteurs. Ils en ont enfin trouvé un, Coupland, ils l'ont élevé au rang de Dieu. Dieu merci, il appartient à la littérature, vont-ils commencer à lire autre chose que les revues de rock ? Kurt Cobain, le néantiste, parti rejoindre le néant,

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s'il savait que l'on a fait de sa mort l'opportunité rêvée de dire aux jeunes de ne pas se suicider. Message aux dépressifs, « continuez encore un peu juste pour voir ». Voir quoi ? Ils n'ont peut-être pas compris que l'on ne veut pas finir dans un esti de bureau avec une petite famille et une maison et une automobile ? Les films nous ont bien trop formés ! On veut de la drogue, des autos sports, de l'argent, de la gloire, le voyage (initiatique S.V.P., restructuration de l'humain en Dieu), on veut du néant ! On veut se suicider ! Mais pas avant le meurtre de la génération précédente. Je me trompe sûrement, on veut juste une belle petite copine dans notre lit, en espérant qu'elle ne nous trompera pas trop. On veut un job d'administrateur dans une tour gouvernementale dans le centre-ville. We will be so happy to be alive ! We need nothing more than our pay cheque, girlfriend and to occasionally fuck someone else. Ça me donne envie de m'enterrer vivant dans la cour, ce serait une vraie expérience, surtout lorsque fait à froid. Hé ! je suis un drogué maintenant, j'ai pris de la drogue au dernier party de Jean, je suis comme tous mes amis du collège rendus à Montréal ! La génération X, droguée à mort, s'apitoyant sur son sort, qu'elle crève !

C'est la fin de l'année, mon dernier travail long est enfin remis, je ne travaille plus au télémarketing, je n'en pouvais plus. Je respire déjà mieux. Je commence à pardonner à mes professeurs leur vacheté qui fait qu'ils me donnent un C plutôt qu'un B quand j'aurais peut-être dû avoir un A. Juste parce qu'ils doivent se déplacer jusqu'au secrétariat pour changer ma note. Deux semaines de retard, je me retrouve à la queue de la classe, en arrière de travaux comme ceux du gars et de la fille que j'ai justement lus dans le cours de Mme Bourdon. C'est-à-dire une erreur à toutes les lignes, aucune structure, aucune réflexion avant l'écrit, à côté de la plaque comme ce n'est pas possible. Résultat ? Ils ont eu B+ que Murielle m'a dit. Pas de problème. Ils entreraient en maîtrise à ma place ? Je m'en fous. Mon calvaire est fini, le leur aussi semble-t-il. Paris ! me voilà !

C'est drôle, je n'ai pas eu de tendances suicidaires depuis longtemps. À réfléchir sur le sens que je peux donner à l'existence, en admettant que le sens est facultatif, je me demandais quel objectif valait encore la peine d'être suivi, laquelle chose importait suffisamment qu'il faille que je reste en vie. Il est certainement normal que je me sente entre

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ciel et terre, l'Université d'Ottawa est incapable de prendre une décision sur mon cas et je n'ai aucune nouvelle des universités de Paris. Ils sont tellement cons, Paris VII et Paris III m'ont renvoyé ma lettre pour la deuxième fois, dans ces conditions j'abandonne. Un pays capable de se perdre dans sa bureaucratie au point de me retourner deux fois une demande d'admission via l'océan, ça fait peur et c'est certainement pire que le Canada question formalités. Je refuse de lutter contre la bureaucratie, surtout s'il s'agit de mesures de découragement. Je me suis inscrit en génie, échec lamentable en littérature, je vais devenir ingénieur. Voilà où j'en suis, sans trop savoir où je serai dans quatre mois, sans même avoir de travail à l'heure actuelle, avec l'impression nette de perdre mon temps.

Je continue ma vie de coupable, je souffre de ne pas travailler, de ne pas avoir d'argent, de ne pas chercher fort fort. Je viens encore de me faire rabrouer par ma mère. Elle m'a dit qu'il fallait que je compte ni sur elle ni sur mon père, parce qu'il déménage dans sa nouvelle maison qu'il louera avec Odette. Non plus sur Dominique qui signait ce soir l'acquisition du terrain qui verra naître d'ici la mi-juillet sa belle maison de 115 000 $. Bien sûr, René peut crever dans le fin fond d'Ottawa. Le hic c'est que leur argument favori, celui de mon voyage en Europe de l'an passé, est trop loin pour servir à justifier l'abandon du fils à l'étranger (Ottawa étant en dehors du Québec). On voit bien l'altruisme familial, on m'a encore fait comprendre que ma soeur n'avait presque jamais demandé d'argent. Viarge, ils m'ont donné 600 $ cette année, n'est-ce pas merveilleux ? Pour être honnête avec moi-même, j'ajoute les 300 $ que j'ai reçus à Noël. On est loin du compte des 9000  $ que le gouvernement les oblige à me donner pour m'aider dans mes études. Encore une autre autorité qui s'appuie sur des faussetés pour m'en donner un minimum, tout juste assez pour couvrir les frais de scolarité à crédit, alors qu'elle en jette des 10 000  $ par-ci par-là aux autres étudiants qui en reçoivent déjà de leurs parents. En plus il y en a des tas qui ont réussi à fourrer le système, ou bien leur famille est à la limite de ce qu'il faut gagner pour que le pauvre étudiant devienne riche. Si le gouvernement calcule que mes parents peuvent m'aider, ils peuvent. Et ma soeur, elle en a reçu autant que moi de l'argent, la première année le père a tout payé. Moi, le père m'a aidé la deuxième année seulement, et pas beaucoup, je travaillais déjà vingt-cinq heures par semaine. La planète s'est arrêtée de tourner,

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peu importe où je serai en septembre, le pire est à craindre.

Demain j'ai une entrevue avec le Musée des technologies. Je n'ai pas eu le job à la librairie du Musée des beaux arts après deux entrevues. Deux entrevues pour se faire refuser. Faut dire que j'étais arrivé vingt minutes en retard la première fois. Mais ce n'est pas un signe, arriver en retard ou non à l'entrevue ne change rien. La première entrevue était dans la poche, le bonhomme avait une femme allemande, il avait lu Hermann Broch, La Mort de Virgile. Et, au lieu de le traiter de cave, je lui ai dit qu'il avait eu raison d'abandonner son B.A. concentration en philosophie alors qu'il ne lui manquait qu'un seul cours à faire. Il m'a rappelé aujourd'hui pour s'excuser, il est désolé que je n'aie pas été choisi. Après deux entrevues, tu parles, la prochaine fois je vais demander toute la démarche relative aux entrevues et si c'est trop compliqué, je me réserve le droit de les envoyer royalement chier. Le récipiendaire aussi a des droits vous savez ? Bref, il m'a souhaité bonne chance et m'a encore dit qu'il était désolé que l'autre ait décidé de prendre une vieille truie qui avait plus d'expérience que moi sur une caisse enregistreuse, ou une belle petite femme à jupe serrée coincée dans la craque de son derrière. Vous pensez que je suis misogyne ? Bon. Le deuxième à me faire passer l'entrevue avait l'air d'une estie de tapette, les jambes croisées, avec ça j'étais sûr d'avoir l'emploi. Semble-t-il, il est plus masculin que je ne le suis, même avec ses airs. Le premier avait l'air d'un crisse de fatigant que t'as juste envie d'y dire, fiche-moi la paix. Ils m'ont l'air de foutre pas mal rien dans leur emploi respectif, mais ça c'est encore un préjugé. Mais enfin, vive les préjugés, c'est à cause d'eux que je ne réussis pas à me trouver du travail. Et gang d'hypocrites, des préjugés vous en avez plus que moi, parce que moi je fais l'effort d'arrêter de penser quand je vois la grosse truie, pis vous autres vous le pensez très bien et vous ne l'engagez pas. Les statistiques ne mentent pas là-dessus. Tant souffrir pour des petites jobines à salaire minimum, après quatre ans d'université. On se lamente que les jeunes ne connaissent rien à leur grammaire et ceux qui s'y sont consacrés crèvent de faim. Eh bien moi je vous le dis, ne perdez pas votre temps avec la grammaire, vaut mieux aller en génie puisque l'on ne jure que par les machines. C'est un domaine plus logique, concret, stable, où l'on ne crève pas de faim. J'y vais d'ailleurs en génie, on me refusera en maîtrise. Dieu que je les méprise, je les méprise tellement ces professeurs de français du

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département. Ma réputation est telle, de toute façon, que dans mes propres intérêts il ne me faut surtout pas y faire ma maîtrise. Ou alors m'effacer complètement, mais ça, je sais que c'est impossible. Se pourrait-il que je me retrouve en génie ? Fier d'y être en plus, parce que l'on m'a carrément rejeté. Je vais être un ingénieur frustré. Mais je ne suis pas dupe, je vais retrouver des cliques identiques en génie, pire, je vais en retrouver des plus organisées à Paris. Mêlées aux politiciens, à l'homophobie, compétition, etc. Le monde dans lequel on vit est bien sombre, c'est vrai que de ne pas être naïf étouffe. J'aimerais mieux ne rien savoir. J'ai mangé avec une fille dernièrement, elle était dans un de mes cours, Vanvinthorpe. Je lui ai raconté la soirée chez Jean, les gens qui prenaient de la drogue. Je pensais trouver du réconfort, à savoir, ne pas être le seul naïf dans la ville qui ne savait pas que sa whole génération X was on drugs. Malheureusement elle prend de la drogue trois à quatre fois par semaine, c'est bien normal, tous ses amis sans exception en prennent. Je n'ai pas osé lui demander si cela allait jusqu'aux drogues dures. Faut pas se leurrer, elle aurait dit comme les autres que les drogues dures c'est seulement de temps en temps, c'est-à-dire assez souvent. Chose certaine, ils ne m'auront pas. Pas parce que je suis un brainwashé contre la drogue, ce qui serait peut-être vrai dans le fond, mais plutôt parce que... je pense que je suis assez découragé comme ça, assez alcoolique aussi.

Le prof de français, Valois Lenoir, celui avec qui je n'ai pas fait grand-chose, mais assez pour provoquer une crise entre moi et Sébastien, je l'ai rencontré deux fois dernièrement. Au Market Station, il était avec une fille, ils ont rient de moi à s'étouffer quand ils ont su que je ne connaissais pas le couple le plus célèbre de Paris du moment. Ils ont écrit des choses, paraît-il, on m'a répété leurs noms cinq fois, il m'est impossible de m'en rappeler. Essayer de me faire passer pour un jeune con qui ne connaît rien parce que j'ignore qui est le couple le plus célèbre de Paris, cela par des crétins qui perdent leur temps dans le fond d'un bar gai d'Ottawa, c'est le comble de la médiocrité. Peut-on vivre tant que ça aux dépens des autres ? Se peut-il, se prendre pour si hautain ? Bref, Valois et sa copine ont bien ri de moi, ça leur a fait plaisir, dans le fond je les prends en pitié. Il est quatre heures du matin et demain j'ai une entrevue pour entrer dans la vie active de la société, je vais peut-être devenir hôte pour accueillir les touristes pourris qui ont décidé de sortir de leur salon pour venir s'enfermer dans les musées, les pauvres.

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Hier ma mère m'a appris que M. Shaw est mort. M. Shaw vient d'on ne sait où, il habite la maison sur le coin de la rue à côté de M. Gagné. Après la guerre, semblerait que M. Shaw soit resté ici avec sa femme. Cette dernière est morte tôt, il est demeuré seul. Ne dépensant nullement (il n'avait pas d'automobile, et croyez-moi ça coûte plus cher qu'une maison) il avait amassé beaucoup d'argent à la banque. Gagné, pas fou, s'est occupé de lui tant qu'il a pu. Il va hériter. Tant mieux pour lui, de toute façon il le mérite. Plus que la soudaine famille de sept frères qu'on vient de découvrir et qui arrive par le prochain vol. Ce qui me chicote, c'est le fils du père. Il n'a jamais rien foutu de sa peau, il a abandonné l'école très tôt après avoir doublé toutes ses années, il travaillait avec son père comme laitier jusqu'à ce qu'il parte sa propre ronde (à 17 ou 18 ans peut-être) et qu'il fasse autant d'argent que le père, en restant chez son père. Il s'est acheté une voiture de 30 000 $ l'an passé. Bref, ce jeune imbécile vient d'hériter d'une maison, il pourra bientôt se marier avec sa charmante petite copine qu'il sort depuis quelques années. Et moi ? Moi ! Parti de chez mes parents voilà trois ans, j'ai dû me débrouiller pour payer toutes mes études, j'en ai pour 40 ans à rembourser mon hypothèque. Je fourre le chien ben raide pour me trouver un emploi à sept dollars l'heure et j'en suis incapable, semblerait que je suis trop incompétent. Je veux continuer à la maîtrise pour m'endetter davantage, pour rien. Je n'arrive pas à payer mon loyer, je ne pense surtout pas à m'acheter une voiture (je vais mourir dans les autobus, sinon écrasé sous un, après avoir tant payé pour ça). Puis, couronne sur le gâteau, je partirais pour Paris mourir de faim. Peut-être vaut-il mieux pour Alain que les choses tournent ainsi. Le pauvre, pour avoir tant coulé à l'école, je suppose qu'il était dyslexique, ou souffrait d'une carence marquée de motivation. Comment aurait-il pu s'en sortir si tout ne lui était pas tombé du ciel ? Alain Gagné, je te souhaite bonne vie ! Maintenant je vais vite t'oublier. Je me demande ce qu'est devenu Peau-de-pet. Il est sombré dans la drogue (encore un qui est de sa génération), il s'est fait prendre à voler, bref, ça me ne surprendrait pas qu'il soit en prison. Même chose pour Kipao, j'ignore sur quelle drogue il était, mais ma mère le rencontrait à toutes les réunions d'alcolos, il en est devenu schizophrène, voyait des monstres partout (ça me ressemble). Scott Maine, s'il n'était pas sur la drogue alors que ses parents

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étaient reconnus pour être les drogués de la ville, ce serait bien surprenant. Annick Boucher est si heureuse dans son mariage, tant mieux pour elle, ça ne durera pas. Je ne m'explique nullement d'ailleurs pourquoi je me suis mis à pleurer comme un déchaîné au souper de son mariage, j'ai été obligé de partir tellement je pleurais à chaudes larmes. Ça ne m'était jamais arrivé. Neil m'a raconté que la même chose lui était arrivée lorsqu'il a fait une fugue quand il habitait chez de la parenté en Tchécoslovaquie. Il était entré dans une église où on célébrait un mariage et il s'est mis à pleurer comme un bébé, qu'il disait. Je me souviens que j'avais parlé avec l'amie de Joconde, Suzette, qui m'avait raconté en long et en large son mari devenu impuissant, elle et ses quatre belles-soeurs qui trompaient leur mari aller-retour, la relation secrète de son amie Joconde avec mon père, d'elle-même qui s'intéressait à mon père mais qui n'oserait jamais voler mon père à Joconde, alors que mon père couche avec Jonconde juste pour lui faire plaisir. D'un autre côté je voyais la belle Annick avec son jeune homme pur, quelle grâce et quel calvaire s'en venait ? Et moi, l'homosexuel perdu dans le fond de Jonquière, convaincu que j'étais seul au monde à être gay, convaincu que j'allais mourir dans l'ascétisme involontaire le plus complet, société pourrie qui s'offrait à mes yeux, en me crachant dessus, me croyant immoral. Je lui ai demandé à la Suzette : « Et tu crois en Dieu ? » Elle m'a répondu : « Il demeure mon maître, mais je vais profiter de la vie ». Elle m'a dit aussi comment son curé en lequel elle avait tant confiance, qu'elle écoutait comme si c'était la voix de Dieu, était lui aussi corrompu. Il couchait avec tout plein de femmes, il a un presbytère à lui tout seul, deux servantes à tout faire, une voiture de fou, un chalet (maison secondaire) et le reste elle n'a pas trop voulu m'en parler. Sachant cela, il se permettait encore de lui faire une morale de l'enfer. Je me demande si elle m'a rendu service en m'ouvrant les yeux au point qu'ils m'en sont sortis de la tête. Comment voulez-vous qu'un jeune puisse vouloir vivre en voyant ça ? Pas parce que c'est immoral, tout est bien, il s'agit de conventions. Le problème c'est que c'est tout le contraire de ce que l'on nous enseigne. C'est, genre, on vous offre une morale, des valeurs, et plus tu avances, plus tu te rends compte que ça te culpabilise au maximum, tu veux mourir, et tu te rends compte qu'il n'y en a pas un christ qui s'en préoccupe de cette morale ou de ces valeurs. Je me demande comment ils ont encore la force de dénoncer l'homosexualité. C'est drôle de voir comment ceux

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qui sont loin du problème, ou ceux qui n'ont pas voulu s'y confronter, sont ceux qui ne l'acceptent pas. Quand ton fils ou ta fille est homosexuel(le), tu l'acceptes bien assez raide, et là tu t'insurges contre les vieilles qui pensent que le Sida est un cadeau de Dieu. Le dicton populaire le dit, la vie elle-même est une maladie transmissible sexuellement.

La prière est inutile. Inutile, inutile, inutile. Ma mère m'a téléphoné chez Sébastien while I was on the roof working for the family, and she told me she was praying for me to find a summer job. Elle s'est vite rétractée pour me dire qu'elle faisait des blagues. Bien sûr que non ! Mais prier, quessadone quand l'autre femme avec qui j'ai parlé l'autre jour, qui n'a jamais cessé de prier, a perdu son mari écrasé sous une voiture, son fils mort noyé à la pêche, sa soeur morte intoxiquée par une mauvaise prescription du médecin et son frère mort brûlé dans un incendie causé par de l'huile à patates frites ? She missed the point. Qu'est-ce qui est mieux pour le destin de l'humanité, pour le destin d'un de ses individus ? L'individu l'ignore certainement si effectivement Dieu est là pour le guider. Et ses prières ne changeront rien à l'affaire. La souffrance a pour seul but, apparemment, de nous faire acquérir certaines connaissances, la première, celle que la prière n'influence pas les événements. J'ai demandé à la vieille dame qu'est-ce qu'elle avait appris là-dedans. Elle ne semble pas en être consciente, elle demeurait incertaine. Elle remerciait Dieu de l'avoir épargnée, ne s'est pas posé la question du pourquoi. Elle m'a non seulement raconté en détail la mort de toute sa famille, mais l'a aussi racontée avant mon arrivée à tout le monde présent au souper de thanksgiving de Jim. L'ami de Jim (le petit fils de la femme) m'a dit qu'elle n'arrêtait pas d'en parler. J'y ai d'ailleurs promis de l'emmener avec moi à Paris si je devais y aller (!). Il me semble que les gens qui prient évitent les vraies questions. Évitent de voir certains avantages en des moments plutôt affreux, ou du moins refusent d'en voir les conséquences. Ils prient mais acceptent que les choses se soient passées tel quel, ils disent que c'est le destin et Dieu, ce qui revient à dire que la prière est inutile. Sinon, si la prière influence quelque chose, par exemple en envoyant des ondes positives envers quelqu'un, alors la prière ne suffit peut-être pas puisque qu'ils crèvent de toute façon. S'il y a la fata

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lité, les ondes positives sont inutiles. Quant aux déterminismes, évidemment que la prière ne peut rien contre ça si en un tel contexte, telle chose ne peut pas ne pas arriver. De toute manière, exiger quelque chose de son Dieu me semble mesquin en rapport à ce que ceux qui prient sont effectivement prêts à faire pour lui et son message d'amour. Ceci dit, on peut se satisfaire à espérer que l'on ne mourra pas, à espérer que Dieu existe, à espérer qu'une vie meilleure nous attend, à espérer que la fin du monde est toute proche, mais il ne faut pas oublier que le désespoir tue.

En parlant de famille, la petite cousine Marie-Anne est venue à Ottawa voilà deux semaines ou la semaine passée je crois. Elle savait que j'étais homosexuel. Un de mes cousins le savait aussi lorsque je lui ai avoué au bar le Caméléon à Chicoutimi dans le temps de Noël. Toute la famille, des deux côtés, est au courant de mon orientation sexuelle. Le tout caché comme ce n'est pas possible. Taboo subject. On en parle dans mon dos, à mon insu, on n'ose même pas me dire qui a dit quoi à qui. J'ai fait la grosse nouvelle de la famille. Je n'entends jamais rien d'eux, je me demande souvent s'ils existent encore et voilà qu'ils m'ont tous jugé sans en savoir plus que le fait que je sois homosexuel. Ça résume tout. Voilà ce qu'il fait loin dans le fond d'Ottawa, il se cache de nous, il vit son homosexualité. Et eux ? Ah ! Ils sont hétérosexuels, ce qui explique leurs commérages. Tabou, tabou, tabou, comment vais-je me sentir au prochain party de Noël ? Écoutez tous ! Je suis gay, ouvertement ! No way. Que ça reste tabou s'il le faut, ou qu'ils viennent m'en parler individuellement. Je ne veux surtout pas que la famille se mette à faire la même chose que la maudite Marie-Anne au dernier dîner du jour de l'an chez la grand-mère. Elle a commencé à pointer moi et Sébastien et à dire : « Les deux tapettes l'autre bord de la table ». Pierre-Marc qui a repris en disant : « Qu'est-ce que tu ferais si c'était vrai ? », puis j'ai manqué le reste de la conversation. Ce que je sais c'est qu'on a dit à Pierre-Marc de sacrer le camp chez Tania. On pensait, jusqu'à la venue de Marie-Anne à Ottawa, que c'était ma soeur qui avait fait l'hypocrite et avait elle-même dit « les tapettes », ensuite répété par Marie-Anne. Les grandes justifications de fou de ma soeur qui ont suivi nous ont laissé à moi et à Sébastien un goût amer. On n'a jamais vraiment compris ce qui s'est passé, à dire franchement, on s'en fout. J'en reparle aujourd'hui parce que l'hypocrisie de l'humain n'a pas de limite. Moi aussi je suis hypocrite,

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je l'avoue sans crainte, vous ne pourrez donc pas m'accuser d'accuser les autres sans que je m'accuse moi. Quand donc suis-je le plus hypocrite ? Il me semble très difficile de ne pas être hypocrite dans la société où l'on vit. Si je garde pour moi mes mauvaises pensées, je suis hypocrite. Si je les dis sans que la personne concernée les entende, je suis hypocrite. Si je dis tout ce que je pense à tout le monde, je ne suis pas hypocrite, mais je n'ai plus d'ami ni aucune crédibilité. Il me serait impossible d'avoir un emploi ou de travailler avec qui que ce soit si l'on savait que je suis homosexuel. Soyons hypocrite donc, à moins d'être pur, de changer toutes nos idées négatives en positives, de devenir hétérosexuel, alors il est facile de ne pas être hypocrite. De toute façon il est possible d'essayer d'être moins hypocrite et c'est ce que je me propose de faire. Mais il est difficile de ne pas être hypocrite dans un monde d'hypocrisie, lorsque nos institutions elles-mêmes jusqu'aux religions sont basées sur l'hypocrisie et ne cessent de l'encourager.

J'ai écrit un article pour le journal The Citizen pour dénoncer les vieilles qui depuis un bout de temps se plaisent à dire que Dieu a créé Adam et Ève and not Adam and Steeve. Ils tentent de justifier ainsi le rejet de tout droit aux gays. En particulier le nouveau projet de loi 167 en Ontario qui reconnaîtrait les couples homosexuels et leur donnerait les mêmes avantages sociaux qu'aux couples hétérosexuels. Parfois la vie semble plus compliquée qu'elle ne l'est. Sébastien ne veut pas que j'envoie cet article, il juge que c'est trop dangereux. Je vais être sur des listes de mouvements religieux, de Skin Heads and White Supremacists.

Je viens de me faire dire non pour un emploi au Musée des technologies. Pas assez compétent pour accueillir les touristes et leur montrer une vieille locomotive en leur disant voici une vieille locomotive. Je commence à être habitué ces temps-ci à des refus.

Voilà, fallait s'y attendre, on m'a refusé en maîtrise à l'Université d'Ottawa. Alors comme tout le monde, lors d'un cuisant échec, je vais me justifier. Il le faut, l'humain qui ne

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se justifie pas s'apitoie, se replie, se suicide. La lettre de M. Gallois ne m'a presque pas ébranlé. Je dis presque pas, mais elle m'a donné un méchant bon coup de pied. Bien sûr que je suis cruche, pas plus qu'un autre. J'ai coulé une session de droit moi, je n'ai pas fait quatre ans de littérature, on m'a crédité un an de CÉGEP. Ce qui fait que pour remonter une crisse de moyenne pondérée de trou de cul, c'est impossible. C'est mon style de réussir l'impossible, pas cette fois. De un, notre bureaucratie est si grande qu'un 0.1 tue, ou de deux, on respecte la bureaucratie quand ça fait notre affaire. Des petites niaiseuses et des petits niaiseux avec les mêmes résultats, le département en a accepté beaucoup. S'agissait de prendre un ou deux cours en même temps que la maîtrise pour avoir la moyenne. Moi c'est différent, je paye pour mon insolence. Vais-je comprendre ? Vais-je enfin revenir sur Terre ? Prendre mon coin sans dire un mot ? Non. C'est de famille, c'est héréditaire, j'ai toujours parlé comme une caduque, du reste, on ne change pas sa nature. Je les aurai poussés à bout, le ton de la première lettre de Gallois aurait dû me convaincre dès le départ qu'il n'existait pas d'objectivité dans mon cas. Je croyais être intelligent en me procurant une lettre de référence de chacun des pires ennemis du département, quelle erreur. M. Vachecourt avait déjà une idée défavorable envers moi. J'ai manqué plus de la moitié de ses cours, à deux reprises. Alors lorsqu'il est arrivé sur la table du comité - parce que c'est lui qui est chargé de prendre la décision finale - et qu'il a vu la lettre de Laffite, le mal de ventre lui a pris. Surtout avec la chicane lors de la réunion du département. Moi et Monique on était contre lui. Je croyais qu'entre adultes on pouvait rire de ça. Entre adultes... j'oublie justement que moi je n'en suis pas un. Pour eux, les adultes, la vie est sérieuse. Bref, j'aimerais mieux croire que tout cela n'existe pas. Que justement je ne fais que m'en inventer pour me rassurer, que je ne suis pas si cruche et que, dans le fond, il ne me reste qu'à me trouver un travail dans une cabane à patates frites. Mais ça aussi je suis trop cruche pour ça, en fait, je ne sers à rien, ce qui est extraordinaire quand on sait tout ce qu'il y a à faire dans cette ménagerie qu'est notre société. Mais ça fait deux coups bas que je reçois de ce département et ça me fait chier. Le premier c'est l'histoire de Daniel Poliquin à qui on avait dit des bobards que je n'avais jamais racontés à son sujet, le deuxième c'est la lettre de référence de Laffite qui comme par hasard ne s'est jamais rendu au bureau de Gallois. Le pire c'est que je

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vais être refusé à l'Université du Québec à Montréal aussi. Je commence sérieusement à me poser des questions sur mes lettres de références. Dans le fond, c'est le temps d'être fataliste. Les événements s'arrangent pour m'obliger à aller à Paris ou pour m'obliger à demeurer avec Sébastien et entrer comme lui en génie. La seule chose qu'il me faut éviter de faire, c'est de me demander pourquoi, parce qu'alors là, je me perds. En fait, c'est toujours après que l'on peut se poser la question, parce qu'enfin on sait ce qui est arrivé qui ne serait pas arrivé si les événements s'étaient produits autrement.

Bon, c'est fini, let's talk about big issues. The homosexuality of Ontarians. Selon eux, il existe entre 1 % et 4 % de gays, ils semblent même s'entendre là-dessus. L'Église est débarquée en vrac là-dedans, elle qu'on croyait morte depuis des lustres. On dirait d'ailleurs une campagne d'image. Elle va aller se chercher une nouvelle génération de fidèles obnubilés sur le dos de ses enfants pauvres. Elle vient de ressusciter ! L'édition du Citizen du 2 juin 1994 est mémorable, on n'a jamais autant parlé d'homosexualité dans les journaux. Les Anglais sont se qui existe de plus conservateurs dans le monde. Un Anglais ici ça se couche à 21h. Les enfants des Anglais se couchent à 22h30. Les restaurants ferment à 22h, sauf dans le marché, pour accommoder les touristes peu habitués à un tel régime. Les bars ferment à 1h. Laissez-moi vous dire que c'est tôt lorsque la mentalité est comme au Québec. On sort à 23h dans les bars, alors ça fait seulement deux heures de boucane et de bière, de danse et de calvaire. C'est que les Anglais vont à Québec jusqu'à 3h ensuite. Je me demande ce que fait le reste de l'Ontario ? Ils font probablement comme en Alberta (une autre société d'extrême droite), ils sortent à 8h du soir, alors à une heure ils sont crevés morts. Pas comme en France, Élizabeth et Fabien nous disaient qu'ils sortaient toute la nuit, allaient déjeuner à 6h du matin, retournaient dans le bar jusqu'à midi. Quessessa ? Là, c'est trop pour moi. C'est de valeur que je doive quitter les Ontariens bientôt. Pour Paris justement ! Quitter un milieu si anglophone, moi qui m'y étais enfin incrusté, qui lisais The Citizen, qui pleurais au rythme des Anglo-Canadiens, qui ai même pris part à leur débat sur l'homosexualité...

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Mon article n'est toujours pas passé après une semaine. Il sera trop tard peut-être, le gouvernement de l'Ontario risque de passer au vote et la loi ne passera pas. Ce n'est pas grave, d'autres plus au courant ont réagi plus vite et mieux. C'est que moi je dénonçais Adam and Steeve comme couple qui n'a pas droit à la vie. Je ne m'attaquais pas à la morale de gens qui, sous le joug d'une religion dont l'on ne finit plus de compter les morts qu'elle cause, prône la discrimination et l'intolérance à un niveau qui étonne. Cela me surprend parce que le projet de loi qui serait adopté n'est que l'extension au privé d'une loi déjà passée pour le secteur public. Sauf l'affaire de l'adoption je suppose (je ne connais rien ni au premier projet de loi ni au deuxième, les autres dénonciateurs non plus, et surtout pas les religieux, eux ils mentent comme ils respirent). J'entends des versions contradictoires à droite et à gauche. La ministre dit qu'individuellement les gens peuvent adopter un enfant. La loi ferait qu'en couple homosexuel on pourrait adopter un enfant. Ce qui revient à dire que sur le papier d'adoption on ajouterait un nom et l'enfant aurait bel et bien deux tuteurs. Voici alors un curé ou quelque chose du genre qui se lève pour dire que la loi ne devrait pas passer parce que les homosexuels sont dérangeants pour les enfants, c'est irrévocable, ils seront foutus. C'est drôle comme c'est tout le contraire, une telle loi protège l'enfant, et des dénonciations du genre traumatisent justement l'enfant homosexuel, ou l'enfant dont le parent est homosexuel. Ah, la religion, toujours numéro un pour provoquer la confusion dans le cerveau de ses enfants, ils réussissent très bien leur beau projet de conformisme social. Je lisais dans le journal aujourd'hui que 40 % des enfants qui se suicident au Québec le font parce qu'ils ne peuvent accepter leur homosexualité, parce qu'ils ne peuvent accepter d'être différent. Il faut dire que la société fait tout pour les pousser à cet extrême. Les religieux causent 40 % des suicides chez les jeunes, ils n'ont aucune conscience morale. Quand on connaît les taux de suicides, c'est alarmant. D'autres chiffres sont sortis, paraîtrait que le tiers du monde du clergé est homosexuel (!) et la moitié est non célibataire (!!), faut-il ajouter la liste des pédophiles au sein de l'Église (!!!) ? Une telle prise de position ne conduit nulle part ailleurs. L'homme qui se retient toute sa vie, qui ne peut se marier, qui ne peut avoir de sexe, peut certainement devenir dangereux. Interdire les films pornographiques (comme un Monseigneur vient justement de démissionner parce qu'il en visionnait

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en plus de fumer de la drogue) est la voie vers le viol. Celui qui n'a pas de sexe et qui ne peut même pas s'assouvir devant sa TV avec des films de cul, je le vois très bien sauter dans la rue pour en violer une éventuellement.

Me voilà dépressif aujourd'hui. J'essaie d'identifier pourquoi, j'en suis incapable. Insécurité je suppose. Ne pas savoir ce qui va se passer dans ma vie dans trois mois. Je pourrais bien être à Paris. Je viens de parler à ma mère, elle ne semble pas avoir réagi lorsque je lui ai dit que je n'avais pas été accepté en maîtrise à l'Université d'Ottawa. Par contre, elle s'est mise à capoter lorsque je lui ai dit que j'irais en génie probablement : « Eh maudit, on te l'a toujours dit que tu perdais ton temps en littérature, ça va rien te donner, tu vas payer tes dettes toute ta vie ! » Pour eux, on ne fait pas un B.A. par plaisir, on le fait pour l'avenir. C'est vrai. Maintenant que je me suis bien amusé en littérature, avec mes 15 000 $ de dettes, je vais passer aux choses sérieuses. Je vais m'acheter un fusil.

Ma vie n'est qu'un échec constant. Comme disait Nathalie, les gens sont incapables d'apprécier une marche dans les bois, et comme dirait Artaud, les gens sont pressés et marchent dans toutes les directions, on croirait qu'ils sont prêts à construire un nouvel univers, mais non ! : « Je suis foutu, com-plè-te-ment fou-tu... Regardez-moi ces gens. Qu'est-ce que c'est que ça ? À quoi sert-il qu'il y ait tant d'hommes sur la terre ? Vous les voyez se démener, se précipiter. On croirait qu'ils vont faire quelque chose d'intéressant. Mais pensez-vous. Ils ne pensent qu'à gagner de l'argent, à bouffer, à baiser, c'est tout. À quoi sert-il, leur vie ? » Avec un tel rejet des valeurs sociétaires, on comprend qu'à vouloir se démarquer de la masse on l'ait enfermé. Était-il homosexuel ? Après toutes mes lectures à son sujet, ça me donne l'impression que l'homme n'avait pas de sexualité. Ou poussé à la limite de l'idiome, il aurait utilisé toute son énergie sexuelle à tenter de sortir de son moi intérieur. Il tente de démystifier et démythifier la chrétienté, ou du moins la religion, ainsi que le système du savoir. C'est drôle que ce soit un fou qui arrive à nous faire comprendre que le savoir n'est

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qu'une convention qu'on peut rejeter, puis du même coup, se faire enfermer pour un tel rejet. L'homme est devenu acteur omniscient permanent.

Dans le cours de M. Lemire, les premières fois que j'avais remarqué Nathalie, elle me faisait rêver. J'avais écrit : « La fille du cours d'Anne Hébert, elle sort d'on ne sait où, son accent d'un autre matin, comme elle s'habille, elle projette admiration. Elle voyage beaucoup. Jeune la fille, voix sensuelle et romantique, mature pour son âge. Serais-je que j'appartiens maintenant au monde des adultes, je suis déjà trop vieux pour avoir un petit cousin là où je vais. Moi qui veux peut-être vivre pour tant de jeunesse, qui m'oblige à m'étouffer. Je tuerais mon ami barbare que j'aime alors que je veux mourir avec, là le paradoxe et le dilemme. Que faire ? Il me faut connaître tout le monde afin de me convaincre que rien ne m'intéresse, ou oublier tout le monde pour me consacrer à mon barbare ami. Il me faudrait coucher avec Nathalie sans conséquences. Mais c'est trop dangereux car on ne peut faire confiance à personne et on ne peut faire confiance à sa conscience. Je recherche ma liberté, mais elle me coûte trop cher. »

Ainsi je pensais coucher avec Nathalie. Je le lui avais même dit, après lui avoir avoué que j'étais gay. Elle n'a pas répondu, je n'ai pas poussé plus loin. Elle aussi était en relation à distance, avec un gars des Pays-bas. De toute façon je n'aurais pas voulu tromper Sébastien, même si je l'ai fait avec Edward. En passant, Sébastien est venu ce soir, on a fait l'amour comme des malades, je l'aime vraiment. Il me serait très difficile de le laisser pour Paris. Si je pouvais, je l'épouserais, je le lui ai dit ce soir. Mais cela ne garantirait en rien une fidélité mutuelle. Et la seule pensée qu'il me tromperait m'empêche de vouloir continuer. Cela évidemment parce que moi-même je veux être fidèle. Autrement je m'en foutrais un peu. Est-ce bien vrai ? Du moins, j'endurerais qu'il me trompe. Mais je ne veux pas de ce genre de relation. Je voudrais une maison en France, avec lui, loin de toute tapette éventuelle.

Enfin, j'ai décroché un emploi non pas pour 6,75 $ de l'heure à pourrir à l'intérieur du National Gallery, ni pour 9,40 $ à étouffer à l'intérieur du Musée des technologies, mais un

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travail misérable de serveur au Musée des beaux arts (traduction française du National Gallery), pour 5,80 $ de l'heure, plus les pourboires. À mon avis, cela devrait surpasser les 10 $ de l'heure, comme l'été passé à Val-Jalbert. Le destin s'est finalement bien débrouillé, je pense que si j'avais eu un choix à faire parmi mes quatre entrevues et mes trois emplois, j'aurais choisi celui que j'ai eu. Surtout parce qu'il est à l'extérieur et que les horaires sont moins disparates que les deux autres. J'ai toutes mes soirées libres, congé lundi et mardi. Pas en même temps que Sébastien, hélas. Je pense pouvoir ramasser au moins 1 500 $ cet été. Cela doit bien faire rire celui qui gagne 40 000 $ et plus par année, même ceux qui gagnent 30 000 $, et ils sont nombreux. Mais ils sont nombreux aussi ceux qui se morfondent sur les petites jobines fatigantes qui donnent des peanuts. Enfin, que voulez-vous, moi je suis, à l'heure actuelle, une des personnes les plus pauvres de la planète. Parce que les pauvres que l'on rencontre dans la rue n'ont pas 15 000 $ de dettes, même si, comme moi, ils crèvent de faim. Je ne parle pas de ceux qui ont un million de dettes et qui mangent du filet mignon. Ils déclareraient faillite demain matin qu'ils mangeraient encore du filet mignon la semaine prochaine.

J'ai menti à mon poupa pour avoir l'argent nécessaire pour l'engouffrer à la Librairie de la Capitale : 132 $ à peu près, taxes incluses, pour deux livres de l'oeuvre complète d'Artaud. C'est extravagant. Je lui ai fait croire que la banque m'avait appelé pour les 60 $ de mon prêt ordinateur. C'est vrai qu'elle m'a appelé, mais jeudi passé. Cette année c'est 40 $ d'intérêts à payer trimestriellement au lieu de 60 $, ne me demandez pas pourquoi, je suis comme le Canadien moyen, je paye sans trop me poser de question. Mentir, c'est l'adage de tout le monde. Le mensonge est partout présent, surtout par euphémisme. On amplifie ou désamplifie les événements, on cache les éléments les plus importants, on profite des autres. Ma soeur l'a fait longtemps avec ses cigarettes. Quand on sait combien cela coûtait, tout son argent et celui des parents devait y passer. Ça m'a pris du temps pour faire comprendre ça à mes parents. Ils croyaient que leur petite fille à l'université était pure. La pureté et le génie, laissez-moi vous dire que cela ne rime pas. La petite fille en a fait du pire que le petit garçon, qui lui, se payait des voyages en Europe. Le con, c'est en Orient que j'aurais dû aller !

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Aujourd'hui j'ai toutes les raisons de me réjouir, le projet de loi des NDP a été défait même si on promettait de l'édulcorer en en oubliant la moitié, c'est-à-dire en enlevant toutes les parties critiquées par l'opposition et les religieux. Eh bien, cela a été défait quand même. Aucun compromis possible, les homosexuels on les tolère, pourvu qu'ils se ferment la gueule et qu'ils s'enferment dans leur placard. Sinon, ça va barder, on l'a vu. Peut-on imaginer qu'en pays de démocratie - où l'on se targue d'être les mieux sur la planète où il fait bon vivre, où l'on crie au meurtre en rapport aux droits et libertés en Chine qui ne sont pas respectés - que l'on puisse discriminer tout un groupe ici sur des bases aussi floues que la Bible ? La démocratie est dangereuse aussitôt que l'éthique qui la sous-tend est religieuse. Quoi ? Deux tribunaux au pays viennent de déclarer que les couples noirs n'ont pas les mêmes droits que les couples blancs, on passe une loi pour rectifier le problème, on doit en faire sauter la moitié pour que les racistes l'acceptent et le projet ne passe pas en assemblée ? Mais mon dieu, ils sont bouchés ! On dirait qu'ils protègent ce qui reste de leur morale morcelée. Continuez d'être racistes ! Mais dites-le clairement que vous êtes racistes, cela en fonction d'une bible hypothétique qui vient d'on ne sait où et qui s'appliquait à on ne sait qui ! Et arrêtez de vous lamenter sur la Chine et la défunte Apartheid ! Vous êtes aussi pires ! Puis arrêtez vos publicités à 180 millions pour nous convaincre de ne pas être racistes alors que vous-mêmes l'êtes ! Plus que jamais aujourd'hui j'ai hâte de voir les vieux sortir des gouvernements ! Plus que jamais aujourd'hui je prône la laïcisation de la planète ! Plus que jamais aujourd'hui j'ai l'impression que je n'ai pas ma place dans cette société qui se dit libre ! Je suggère aux trois pays qui ont déjà accordé aux homosexuels le droit au mariage (Suède, Norvège, Hollande, et on se demande comment !) d'arrêter tout commerce avec le Canada jusqu'à ce qu'il respecte les droits et libertés d'une minorité tellement repliée sur elle-même qu'elle se cache dans les placards pour pleurer sur son sort ! Calmons-nous, encore dix ans de sensibilisation et ils vont bien nous aider. Me voilà prêt à me battre pour aider la prochaine génération.

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Enfin, le plain white heterosexual descendant of England vient de se réveiller, munis de ses mythes contre les minorités. Le titre, dans le Citizen d'Ottawa, page B7, Saturday, June 11, 1994 : I don't belong to any of these groups but I feel I have my rigths too. [Monsieur a peur que certains droits qu'il n'aurait pas déjà soient offerts à d'autres sans qu'il n'y prenne part. La première phrase nous en dit long :] Have you noticed lately how many different groups are demanding their rights ? [Well, it's maybe because you have never ever done anything to give them the same rights you have enjoyed since birth !] [...] We frequently hear from convicted murderers, rapists and sex-offenders, homosexuals [voilà à quel rang monsieur David C. Banks of Kanata relègue les homosexuels], aboriginal people, minority ethnic groups, French speaking Canadians [ouf, il fallait s'y attendre], women [là, il vient carrément d'éliminer la moitié de la planète ! Viva la Révoluziona ! ] physically and mentally disabled groups, [juste après les femmes, il ne faudra pas commencer à faire de la sémiologie ici] various religious denominations [je me demande s'il inclut les Protestants là-dedans ? alors il s'exclurait lui-même ! ], the unemployed, those on welfare [rien de plus écoeurant en société hein ?], and seniors. [Bref, il s'en va attaquer tout ce petit monde dans son article, cherchant sans doute à défendre ce qui reste de sa société patriarcale pour blancs descendants d'Angleterre, qui ne répond plus qu'aux besoins d'une minorité, c'est-à-dire lui.]

Well, I don't belong to any of those groups and I am starting to feel just a little neglected because I have rights too. [We know you idiot, there are rights just for you !] I have lived in Ontario all my life, as have the last eight generations of my family. [Voilà qu'il justifie sa propriété par sa longue lignée et qu'il la réfutera aux Français arrivés avant les Anglais, et aux autochtones sous prétexte de guerres coloniales où l'on se serait approprié la terre des autres, ainsi que leurs âmes !] I went to university [I bet it didn't cost you as much then as it does now ! Everything for you, nothing for the rest !], earned two degrees and have been earning an income ever since. [I guess, because if not, you will be shouting at the injustice of life. But you already do so.] I pay over 30 000 $ per year in taxes of one type or another. [Does he thinks we are not paying too ? Does he thinks all the immigrants are not paying their taxes ? On paye comme toi et on n'a pas les mêmes droits !] I am married with two children and own a house and two cars. [ !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! ] I am lacking nothing of

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importance and I don't need or want any government hand-outs.

I work hard and earn what I get [oh, monsieur travaille fort, il me fait pitié] yet I am not totally happy. It's because I fell like a whore. (Excuse my vulgarity but it's the best analogy I could think of). [Prostitué : qui se donne à quiconque paie. J'imagine qu'il ne s'agit pas du bon sens. Essayons plutôt : de mauvaise vie, fille publique.] I feel that the government (my pimp) only wants to keep me healthy so I can be used to continue to earn money for it to squander on programs that are not very relevant to my needs, and that my opinion doesn't matter a heck-of-a-lot. [Sure, the opinion of Monsieur is to let everyone starving and let him become the King of the place, so he can have four or six more children, trois maîtresses, six automobiles, un château. Maybe he should ask himself about what the society really gave him. Où ailleurs dans le monde peut-on vivre aussi bien que lui ? N'est-ce pas aussi un signe de la société autour ? Laissez crever la société de faim, faites sauter tous les droits de tout le monde, enlevez toute sécurité sociale, et vous verrez si la société serait encore capable, dans un tel chaos, de pourvoir une maison, deux enfants et deux automobiles !]

[...] I have a right to expect a society where law and order and justice will prevail. [So do we ! And that's the problem of it ! Right, you now understand how we feel, us, convicted murderers, rapists and sex-offenders.] [...] I have a right to expect that my country will be unified and preserved for my children. [Sur le dos des Québécois semble-t-il, si on se réfère à la liste du début. Autrement dit, moi j'ai le droit d'obliger sept millions de personnes à demeurer dans un pays pour mes propres enfants, pas ceux des autres !] I want the government to work toward building a true national spirit in Canada instead of spending money to buy votes in areas that complain the loudest or make the scariest threats. [Je vois bien ici qu'il attaque indirectement les homosexuels. Parce qu'il est effectivement difficile de se faire élire dans certaines circonscriptions, parce que justement la majorité des gens qui y vivent sont gays et que nous ne voulons pas voter pour quelqu'un qui souhaite nous détruire. Mais j'ajouterais que c'est justement pour se gagner des votes que Lyn McLeod, leader des libéraux, a voté contre le projet de loi des gays, puisque avant elle avait fait des efforts pour améliorer le sort des gays. Elle reprochait au gouvernement de ne rien faire pour nos

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droits et le jour où ils arrivent avec un projet, étant toujours de l'opposition, elle rejette le projet.]

I have a right to expect to be treated as a first-class citizen in my own country. [Peut-il vraiment ne pas avoir cette impression ? Jamais ! En plus il nous relègue, nous, au rang de citoyens de deuxième classe. Et quel ton, my own country, comme si elle lui appartenait en main propre, à son nom !] I am not prepared to suffer a permanent guilt trip because my ancestors took control of this land from the aboriginal people of the so-called «First Nations,» who were constantly at war with each other trying to do exactly the same thing. [Un guilt trip n'existe pas sans raison et il est normal après s'être senti coupable si longtemps de chercher à ne plus se rendre coupable. Une autre solution cependant serait peut-être de considérer ces minorités et de voir enfin qu'on les considère comme des second-class citizen. On leur fait payer autant d'impôts et on les empêche continuellement de vivre (je parle autant pour les immigrants que pour les gays et le reste).] We live in the here and now. Let's get on with it, together ! [Right, mais il faudra accepter certains compromis pour ça, ce qui semble impossible pour des gens comme David C. Banks.] All Canadians have rights under our Charter but what bothers me is the attitude that some of us have more rights than others and that minority or individual rights seem to be more important than the rights of the majority in our democratic political system. [L'idée de démocratie va mal avec les droits des minorités. La majorité n'est capable de voir que ses besoins, ceux des autres n'existent pas. De toute façon, il n'a jamais été question dans aucun débat de donner plus de droits à une minorité quelconque. Il s'agit toujours d'une question de femmes et d'hommes égaux devant la loi, une question de justice.] It's like a free-for-all where rights are the prize and no one can be trusted to play by the rules unless they are coerced by the force of law. [ Il pense que l'on voit les droits de l'homme comme un prix à gagner !]

[En terminant, s'il est vrai que la contradiction ou le paradoxe enlève toute crédibilité à une série d'arguments jetés en bloc, voici donc, et avec plaisir, le paragraphe final :] Our history clearly demonstrates, time after time, that Canadians are very concerned about the rights of all people, not only in this country but throughout the world. [They are very concerned about rights in the world, a bit less at home. Le Canada fait des efforts, pas tant que ça. Les femmes sont toujours les têtes de Turcs à l'arrière-plan. La question des Premiè

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res nations flotte sur nos têtes et donne l'impression qu'il n'existe aucune solution aux conflits qui dégénèrent de plus en plus. Les homosexuels risquent de perdre le peu de droits qu'ils ont si Manning entre aux prochaines élections, ce qui est fort possible, et pourtant les tribunaux dénoncent ici et là qu'on discrimine les gays. Ce que le gouvernement ne veut d'ailleurs pas entendre.] We don't want to have people being jailed unjustly or being physically abused. [Est-ce qu'on parle encore des homosexuels, ou est-on complètement hors-sujet ? Il parle maintenant à la première personne du pluriel. Pas de doute, monsieur parle pour la majorité qui discrimine tout le monde.] We want our seniors, veterans, disabled, diseased and unemployed to be cared for and I don't think very many of us want to see or be involved in any form of discrimination. [Ici, j'ai vraiment l'impression que l'on n'a pas la même définition de ce qu'est la discrimination. Il ne semble pas voir qu'un couple homosexuel est exactement comme un couple hétérosexuel et qu'il devrait donc avoir les mêmes avantages sociaux. Peut-être devrait-il relire les vingt premiers articles de la Charte des droits et libertés. Je pense qu'un immigrant qui arrive ici devrait pouvoir travailler comme tout le monde, qu'un étudiant étranger devrait pouvoir travailler n'importe où dans la ville. Sinon, c'est discriminatoire, ils ne sont pas égaux. Sommes-nous égaux en fonction d'une majorité de citoyens d'une même nation ou en tant qu'humains sur une base individuelle ?] However, the government must stop using the law as a club and start paying more attention to the needs of the country as a whole. [Inquiète-toi pas David, c'est exactement ce qu'il fait. We cannot see a society as a whole, voilà le problème. La définition de la société est limitée aux caractéristiques de la majorité. Ceux qui ne cadrent pas dans les définitions générales, on s'en fout.]

Bon, Sébastien semble encore une fois être parti en grand. Cette fois il a l'intention de prendre une hypothèque de 150 000 $ pour acheter un terrain dans le quartier le plus riche d'Ottawa. La maison ? Pas de problème, moi et René allons la construire dans trois quatre ans. Seules les fondations et la charpente seront faites par des professionnels. Heureusement ! Et encore, je ne me sentais pas d'attaque à construire une maison, de riche en plus. On n'en finit pas de faire le toit de la maison de ses parents. On dirait une façon de me garder à Ottawa. Comment vais-je me sentir après ça ? Partir pour Paris ? Et mon père ce

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soir qui m'exigeait presque de revenir à la maison cet été, de continuer mes études en génie civil à l'Université du Québec à Chicoutimi. Ma soeur, même discours. Ils doivent s'ennuyer pour vrai pour commencer à comploter ainsi. C'est risible, ils prennent des décisions sur mon avenir, je sais très bien que je n'en ferai qu'à ma tête. La meilleure c'est quand mon père a dit : « Tu vas entrer en système coop à Ottawa, si c'est impossible, tu t'en viens à Jonquière ». Il était sérieux en plus. Je lui ai dit que moi et Sébastien planifions un avenir ensemble. Il a ri. Je lui ai rétorqué que ça faisait plus longtemps que j'étais avec Sébastien que lui avec Odette, de même pour Dominique et François. Qu'ainsi, tout projet avec Sébastien n'était pas si insensé. Il m'a encore dit que je n'en étais pas au stade de projeter un avenir avec Sébastien comme le fait Dominique en ce moment. Je lui ai répondu que ma soeur avait fini son B.A. et qu'elle avait trouvé un travail. Que moi j'ai fini un B.A. et que je projette d'en faire un autre. Cela ne me met pas pour autant sur un niveau différent de celui de Dominique. Il n'avait plus rien à dire. Le père qui n'a plus aucune autorité sur ses enfants, qui ne les aide que si peu et cela devrait suffire pour être écouté et entendu. Je me demande si on prend au sérieux ma relation avec Sébastien. Dominique et François on les voit déjà mariés, après un an et demi ensemble. La soeur de Sébas et son copain on les voit déjà mariés, après un an ensemble. Pire, le copain de Lise va payer les études en droit de sa fiancée. N'empêche, j'ai pris un coup de vieux quand Sébastien parlait de notre terrain et notre maison.

Dans La Presse du samedi 11 juin 1994, en un article intitulé Le combat des justes, Lysiane Gagnon dit des choses qui portent à réfléchir : « Le propre du militant idéologique, c'est de croire dur comme fer que sa cause est la seule juste et légitime. Ceux qui n'y souscrivent pas sont ignorants, inconscients ou englués dans des préjugés sans fondement. Ou alors, ils sont mus par des objectifs sordides et des arrière-pensées maléfiques. Il ne viendra jamais à l'idée du militant que l'on puisse ne pas souscrire à ses idées tout en étant à la fois bien informé, indépendant d'esprit et animé de bonnes intentions. » Elle parle du Parti québécois, de Jacques Parizeau prêt à nuire à la Banque de Montréal pour sa prise de position

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politique. Elle ajoutera vers la fin de l'article : « Telle est la profondeur de conviction du militant idéologique qu'il peut accepter l'idée que les droits démocratiques les plus élémentaires soient temporairement suspendus dans la poursuite du combat pour sa juste cause. » Boudria voulait faire interdire toute parole sur l'indépendance dernièrement. En fait, lorsqu'elle a parlé de militantisme, je voyais les gays qui se battent pour les droits qu'on leur refuse. Je me demandais si nous n'étions pas dans notre tort lorsque, effectivement, il ne nous est jamais venu à l'idée que les gens puissent ne pas souscrire à nos idées de la famille ou de l'homosexualité, tout en étant à la fois bien informés, indépendants d'esprit et animés de bonnes intentions. Il s'agit ici de comprendre le point de vue de l'ennemi. Notre cause et nos revendications sont-elles les seules justes et légitimes ? Ceux qui n'y souscrivent pas sont-ils des caves ignorants ? Cela devient difficile à affirmer quand plus de la moitié de la population te crache dessus. Mais si notre cause n'est pas juste, il ne nous reste qu'à mourir ! À accepter qu'ils nous écrasent ! Nous tuent ! Puisque c'est là une pratique longtemps en vigueur dans le passé, un peu partout, si ce n'est la prison, car beaucoup ont fait de la prison juste parce qu'ils étaient homosexuels. S'ils ont de bonnes intentions, je me demande bien lesquelles. Protéger leurs enfants, que l'on entend souvent. Bien sûr, nous sommes à tous les coins de rues, prêts à sauter sur le premier enfant du bord pour le violer. Sans doute celui-ci deviendra alors homosexuel, c'est contagieux. Edward m'a dit qu'aux États-Unis il est impossible d'être gay. Les mentalités te font paniquer juste à l'idée d'être gay. Tu ne t'acceptes pas du tout, tu épouseras une femme ou te suicideras. Belle terre de liberté que celle des États-Unis. Moins de gens s'acceptent, moins de gays sortent de l'ombre. Voyez aussi comment les choses sont différentes trente-cinq ans plus tard. On se rend compte que le pourcentage de gays est plus grand qu'on le pense. N'allez pas croire que l'ouverture d'esprit encourage l'homosexualité, un gay est gay, il peut le réprimer ou se tirer une balle. Un hétérosexuel est hétérosexuel, il ne deviendra pas gay du jour au lendemain parce qu'il a été déçu par les gens de l'autre sexe. Allons demander aux 60 % d'Ontariens, qui ne veulent rien savoir des homosexuels, s'ils ne donneraient pas raison à Lysiane Gagnon. Auraient-ils raison ? L'homosexualité est-elle répréhensible, immorale, dommageable pour l'humanité ? En fait, il s'agit de faire pencher la balance selon la morale des Saintes Écritures,

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sinon l'humain devra faire face aux séismes ou catastrophes naturelles. Je continue de croire qu'ils sont dans le tort, c'est normal, je suis gay. Ils continuent de croire que je suis dans le tort, c'est normal, ils sont hétéros, ils ont peur de je ne sais quoi exactement. Je pense que le point que Gagnon a soulevé est celui de considérer l'autre parti comme con alors que ce n'est pas toujours le cas. Donc, 60 % de la population ontarienne n'est pas conne. Ignorante peut-être ? Tout le monde est-il ignorant alors ? Ce qui expliquerait comment il est si difficile de prendre position et si facile de refuser la lumière à l'un ou l'autre parti. On ne peut pas reprocher aux gays de vouloir avoir les mêmes droits que les autres. Le problème c'est lorsque que l'on exagère dans les moyens, dans les paroles. On perd alors toute crédibilité. Il ne donne rien de vouloir se débarrasser d'une force oppressive en la remplaçant par une autre. Ou même imposer de force une idée qui ne fait pas l'unanimité. Il faut plutôt perdre des années à faire comprendre aux gens que nous avons le droit de vivre, de leur faire comprendre qu'ils nous discriminent, nous vouent à la disparition, et que cela, nous ne pouvons l'accepter. C'est pourquoi je disais que je n'avais pas le courage de m'embarquer dans une telle bataille. Que j'aimais mieux souffrir dans mon placard. On ne se bat jamais pour sa génération, toujours pour les suivantes. Mais cet héritage est mieux à long terme que ce que la société lègue à ses enfants, une dette impitoyable, des pensions de vieillesse impossibles à payer, couche d'ozone en moins. C'est là où on pourrait commencer à parler de la théorie du Chaos.

Sébastien s'est renseigné sur son terrain de riche, ce n'est pas 150 000 $, c'est 219 000 $. Voilà, il se fait des rêves, est déçu ensuite. Il va tout de même aller se renseigner à la ville, il a l'impression que ce terrain est vendu trop cher par rapport à sa valeur réelle, you bet. Ah, il me serait impossible de quitter Ottawa si je savais que j'aurais une petite maison en décomposition en dehors de la ville. J'entrerais en génie, je savourerais la paix. Je me désabonnerais des journaux, serais toujours à l'extérieur en train de marcher. Ici, il n'y a que des maisons, que des voisins, que des tondeuses à gazon (bon dieu que j'ai hâte que l'on invente les silencieux pour tondeuse à gazon), que des scies électriques qui scient je ne sais quoi, que d'autobus de ville qui font plus de bruit qu'un enfant à moins d'un mètre de soi qui vient de décider qu'il nous conduirait à l'aliénation. Et je parle de la banlieue. Un bois en arrière d'un trou où j'aurais la paix, c'est là mon bonheur. Avec Sébastien en plus, je

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ne pourrais demander mieux.

On a visité le terrain de 219 000 $. Je n'avais jamais vu pareils châteaux alentour. Je ne pensais même pas que cela existait autour d'Ottawa. Quel beau terrain ! Pas assez perdu dans les bois toutefois, voisins trop proches. Faut pas se laisser obnubiler par la richesse du quartier, c'est définitivement trop près des voisins. Il y a un petit bois à l'arrière, mais si petit. On a de la place en masse pour planter des arbres, mais ce ne serait jamais suffisant. Tant qu'à bâtir une maison, j'ai dit à Sébastien qu'il fallait vraiment qu'elle soit différente de tout ce qui existe ici. Je pensais à un genre de vrai château moyenâgeux, avec une cour intérieure où il y aurait des arbres et une piscine creusée que l'on pourrait couvrir l'hiver. Vous imaginez ? C'est ça la vraie maison pour les homosexuels. Une forteresse où tout se passe dans l'ombre, dans une cour intérieure, où plein d'arbres cachent le vieux bâtiment de pierre en décomposition. Cela ferait différent des autres pseudo-châteaux que les propriétaires ont cru bon éclairer à l'aide de projecteurs de mille watts, pour bien montrer à tout le monde la fierté d'une maison qu'ils ont fait construire et qui ne doit même pas être payée. Moi je veux poser les pierres de ma maison. Je veux que ça ait l'air de quelque chose qui me ressemble, qui est une partie de moi. Surtout pas de lumières de mille watts, et dans ce cas, j'aimerais mieux être plus isolé. Je ne veux pas un château moyenâgeux pour attirer les touristes ou les jeunes couples à la recherche d'idéaux. Est-ce que je veux vraiment un château ? En fait, je veux un trou à moi où je pourrais enfin me reposer.

J'ai parlé avec ma soeur, deux heures de temps. Jamais on n'avait tant parlé au téléphone de notre vie. Elle se sentait coupable pour hier. Elle s'est excusée, disant que j'avais raison. D'accord, merci. Alors je lui ai demandé à propos de quoi exactement. Elle m'a dit que je ferais ce que je veux, qu'il était vrai que ma décision était loin d'être prise et qu'ils devaient me donner leur opinion seulement si je la demandais. Elle m'a dit que je devrais entrer en génie si je voulais, qu'en fait, c'est certainement la meilleure des solutions, même par rapport à la maîtrise. Ce soir nous sommes allés manger au restaurant, moi, Sébastien et sa mère. Elle m'a dit que je devrais aller en génie, même qu'elle a prédit que lorsque j'aurais mon diplôme d'ingénieur, j'irais remercier les professeurs de ne pas m'avoir accepté en maîtrise. Elle est titulaire d'une maîtrise en littérature de l'Université d'Ottawa. J'ai

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l'impression que la balance penche. Un avenir avec Sébastien ? Je ne dis pas non. Je lui fais confiance, je pense qu'il pourra avoir confiance. L'idée d'habiter ensemble, comme il l'a lui-même dit ce soir, plus spécifiquement de projeter notre avenir et notre toit, change bien des choses. Rend le tout sérieux. Tout à coup je n'ai plus cette impression que je peux partir pour la France demain matin. N'est-ce pas inquiétant ? Mais alors, toutes mes chances de vivre en France s'effondrent ! Si ce n'est pas grâce aux études, je n'aurai jamais la nationalité, je ne pourrai jamais vivre là. Même si Sébastien est français, ils ne reconnaîtront pas un mariage homosexuel, ils sont incapables de reconnaître un couple gai, je me demande même s'ils seraient prêts à reconnaître un gay. Mourir sans avoir demeuré en France ? À rester ici, je m'abonnerais à Internet, prendrais des cours d'anglais avancés, finirais mes jours comme ingénieur à la BNR. Est-ce cela que je veux ? Si je pars, et peut-être je n'aurai pas le choix de rester, il me faudra passer au travers la maîtrise, me faire accepter au doctorat, fourrer le chien pour trouver un travail d'enseignant dans une université. Après avoir vu la bullshit entre les profs du département, je ne suis pas sûr si ça me tente. Sébastien a eu beaucoup de merde au travail cette semaine. Beaucoup de pression. Ma soeur aussi, des ganglions lui sont sortis dans le cou. C'est sérieux ! Elle prend de forts médicaments contre le stress. Son copain a carrément fait une mononucléose. Je n'arrive pas à croire la vie qui m'attend. Mais je me sens d'attaque, moi aussi je veux une maison de riche ! Avec deux automobiles, quatre portes de garage, un terrain de malade dans le quartier le plus riche d'Ottawa ! Je veux réussir, je suis enfin prêt à cracher sur les autres qui n'hésitent pas à me cracher dessus, prêt à les écraser pour atteindre mes objectifs ! Je vais faire l'envie de tout le monde, j'aurai des projecteurs de 5000 watts pour bien montrer mes prétentions ! Cela est tout de votre faute, j'aurai donc bonne conscience.

Nous nous sommes promenés autour de Cumberland et Rockland, la terre des concombres et celle du rock. On regardait les terrains à vendre. On a trouvé ce que je cherchais, isolé dans les bois. Encore, il y aura toujours des voisins, pire lorsque leur fosse septique sort de terre et que les moustiques nous ont mangés pour les cinq minutes où on a eu le

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temps de constater qu'il faudrait au moins cinquante gros camions de roches pour permettre au terrain mouillé d'absorber un château médiéval. Une usine de chais-pas-quoi crachait sa boucane juste en face de la vue. Après ça moi et Sébastien étions prêts à signer pour le terrain de 219 000 $. Nous avons pris un traversier qui nous a emmenés de l'autre côté de la Ottawa River (version amérindienne anglaise). Le long de la rivière Outaouais (version indienne française), les maisons sont en décomposition. Des dépotoirs par ici, des cochonneries par là, enfin, je me sentais chez moi ! Gatineau, trou de mon coeur ! Ça sent la misère dans ce coin-là comme partout ailleurs sur la planète. Ce qui me fait réfléchir sur Ottawa la propre. Comment se fait-il que l'on ait rencontré au moins cinq grosses usines qui crachaient leur misère au Québec et qu'on n'en voit jamais à Ottawa ? Pourquoi les gens sont si fiers en Ontario, si je-m'en-foutisme au Québec ? Ai-je tort dans ce que j'avance ? Les petites maisons en ruines de Hull, c'est rare d'en voir à Ottawa. Seul Ottawa est capable de vouloir détruire un édifice comme celui de la Défense parce qu'il le trouve laid. Y aurait-il une exigence de vie plus grande chez les Ontariens que chez les Québécois ? Les Anglais plantent des fleurs, prennent soin de leur gazon, tout est toujours parfait. Je ne me souviens pas d'avoir vu ça l'autre côté de la rivière. Est-ce les Québécois qui ont d'autres intérêts que de montrer à tout le monde leur belle grosse maison, leurs belles petites fleurs, leur petite richesse amassée sur soixante ans ou sur deux générations ? Ou est-ce les Anglais qui sont en crise du « et-que-vont-dire-les-voisins » ? Eh bien les voisins, moi, vous disent d'aller chier, que dans le fond, on se fout bien de vous et vos fleurs.

Semble que mon calvaire attendra, ce me semble que mon travail sera parfait. Je suis seul sur la terrasse, c'est drôle, j'y avais pensé. Douze tables, quarante-huit places, je ne sers que des boissons et de la pizza. J'ai même eu le culot de demander au cuisinier de faire des pizzas végétariennes, de peur de mourir de faim. Il m'a dit : « You are vegetarian, hein ? » J'ai dit oui. Il a dit : « I noticed it right away ! » Est-ce donc écrit dans ma face ? Dois-je en déduire qu'il a également notifié right away que j'étais gay ? It might be, avec mes beaux bermudas noirs, mes petits bas noirs et mes souliers, cela fait très tacky, comme dirait Paul. Mais je n'ai pas tellement le choix de l'habillement et je n'ai surtout pas l'argent pour m'ache

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ter autre chose. Bref, ça commence demain, je pense que les pourboires seront bons. La semaine prochaine je vais chialer pour avoir autre chose que de la pizza. Pauvres clients, ils n'ont aucun choix, encore chanceux que je sois là pour les végétariens.

Tout à l'heure j'ai acheté la revue Catholic Insight, un magazine for Canadian Catholics, May 1994, volume II, No. 4 (2 $). On dirait que les religieux veulent réinstaurer la peine capitale pour les homosexuels et que le pape veut que la femme redevienne l'esclave docile de l'homme. Cinq pages sur seize sont consacrées à l'homosexualité. J'ignore si c'est toujours le cas ou si c'est parce que les gouvernements ontarien et fédéral s'apprêtent à voter des lois pour démantibuler l'Église en rapport aux homos. En fait, l'Église piétine, elle veut nous convaincre à tous les points de vue, elle a souvent tort, elle s'en fout. Tout argument fonctionne, jusqu'à chercher des poux administratifs à certaines conférences pour compter des points. Le magazine est un vrai bijou d'homophobie pure, un tissu d'arguments pour provoquer la haine contre les gays. Ils sont tellement radicaux qu'ils font peur. Sans lois pour nous protéger, je ne crois pas qu'ils hésiteraient à encourager plus fortement la violence contre nous. Ils se basent sur la Bible. Ils ont cité les dix commandements deux fois, sans rien dire à propos du contenu. Je suis allé voir, j'ai eu peur. C'est pire que tout ce que j'aurais pu imaginer, ça vaut la peine d'aller lire l'Exode.

Il est faux de dire que les gays rejettent Dieu, c'est Dieu, selon les religieux, qui nous rejette. Plusieurs ne le rejettent même pas, et si c'est rejeter Dieu que de coucher avec quelqu'un, tant pis. Au diable votre dieu et voilà comment on finit par rejeter la religion d'un bloc. Page 9 : « Over the current period 1990-1995 the battle against AIDS is costing Canadian taxpayers over one billion dollars ». So let's kill them now ? Is that what they suggest ? Sinon, qu'est-ce qu'ils essayent de prouver ici ? Une justification de l'homophobie ? P.6 : « Rejecting Christ, they reject His brothers, their neighbours, and, sometimes deliberately, infect them with the only life their lifestyle generates, the virus which produce AIDS, as many hemophiliacs and infected babies and Kimberley Bergalises can testify. (I know Kimberley is dead, but she's «milliards of times more alive than we.» She is a person of uncommon importance in this context. Her dentist, apparently deliberately, infected her and five or six others.) » Il faut maintenant imaginer que le dentiste est gay (ils ne citent aucune source, how funny, on nous jette ça à la tête), il faut imaginer que le « apparently » means for sure et

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il faut croire que tous les gays feront la même chose. Sans compter que si les gays meurent du sida pour cause de leur immoralité, Kimberley, pure comme elle est, est morte non pas à cause de ses péchés, mais par erreur, à cause des gays. Comment pourraient-ils arriver à justifier un racisme virulent ou un antisémitisme aussi effrayant sans faire lever les foules ? Ici on parle d'homophobie et les gens sont encore très homophobes, à l'intérieur de toutes les races, de toutes les religions. Je ne crois plus en Dieu. Je ne crois plus en les religions. Rien de bon ne peut émerger d'une telle écœuranterie. Je ne crois plus dans les sociétés, elles suivent des gens sans les questionner sur leurs réelles motivations. Je ne crois plus aux gouvernements, ils changent d'opinions selon leurs intérêts, pour se faire élire. Je ne crois plus à l'altruisme, on ne m'en a jamais donné une preuve satisfaisante. Je ne crois plus en la vie, parce qu'on en fait une misère où personne ne peut vivre. Je ne décortiquerai pas le magazine en entier, cela n'en vaut pas la peine.

Il est minuit, je viens de sortir de ma douche, j'arrive de travailler. Je suis parti de la maison à huit heures ce matin. Seize heures en dehors de la maison pour une journée de travail. Demain je sors de chez moi à huit heures encore. J'espère m'en sortir pour huit heures du soir, arriver ici pour neuf heures, je travaille le lendemain matin. Aujourd'hui est une journée à oublier. Les pires journées de ma vie, les vraiment pires, sont ma journée de fou quand j'ai travaillé chez Polyson Jonquière et que la journée avait tellement déteint sur le moral de moi et ma patronne, que nous avons tous les deux fait de la grosse fièvre le soir, malades comme des chiens. Mes autres pires journées c'est chez Versabec, des journées de vingt heures, des banquets qui n'en finissaient plus ; la journée où j'ai manqué Sébastien en concert parce que je travaillais ; les soirées où je rencontrais Sébastien à Tactiks comme par hasard et qu'il m'avait inventé des raisons pour ne pas me voir ; lorsque Sébastien m'a annoncé qu'il m'avait trompé. Bref, aujourd'hui surpasse le lot.

Mon calvaire commence. Ma patronne s'est transformée en monstre exigeant, bête comme ses deux pieds, intolérante, elle te fait sentir inférieur et incompétent. Elle ne semble même pas s'être rendue compte que j'ai installé à moi seul une terrasse pour quarante-huit personnes avec un soleil effrayant et plus de 34 oC. J'ai tellement sué aujourd'hui que

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j'ai bu six seven-up dans les deux premières heures et je n'ai jamais eu envie de pisser. Esti de journée de calvaire ! J'ai cuit de 9h le matin jusqu'à 13h pour tout installer, nettoyer, figurer ce que j'ai à faire. Ensuite, jusqu'à 17h, j'ai gratté avec une pièce d'un dollar tout un tableau menu écrit au crayon effaçable, mais qui ne s'effaçait plus. J'ai passé la journée à m'éponger le visage avec mon autre gilet à manches courtes. Vers 14h, une pluie torrentielle aussi subite qu'imprévue fait rage. Il y a justement un festival de danse à côté, tout le monde l'autre bord de la fenêtre dans le musée me regarde courir d'un bord et de l'autre, complètement trempé, serrer les parasols. Parasols qui ne tiennent pas sur les tables, j'avais déjà perdu une heure à les installer, ils tiennent par des petites vis en plastiques, résultat : quatre ampoules. Toutes mes boîtes sont foutues. Après cela, le soleil est de retour. Je souffre maintenant d'insolation, je tombe de sommeil. Il est 18h10, 20h00 ne viendra jamais. Le pire, je vais finir à 21h00 (j'ai fini à 22h30 finalement !), il y a tellement à faire pour ramasser. Et là, de 16h30 à 17h30, me voilà qui m'ennuie, qui ne sait plus quoi faire, après avoir passé l'après-midi à gratter et à me lamenter.

Arrivent soudainement, vers 17h30, ma patronne et un gros bonhomme. Le bonhomme, une grosse tête, plus grosse que son énorme ventre, commence à chialer comme jamais un client n'a chialé en deux ans où j'ai travaillé à la cafétéria de l'université. Dieu sait pourtant comment ça chiale une gang de secrétaires et d'employés de bureau et de francophones qui veulent des services en français et d'anglophones hautains pointilleux. Le vieux christ, parce qu'il n'y avait pas de glace, commence à demander qui s'occupe de la place, quelle compagnie. Je dis le CNA, il répond que le CNA a des prix plus élevés que ses services. Je lui dis de dire cela à ma patronne, pour rendre cette situation embarrassante plus sympathique. Ma patronne répond que les prix sont les prix. Le vieux tient absolument à rendre le tout intolérable, il répond : « Non, je parle du service ! Un service totalement inadéquat, de mauvaise qualité... » Là, je fumais, il a parlé de glace, on ne savait plus trop s'il en parlait encore. J'ai dit au monsieur que je m'excusais, qu'à l'avenir il y aurait toujours de la glace, beaucoup de glace, de la glace pour toute sa belle famille. J'ai mentionné la difficulté de toujours s'approprier des choses à cause de toute la sécurité qu'il y a en dedans. C'est vrai, à chaque six mètres très exactement se tient un garde, sans compter ceux qui

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marchent partout, une armée. Bref, ma patronne se retourne et dit une phrase surprenante : « Pas du tout. » Elle me dit de me taire et dit merci au monsieur brutalement. Le monsieur saute vingt pieds dans les airs, le voilà qui réprimande ma patronne et lui dit que j'ai raison, que c'est très correct de s'excuser comme je l'ai fait et qu'elle donne un service inadmissible. Alors il lui demande son nom. Aurait-elle été assez folle pour le lui donner ? Non. Au contraire, elle met tout le blâme sur moi. Allez-y ! Un jeune morveux, ça peut en prendre ! Elle dit au monsieur qu'elle a envoyé le boss-boy me demander si j'avais besoin de quelque chose vers 4h, que c'était ma responsabilité de lui demander de la glace. J'avais envie de lui rendre ma démission sur-le-champ. Mais j'ai plié. Plié comme jamais un ver de terre ne plie, et comme jamais j'espère ne plus plier devant un patron minable. Le bonhomme fulminait. On voyait qu'il voulait en dire plus long, ma patronne l'a retourné après qu'il ait demandé une deuxième fois son nom. Là, après que le vieux se soit assis avec sa famille, ma patronne me chicane comme si j'étais du poisson pourri, un moins que rien. C'est la première fois de ma vie que je ne cachais pas ma colère devant un patron. Elle parlait, je disais un oui très bête. Elle finit par aller chercher de la glace et de l'eau en me reprochant gravement ce manque. Ouh le maudit, il faudrait se plier à ses genoux. La sottise a-t-elle une limite ? Non. Voilà que le bonhomme me relance, il veut savoir son nom. Je ne veux pas le lui donner. Des petits fatigants à tête enflée, si je peux éviter qu'ils causent des histoires... Il commence à me dire que si jamais j'ai des problèmes, de l'appeler. Il me dit son numéro, facile à retenir. Il a des contacts hauts placés, il peut intervenir plus haut qu'elle. Depuis quand les gros pleins de sous prennent la peine de défendre les p'tits cons en bas de la hiérarchie ? Depuis qu'ils veulent montrer qu'ils ne sont pas n'importe qui et qu'ils ont raison de chialer ? Je n'en doute pas monsieur que vous n'êtes pas n'importe qui, moi-même d'ailleurs, vous savez, je ne suis pas n'importe qui, je ne suis même pas quelqu'un. Je vous avouerais que je me fous pas mal de votre galerie d'art et de votre position dans je ne sais plus quelle organisation. Il m'a redemandé son nom. Intarissable. Je lui ai dit que je comprenais ma patronne, que c'était difficile de faire fonctionner une cafétéria, qu'elle était fatiguée (conneries !). Je n'y ai pas donné son nom. Nathalie arrive à ce moment, je lui avais laissé un message pour qu'elle vienne me voir. Ma patronne arrive également. La situation se complique, j'essaye

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de m'approcher pour lui dire que ce n'est pas le moment, le monstre s'écrie : « René ! ». Un client attendait. Là elle m'a chialé de plus belle. Nathalie attendait. Après que ma patronne soit repartie Nathalie capotait. Le bonhomme me parlait encore, il voulait savoir son nom. Nathalie est partie en me laissant un numéro, on n'a pas parlé, je voulais pleurer et c'est vrai. J'avais vraiment envie de pleurer. Il a fallu que j'aille marcher plus loin à cause du vieux... il m'a souhaité bonne chance. Pour une première journée de travail, ça inaugure très bien.

J'ai cuit toute la sainte journée, pas un client entre 14h et 18h. La vie est plate, je n'ai plus d'énergie, amorphe, je suis une grosse boule de chair en décomposition. J'ai bu quatre jus et un pichet d'eau dans la seule première heure. Je n'ai pas envie de pisser. Je n'ai pas fait 3 $ de pourboire, je me fais exploiter. À la radio ce matin ils parlaient de nouveaux records de température, journées plus chaudes jamais vues depuis trente ans pour les quatre jours où je travaille. Comme par hasard. Il mouillera lundi et mardi, mes jours de congés, pour qu'il fasse beau ensuite. Je suis trop mort pour être découragé, trop inconscient par la fatigue, je ne suis plus capable d'écrire. Hier, en passant au-dessus du pont sur Main Street, j'ai passé près de me tirer en bas. Le problème c'est que je n'en serais pas mort. J'ai pris l'autobus ce matin, l'idée de prendre la bicyclette comme d'habitude est impossible vue ma fatigue généralisée et la chaleur. En dépit de ce que j'ai dit, je suis un homme d'hiver, vive l'hiver ! Les justes milieux, cela existe-t-il ? Les emplois qui sont endurables, cela existe-t-il ? La vie me semble être un cauchemar dont l'on ne se réveillera pas, quelqu'un a déjà dit ça je crois. Je me demande s'il a souffert plus que moi. Il y a quelques gars qui s'exhibent le bedon, ils sont beaux, ça ne compense pas pour la température. Exigerions-nous de quelqu'un qu'il se mette à vendre des chocolats chauds à l'extérieur avec 35 oC sous zéro ? (J'allais dire non, mais c'est mal connaître la société.) Alors pourquoi exiger que je vende des liqueurs à des clients inexistants par 35 oC ? Quel cliché, je travaille à Ottawa sur la terrasse du Musée des beaux arts et mon horloge personnelle est celle du Parlement. Je suis juste à côté. Quelle belle carte postale. Môman, je suis à Paris, je travaille à l'Arc de

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triomphe avec vue sur la Tour Eiffel !

L'Église catholique a annoncé dans le journal qu'elle reconnaîtrait sous peu son antisémitisme marqué, donc son racisme et ses crimes de guerres, plus particulièrement durant la deuxième guerre mondiale. Elle a beaucoup aidé à faire tuer les six millions de Juifs et les 220 000 à 1 000 000 d'homos. Que le pape reconnaisse l'immoralité de son institution dans le passé est un bel effort, mais qu'il ne veuille reconnaître son immoralité actuelle, ça, ça me dégueule. Les gens sont cons. Ils sont tant embarqués que de vendre des Juifs dans le temps et vendre des gays aujourd'hui, cela ne fait aucune différence. Quand l'Église reconnaît ses torts, personne n'en prend la responsabilité, pas même le pape. Pire, personne ne fait de parallèle entre l'Histoire et les événements d'aujourd'hui, personne n'en tire de leçon pour l'avenir. Allez-y monsieur le pape ! On va vite les oublier vos excuses, on ne les a même pas entendues vos excuses ! Mais on en souffre encore de vos erreurs, on en souffrira encore. Pourquoi l'Église reconnaît-elle enfin quelques-uns de ses torts ? Pour ses seuls intérêts, surtout pas par respect ou remords. En religion on ne se sent jamais coupable d'agir, parce qu'on a toujours des excuses irréfutables. On ne peut effectivement pas réfuter Dieu, on ne peut même pas prouver son existence.

I'm gonna stop working here. It's a hard decision to take, but I care for my health more. I'm not going to work 55 hours a week and the bonus hours when there is a festival or a show. I'm not going to burn in the sun all summer always running to get paid 5,80 $ an hour. I don't get any tips and the minimum wage is already more than 7,25 $. It's well known, with the minimum wage you're not able to survive.

C'est maintenant officiel, hier il a fait 36 oC, avec le facteur humidité : 44 oC. Ils m'ont dit qu'il y a eu une alerte, on a indiqué partout aux gens de ne pas sortir sans raison valable et surtout, de ne pas passer plus de vingt minutes au soleil. Je m'aligne pour passer mon troisième jour en plein soleil. Ils ont même fermé les écoles en après-midi et plusieurs employés de bureau sont partis beaucoup plus tôt. Ainsi donc je ne me lamentais pas pour rien. Mais alors peut-être me fais-je de fausses idées sur mon travail, ce n'est peut-être pas

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si pire ? Peut-être me faudrait-il plus de courage ? No way ! I'm finishing the work at Sébastien's place, I'm going to pass a month in Jonquière. Non, au Lac-St-Jean.

Je suis brûlé au troisième degré. Je m'en fous si on ne me paye pas mes quatre jours, il faut que je m'en sorte. Il faut que je m'en sorte. Ah Ah Ahhh Ahhhhh AAAAAAhhhh, je vais subir une combustion instantanée ! On ne retrouvera que mes deux palettes avant ! Midi dans dix minutes. Je ne vais plus revoir personne, je vais mourir avant le point culminant. Depuis ce matin j'ai bu six jus et un pichet d'eau. Je ne fais que boire et me lamenter.

C'est extraordinaire, il y a une petite église de l'autre côté la rue, eh bien, dans la dernière heure il y a eu un mariage en limousine blanche, une naissance-baptême en Ford bleue, une visite de touristes en bus londonien rouge à deux étages, un mort dans un corbillard noir. Qui a dit que les églises se mourraient ? Ils fêtent leurs rites en série, de façon industrielle, même les touristes se font maintenant exploiter. Les gens courent de leur voiture jusqu'au musée à cause de l'air climatisé. Moi je meurs dans ma sueur. Avant-hier j'ai passé près de perdre connaissance, hier aussi. Pauvre mort, pauvres touristes, pauvres mariés. L'un en train de décomposer deux fois plus vite sous la chaleur, les autres en train de regretter leur titre de touristes officiels du Canada et les autres prennent un coup de vieux à même le mariage. Ça ne donne pas envie de naître. Ils vont faire l'amour pour la première fois ce soir (ils n'ont pas le choix, l'Église ne sanctionne que les unions vierges), ils vont rester collés ensemble comme des vers de terre, ils vont se demander si c'est normal. Ça va paraître dans le National Enquirer : deux mariés devenus siamois par leur mariage doivent être décollés par la science ! Ça vendrait un max. Je vais arrêter de leur donner des idées, aux dernières nouvelles ils avaient posé un bébé et avaient titré : ce bébé a 72 ans ! J'imagine la grand-mère de 72 ans en train de se pâmer devant la photo du bébé, à essayer de comprendre comment ça se peut qu'il n'ait aucune ride.

Une vieille dame vient de me dire que j'avais bien du mérite de travailler en cette chaleur. Ce n'est pas vrai, j'abandonne ! Une autre fille vient de me dire : « Do you like your job ? » Sébastien est venu me voir. Il s'est acheté des sandales et le problème c'est qu'on ne voit pas ses orteils, ce n'est donc pas assez sensuel. Gab et Robert sont venus aussi. Robert est charmant, d'autant plus qu'il ressemble à Morrissey. Paraît-il, il est genre un peu nudiste. Il est toujours tout nu dans la maison. Pour déjeuner il lui faut être tout nu. Quand il

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doit aller travailler, ce qui le décourage, c'est de devoir s'habiller. Gab dit qu'il commence à aimer ça aussi, faire le nudiste avec Rob. Mais Robert n'irait pas dans un camp ou une ville de nudistes, il ne se trouve pas assez beau. Gabriel a dit que les nudistes ne sont pas exhibitionnistes, ils sont en majorité assez laids. Le royaume de la laideur en chair et en os, ce doit être terrible !

16h15, la lourdeur de la chaleur commence à se dissiper. I begin to enjoy life a bit. But in 45 minutes I have to close. Heureusement qu'une des clientes a surveillé pour moi la terrasse pour que j'aille aux chiottes pour le big job (pas le big bang), sinon je serais mort là. On se fout pas mal de moi ici. Je meurs encore dans cette température, les frigidaires dégagent quatre fois plus de chaleur qu'ils produisent de froid. Ma bonne femme de tantôt est alcoolique, trois bières et elle dit qu'elle aime mieux boire au goulot. Elle sent même la nécessité de se justifier : « Vous savez, plusieurs femmes boivent à la bouteille... » ben oui, ben oui, j'm'en fous pas mal. Elles feront bien ce qu'elles voudront, mais il faudrait arrêter de se justifier, ça démontre qu'il y a un malaise. D'ailleurs, elle regrettait un peu son verre lorsque je lui ai dit que boire au goulot, c'était davantage pour ça que la bouteille de bière avait été dessinée, ils ont fait exprès pour lui donner une forme phallique. L'ironie c'est qu'il n'y a que les hommes qui boivent au goulot. Elle s'est étouffée.

Tantôt j'ai passé proche d'embrasser Sébastien dans le cou pendant le spectacle de danse. Je me suis réveillé juste avant de le faire, tout le monde se serait retourné, les danseurs se seraient arrêtés de danser pour nous regarder.

Il y a une folle qui vient d'acheter le dernier sandwich végétarien que je me réservais. Con que je suis, pourquoi lui ai-je donné au juste ?

Voilà, toutes d'insipides banalités sur mon travail. C'est d'ailleurs tout ce que je serais capable de produire ici. Je deviens un vrai aliéné. Je suis fatigué mort. Je n'en peux plus. Je travaille encore demain, comment m'en sortir ? Oh oh, l'heure du calvaire commence, il faut que je ferme.

Je suis incapable de garder les yeux ouverts. Est-ce que je m'endors ou est-ce le soleil et les brûlures qui m'obligent à fermer les yeux ? Ma Bible est vraiment maganée, elle est

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toute sale. C'est elle qui a écrasé la banane au fond de mon sac hier. C'est bien, une Bible ça se doit d'être sale. J'ai tellement mal partout que j'ai même mal aux cheveux. C'est inquiétant, ça ne m'est jamais arrivé, pour moé m'a toute les parde. Il y a quelques beaux gars au loin, ils sont trop loin pour que je puisse me rincer l'oeil. Hier la femme qui a mangé le dernier sous-marin est restée assise plus de quatre heures à sa table, se levant enfin lorsque tout était ramassé et qu'il ne restait que sa table à mettre avec les autres. Elle s'est levée et m'a dit que j'étais patient. Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est son trip de traîner sur les terrasses pour voir si on va réagir ? Lui dire de crisser le camp ? Il y a des gens bizarres qui n'ont vraiment plus rien à faire.

Midi, le Parlement sonne ses cloches. Je partirais pour la plage, je mourrais dans l'eau, quel plaisir ce serait. Que font les gens au musée en pareille journée ? Avec une telle chaleur sur Ottawa. Béatrice, la nouvelle poétesse d'Ottawa, trouve que le Parlement ressemble à un stérilet dans son livre Les Franco-Ontariens et les cure-dents. C'est vrai, il y a davantage de projets qui avortent dans ce Parlement que n'importe où ailleurs. Le même éditeur a publié le livre d'un Indien qui affirme que les écrivains sont ou fous ou homosexuels. Bien sûr, cet auteur se targue d'être fou. Pour ma part je pense qu'il est homosexuel. J'ai envie d'accuser tout le monde d'être homosexuel, les voir paniquer à imaginer pendant un instant que l'on puisse penser qu'ils sont homosexuels. Il s'agit là de leur peur la plus grande. Que c'est drôle. Lorsque quelqu'un écrit négativement sur Ottawa, le livre a toujours un impact positif à Montréal. Les gens aiment ça imaginer qu'à Ottawa la vie est sale et malsaine. Ce qui frappe plutôt c'est que cette ville est à deux heures de Montréal et que la vie y est franchement différente.

12h30, l'horloge sonne. Je vais prendre un V8. Ils auraient dû appeler ça un L8 en français. Heureusement que je ne suis pas maniaque, je vais continuer d'en boire. La plupart des jeunes sont beaux, la plupart des vieux ou semi-vieux sont laids et gros. Est-ce le fait de la jeunesse et alors les jeunes deviendront gros ? Ou bien l'effet de génération ? Les baby-boomers sont du genre à avaler une pleine boîte de biscuits Oréo avant d'aller à la TV ? C'est le deuxième beau gars qui passe tenant la main d'une fille grosse et laide. Ont-ils vraiment eu tant de misères à se trouver une copine ?

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J'ai rencontré Ken avant-hier. J'ai vraiment envie de le frapper. Lui montrer ce que ça coûte de tourner autour du copain des autres et de réussir à coucher avec en plus. Ça ne me donnait pas envie d'aller rejoindre Sébastien et Gordon at Ottawa U. qui pratiquaient piano et violon. Ça me donnait surtout le goût de partir pour la France.

13h30, l'horloge sonne. Depuis 10h30 j'ai vendu trois limonades. Peut-être que je suis payé trop cher par rapport aux profits ? Définitivement, c'est ça le pire. Une limonade par heure, à moi seul je bois quatre jus par heure. J'aurais travaillé toute la fin de semaine chez Sébastien, j'aurais fait 15 $ l'heure. Je veux aller manger au Green Doors tonight, un restaurant végétarien expensive. Eh bien, je perdrais cinq heures de travail. Je pense que je vais m'ouvrir une canne de soupe aux champignons Campbell.

13h45, le Parlement va sonner.

14h01, l'horloge a sonné.

14h16, les cloches sonnaient.

14h30, le Parlement sonne.

Pauvre premier ministre, tout ce qu'il fait c'est actionner les cloches. Après on viendra dire que l'argent des contribuables ne se perd pas dans les airs. Encore des beaux gars dans la rue, j't'en manque d'amis. Pourquoi ne viennent-ils pas ?

J'ai enfin eu le courage d'appeler ma patronne au Musée des beaux arts du Canada. Je lui ai dit : « Je ne veux plus travailler au Musée des beaux arts. Les raisons en sont que je suis très fatigué de mes quatre jours, trop de choses à faire pour une seule personne, que je suis malade, question de santé, je suis brûlé par le soleil, trop d'heures, pas assez payé, pas de pourboire. » Dieu que ça a été difficile à dire ! J'ai dit que je ne viendrais pas travailler mercredi prochain. Elle a demandé s'il s'agissait de mercredi de la semaine prochaine. J'ai dit qu'elle n'aurait aucune misère à trouver quelqu'un, ils ont déjà fait les entrevues. Je suis prêt cependant à travailler un jour ou deux encore. Ce que je ne lui ai pas dit, c'est que si on m'avait crissé dehors, on ne m'aurait pas donné une ou deux semaines d'avis, on m'aurait montré la porte. Eh bien si moi je veux crisser le camp, non protégé comme je le suis, je la prends la porte. En plus qu'avec mon maigre salaire je devais payer 25 $ par mois pour le

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syndicat, qui lui, se fout bien de moi pour les premiers 90 jours, alors que mon travail se termine à la fin de l'été. Ma patronne s'est crispée complètement. Elle a pris son petit air insulté orgueilleux comme si en fait cela ne l'affectait pas. J'ai maintenant deux lettres à écrire. Une à celle qui m'a engagé, l'autre à celui qui se prend pour plus haut que le pape. On va bien voir si c'est à la légère que le bonhomme m'a donné son numéro de téléphone si jamais j'avais besoin d'aide. Quelle prétention inutile ce serait si l'on disait de telles choses par politesse. Encore que, c'est à Aylmer, je ne vais tout de même pas aller travailler à Aylmer. En bus ça prend deux heures parce qu'il faut utiliser les deux systèmes de bus de chaque côté de la rivière, et que d'un bord à l'autre de la rivière, rien n'est compatible.

Sébastien me fatigue pour que je demande de l'aide sociale. Je suis incapable de m'y résigner pour plusieurs raisons. Je travaille chez Sébastien, c'est trop de formalités, cela a une connotation tellement négative qu'à l'idée d'en recevoir je panique. Quelle ironie, n'est-ce pas la même chose que l'assurance-chômage ? N'est-ce pas la même chose qu'une subvention pour artiste ? Pas psychologiquement. Bon, si le système veut nous aider, pourquoi ne pas en profiter, avant qu'il ne puisse justement plus rien faire. Mais peut-être que justement il ne pourra plus rien faire si l'on en exige trop ? C'est sûr que j'en ai besoin. J'ai de la misère à arriver même avec l'argent des parents à Sébastien.

Le bien-être social, très instructif. Il est bien que j'essaye d'en avoir, juste pour voir ce que c'est au juste. Premièrement en quoi cela consiste et la marche à suivre, deuxièmement comprendre les gens qui en reçoivent. Je suis arrivé au bureau, c'est à côté d'ici. Plusieurs immigrants, il fallait s'y attendre. Je suppose que les gens sont réticents à les engager, ils ne se rendent pas compte qu'on va leur donner de l'argent de toute façon, sans même qu'ils aient à lever le petit doigt. J'ignore les statistiques à propos des immigrants et les services sociaux. J'habite peut-être dans un quartier où justement il y a beaucoup d'immigrants. Je n'ai rien contre le fait qu'ils reçoivent l'argent de David C. Banks, celui qui disait n'appartenir à aucune minorité visible. Il y avait un jeune couple avec un enfant, autour des vingt ans. On se demandait s'il fallait les prendre en pitié ou trouver cela beau.

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Moi j'ai trouvé cela beau, le gars. J'ai vu aussi d'autres gars dont l'on sait qu'ils vont tout faire pour trouver un emploi, parce que le bien-être, c'est la honte. Ils entrent à peu près comme j'ai fait, lunettes de soleil en plus. Bref, la file d'attente a duré quinze à vingt minutes, on m'a demandé de remplir un formulaire. Là j'ai eu peur. Le vrai Big Brother en personne, j'ai maintenant l'impression d'être sur table d'écoute. Je comprends que le gouvernement ne nous demande rien tant que l'on ne lui demande rien. Mais dès qu'on lui demande quelque chose, alors là, il a tous les droits, il lui faut tout savoir. On veut le nom de la banque avec laquelle je fais affaire, tous les comptes que j'ai et la balance de ceux-ci. On veut savoir mes acquis et biens, les noms de ceux avec qui j'habite, leur numéro de téléphone, le nom du propriétaire (un peu plus on me demandait le salaire de Jim et Anne). Mon dernier emploi, ça tombait mal, j'ai travaillé quatre jours au musée. Les raisons pour lesquelles je demande de l'argent, comme s'il pouvait en avoir cinquante. On dirait que l'on va se servir de cela pour me contredire plus tard. Il faut donc en dire le moins possible, tout calculer d'avance, surtout ne pas mentir, ou ne pas se tromper dans ses mensonges. On me dit d'attendre dans la salle jusqu'à ce que l'on me fournisse un numéro de téléphone et le nom de mon agente. Une heure plus tard on m'appelle, j'étais presque prêt à partir. On me donne un numéro et l'on me dit d'appeler le lendemain entre 10h30 et 11h, que l'on me donnerait alors un rendez-vous avec Nicole Gauthier. Je me méfie, aujourd'hui j'ai appelé à 10h30 pile, juste au cas, si j'oubliais tout serait alors retardé de quelques jours. Le répondeur me dit que la Nicole ne travaille pas aujourd'hui jeudi 21 juin, qu'il me faut laisser un message. Voilà que l'on essaye de voir si mes numéros de téléphone existent ? Ils veulent vérifier si j'habite bien où j'ai indiqué ? Bref, la femme travaillait bel et bien ce jour-là, elle m'a rappelé vers 17h15. Ce qui lui permettait de me demander ce que j'avais fait de ma journée. Pouvais-je lui dire que dans un élan d'inspiration j'avais écrit les sept premières pages de la quatrième partie de mon dernier livre ? Elle était excessivement bête. Elle commence par me dire : « C'est quoi le problème, là ? Pourquoi vous voulez de l'argent ? » J'imagine ici qu'elle voulait voir si j'allais répéter ce que j'avais écrit sur la feuille. Ensuite elle commence à me reprocher le fait que j'avais lâché mon job plein temps, elle se demandait qu'est-ce que j'avais à espérer du gouvernement en restant assis sur mon cul à ne rien faire. Me voilà casé au rang des alcooliques incapables de garder un travail plus de quatre

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jours. Ce qui semble vrai en fait. Elle m'a alors dit que la loi est claire, quand on lâche un emploi, il faut que je trouve au minimum deux employeurs par jour qui offrent des postes, pendant cinq jours ouvrables. Ce qui fait qu'il me faudra aller cinq fois dans le centre-ville pour ensuite aller voir des employeurs. Ce qui est impossible, il n'y a jamais dix emplois en ces temps dont je remplisse les exigences. Elle m'a dit : « Qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui ? Vous avez cherché du travail ? Je ne comprends pas, vous avez un diplôme d'université, qu'est-ce que vous attendez de nous ? » Comme si le fait que j'avais un diplôme faisait que je devrais trouver facilement du travail. Bien sûr, le genre de travail que j'avais au musée. « Vous avez eu de l'assurance-chômage ? Quand est-ce que cela a fini ? Vous avez travaillé à trois emplois différents dans la dernière année et vous nous demandez de l'aide ? » J'étais carrément frustré, j'ai passé près de lui raccrocher au nez. Je lui ai demandé s'ils étaient là pour nous aider ou nous détruire, si c'était là une façon de traiter les gens. Ce doit être difficile pour elle de se faire engueuler ainsi, moi ça m'a pris trois heures pour décompresser. Bref, le 27 je dois la rappeler pour enfin prendre rendez-vous. Si ma recherche d'emploi est jugée insatisfaisante, on recommence le processus au complet. J'imagine que si je me contente d'appliquer à deux emplois par jour ouvrable de recherche, ou si je n'ai pas réussi à donner un curriculum vitae ou entrer en contact avec un employeur, il me faudra recommencer. De toute façon, quelles seront donc les autres conditions à remplir lorsque enfin je me serai donné tant de mal pour avoir un rendez-vous ? Trop de formalités, j'aime mieux mourir de faim. Le résultat sera le même, j'ai l'impression qu'ils ne me donneront jamais rien. J'ai eu le malheur de travailler quatre jours. De toute façon ils m'auraient reproché d'avoir laissé mon travail à la cafétéria et l'autre de télémarketing. Bien sûr, sachez-le tous, je suis un déchet de la société, ma vacheté n'a plus de limite ! Je me demande s'il faut que je me réjouisse d'un processus où il semble impossible de retirer de l'argent, ou m'en atterrer. Les immigrants eux, ils l'auront la détermination, leur survie ou celle de leur famille en dépend, et pour eux, la famille, ça compte encore.

Il me faut aller dans le centre-ville. Ça ne me tente pas. Cette recherche d'emploi active, c'est un travail à plein temps non payé. Ma mère m'a fait me sentir coupable l'autre

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jour. Autant que la folle des services sociaux. Un vrai incapable, un vrai niaiseux qui va finir dans les égouts. Horreur. Ma mère était fâchée que j'aie perdu ma vie en littérature, que c'était donc de valeur, moi qui étais si intelligent. La Nicole Gauthier était bien pire, elle m'a convaincu que j'étais le dernier des déchets de la société, que je n'avais aucun avenir parce que je ne me prenais pas en main, que même les services sociaux ne m'aideraient pas à moins que je prouve que je vaux au moins la plus cruche des cruches. Il semble même que je ne la vaille pas, je n'ai pas le courage de chercher, à nouveau, un emploi. Un diplôme de quatre ans à l'université et je suis le plus incapable des incapables. Bien sûr, tout le monde maintenant finit par finir l'université. Les plus cons se font même accepter en maîtrise, ils n'ont pas perdu de temps là où ils n'avaient rien à faire. Faut être stoïque dans la vie. Accepter sa condition de crétin et se fermer la gueule. Et traiter les autres de crétins aussi, si on ne veut pas trop s'enfoncer. Maintenant il ne me reste plus qu'à attendre patiemment la mort, ma vie sera d'une routine plate et sans rebondissement. Moi qui aurais voulu la vie parfaite, avec une mise en situation, un développement, des problèmes, un apogée, un dénouement, une situation finale. Je vais plutôt m'en tenir à ma première idée, m'isoler loin de la ville, m'enfermer, attendre la mort. Peut-être même un emploi d'ingénieur routinier et des enfants. Faut vivre avec son temps. Huff ! Pourquoi pas me trouver une belle femme et l'épouser ? Le tableau serait complet.

Je viens de mettre un point final à ma recherche d'emploi que m'exigent les services sociaux. Bien qu'incapable de dire si l'on devrait imposer une telle politique chez ceux qui veulent du bien-être, je peux néanmoins dire que j'aime mieux crever de faim que d'accomplir ce qu'ils veulent de moi. Le fait demeure que je n'ai pas l'argent pour descendre dix fois au centre d'emploi du centre-ville, non plus l'argent pour me rendre à dix entrevues différentes, en plus des voyages où il me faut aller porter un CV avant de passer l'entrevue, sans compter les doubles et triples niveaux d'entrevues. Je n'ai pas deux mois à passer à me chercher un emploi d'été pour essayer de bénéficier de l'aide sociale. Je n'ai même pas réussi à trouver deux places où appeler hier, il me faudra me rendre trois fois minimums

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dans le west end, je ne sais même pas où c'est. Je suis certain qu'il me faudra reprendre le processus au complet comme elle a dit. Imaginons un peu comment le tout me coûterait ? Pour une seule fois, au minimum : 8,80 $ de photocopies en les faisant à l'université ; 16 $ d'autobus pour me rendre au bureau d'emploi pour voir les postes, en admettant que je ne prenne jamais l'autobus sur heure de pointe ; 16 $ pour les dix entrevues en admettant que je puisse passer au moins une entrevue, sinon il me faudra trouver un onzième employeur, en admettant aussi que l'on ne me demande pas dans un premier temps de venir porter un CV pour que l'on me fixe un rendez-vous ultérieur, en admettant également qu'il n'y ait qu'un seul niveau d'entrevue. On en est déjà à 40 $, je n'ai même plus 3 $ à l'heure actuelle. Le plafond de ma carte de crédit est sauté de 30 $. Risquerais-je tout cela, en plus du temps et de l'énergie, pour une entrevue avec ma travailleuse sociale qui pourrait bien me dire de recommencer le processus ? Me refuser de l'aide parce que j'ai lâché un travail inhumain ! Même si je trouvais un emploi, cela prend au minimum deux mois avant de recevoir un premier chèque, en plus il n'y a rien qui me dit que je commencerais sur-le-champ. Mon premier chèque de crève-faim viendrait à la fin de l'été. Tout ça c'est du pareil au même. Dans le fond, je ne peux pas reprocher au bien-être de faire un effort pour que l'on se cherche du travail avant de demander de l'aide. Le problème c'est qu'à l'heure actuelle il n'y a pas d'emploi, que ça me coûte de l'argent que je n'ai plus et que je ne vois pas suffisamment de lumière au bout du tunnel pour enclencher le processus. J'ai de toute façon déjà plus de cinquante curriculum vitae qui se promènent partout dans la ville, je n'ai plus la volonté de continuer. Encore une fois, remercions le destin que chez Sébastien on ait bien voulu refaire le toit, mais, vais-je voir la couleur de cet argent un jour ? Ma vie ressemble à ça, que je travaille sans cesse comme un déchaîné pour n'avoir aucun argent au bout. Avec Sébastien en tout cas, c'est supposé sauter les mille dollars, à ce qu'il dit. C'est merveilleux, malheureusement cela ira directement à Jim pour payer mes loyers en retard.

Je viens de recevoir un appel du bonhomme de la terrasse. Je pense que j'ai touché sa conscience avec ma lettre. Il m'offrait une série de noms de ses amis que je devrais appeler en faisant un usage excessif de son nom. Cela ne m'intéresse pas. Lui, ce qu'il avait à m'offrir personnellement, c'est un job de télémarketing. Comme la Nathalie avec qui je travaillais

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